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Bigwhy? Finest?

Fanzine Enthousiaste & Curieux

Articles avec #salome catégorie

Salomé (23)

Publié le 16 Août 2017 par bigwhy dans art, erotisme, histoire, salomé, femme fatale

(Albert Aublet)

(Albert Aublet)

La Salomé moderne naît avec Salammbô de Flaubert (1862), au style si singulier, intense et coloré (« Ça s’achète cher, le style », la lecture de cette oeuvre permet de mieux comprendre cette phrase de Flaubert, à noter que ce livre traduit le besoin de Flaubert de s'évader, pour ne pas dire s'extirper, littérairement de la société contemporaine qui lui a imposé un procès pour Madame Bovary, livre accusé d' « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes moeurs »). Le peintre Gustave Moreau (dont le musée est un des lieux parisiens les plus fascinants que je connaisse), qui avait déjà abordé le thème de Jean-Baptiste dans plusieurs de ses tableaux, admira le roman. La lecture de Salammbô le fit passer du Baptiste à Salomé : il réalisa plus de soixante études de la princesse.

Curieux jeu d'inspiration mutuelle, Flaubert fut à son tour impressionné par certaines de ces œuvres de Moreau et il revint à ce thème. Il écrivit sa version de l’histoire de Salomé (Hérodias, qui figure dans le recueil intitulé Trois Contes, 1877) l’année où Moreau présenta L'Apparition au Salon. Son intérêt se dirigea bientôt sur les rapports d’Hérode et d’Hérodias, et surtout sur la jalousie que ressent cette dernière à l’égard de sa fille. Car Hérode voit Salomé, et il tombe sous son charme : elle lui rappelle Hérodias jeune.

« Sans fléchir ses genoux en écartant les jambes, elle se courba si bien que son menton frôlait le plancher ; et les nomades habitués à l'abstinence, les soldats de Rome experts en débauches, les avares publicains, les vieux prêtres aigris par les disputes, tous, dilatant leurs narines, palpitaient de convoitise. Ensuite elle tourna autour de la table d'Antipas, frénétiquement, comme le rhombe des sorcières ; et d'une voix que des sanglots de volupté entrecoupaient, il lui disait - « Viens ! viens ! » - Elle tournait toujours ; les tympanons sonnaient à éclater, la foule hurlait. Mais le Tétrarque criait plus fort « Viens ! viens ! Tu auras Capharnaüm ! la plaine de Tibérias ! mes citadelles ! la moitié de mon royaume ! » Elle se jeta sur les mains, les talons en l'air, parcourut ainsi l'estrade comme un grand scarabée ; et s'arrêta brusquement. Elle ne parlait pas. Ils se regardaient. Un claquement de doigts se fit dans la tribune. Elle y monta, reparut ; et, en zézayant un peu, prononça ces mots, d'un air enfantin.- « Je veux que tu me donnes dans un plat... la tête... » Elle avait oublié le nom, mais reprit en souriant : « La tête de Iaokanann ! » Le Tétrarque s'affaissa sur lui-même, écrasé. »

Les manières enfantines de Salomé, son zézaiement, tranchent avec la lascivité de sa danse. Voilà qui a dû troubler plus d’un lecteur... Flaubert retrouve avec ce conte le style flamboyant (si différent du style « éteint », comme il disait lui-même, d'autres de ses textes) qui caractérise Salammbô.

 

(Gustave Doré)

(Gustave Doré)

(Alexandre Bida)

(Alexandre Bida)

(A. H. PAYNE 1850)

(A. H. PAYNE 1850)

(F. Markham Skipworth  1897)

(F. Markham Skipworth 1897)

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Salomé (22)

Publié le 15 Août 2017 par bigwhy dans art, erotisme, salomé, histoire, femme fatale

(Renata Similkova)

(Renata Similkova)

Les figures de femme fatale empruntées à la mythologie, comme Méduse, le Sphinx (ou plutôt les sphinges), Médée, les sirènes, ou encore les vampires (qu’on pense au Vampire de Baudelaire) obsèdent nombre d’écrivains de la seconde moitié du XIXe siècle. Ces femmes à la beauté sensuelle et inquiétante, aux pulsions parfois meurtrières, s’opposent à l’image tout aussi répandue de la mère modèle.

Parmi ces femmes fatales, Salomé, princesse de Judée, a cristallisé les passions de grands écrivains et artistes. Sur la demande de sa mère, Hérodiade, Salomé danse devant son beau-père Hérode Antipas pour obtenir la tête de saint Jean-Baptiste. D’un côté, elle représente la sexualité mortelle (sa mère Hérodiade, qui la manipule en vue de se venger de Jean-Baptiste, est d’ailleurs elle-même une femme fatale), d’un autre elle conserve une certaine innocence, un côté enfantin (cf. la pièce Salomé d'Oscar Wilde, avec le passage où Salomé a pour caprice de voir de près « la chair très froide, comme de l'ivoire » de Jean-Baptiste). Les Évangiles la peignent plutôt comme une jeune fille irresponsable. Voilà une ambiguïté à même de créer un personnage voluptueux, troublant, dont l'orientalisme ajoute au désir qu'elle suscite.

 

(Gustav Adolf Mossa)

(Gustav Adolf Mossa)

(Maxwell Armfield)

(Maxwell Armfield)

(hisha kate lee)

(hisha kate lee)

(Guillaume Sorel)

(Guillaume Sorel)

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Salomé (21)

Publié le 14 Août 2017 par bigwhy dans art, erotisme, salomé, histoire, femme fatale

(Hannibal King)

(Hannibal King)

Toutefois, la Salomé des Symbolistes génère tout autant un sentiment de répulsion que de fascination. Elle devient dès lors paradoxalement une sorte d’Idéal féminin en raison même de son pouvoir érotique. Et c’est en toute logique qu’elle se substitue à la figure – beaucoup trop matérialiste à leur goût – de la Femme mariée et de la Mère, tant mise en avant par leurs prédécesseurs, comme Michelet dans son essai La Femme (1859) ou Balzac dans sa Physiologie du mariage (1829).

En somme, la fugitive figure biblique de Salomé s’est enrichie au fil des siècles grâce à un imaginaire principalement littéraire et pictural. La seconde moitié du XIXe siècle se révèle capitale car elle produira les œuvres littéraires qui constituent pour tous les artistes le corpus à imiter et à transcender. La danse que Salomé exécute recèle pour les créateurs qui la célèbrent mille facettes, qui toutes symboliseraient « la tentative surhumaine » – et donc fatalement impossible – « de vouloir posséder l’être de l’autre ». C’est à cette caractéristique essentielle que Marc Bochet associe « la permanence du mythe » et sa « continuelle modernité ».

(Andre Hofer)

(Andre Hofer)

(melody Shi)

(melody Shi)

(John Buckland-Wright 1926)

(John Buckland-Wright 1926)

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Salomé (20)

Publié le 13 Août 2017 par bigwhy dans art, erotisme, salomé, histoire, femme fatale

(Virgil Finlay 1914-1971)

(Virgil Finlay 1914-1971)

De ce point de vue, Emma Bovary peut être considérée comme symptomatique d’une époque qui entend idéaliser la femme – dans la grande tradition de la littérature courtoise médiévale – mais qui finit par la diaboliser – en la rendant responsable de tous les maux : Gustave Flaubert a créé dans ce roman un personnage féminin qui, parce qu’elle s’identifie trop aux héros de ses lectures romanesques, va devenir adultère, négliger sa petite fille, et conduire son foyer à la ruine avant de mettre fin à ses jours.

La femme cultivée, la femme qui se mêle trop d’esprit apparaît donc comme dangereuse pour les écrivains du XIXe siècle. La femme qui affirme son désir ne l’est pas moins. Réactivée par le puritanisme ambiant, qui s’appuie sur le culte de la vierge Marie, que promeut l’église catholique à partir des années 1850, l’image de la fille d’Ève porteuse du péché et de la tentation s’incarne successivement dans la femme de mauvaise vie (Mérimée, Carmen, 1845), la prostituée (Zola, Nana, 1880) et la vierge mortifère : Salomé.

(Gertraud B. Reinberger 1925)

(Gertraud B. Reinberger 1925)

(Ludvík Bradáč 1921)

(Ludvík Bradáč 1921)

(Paul Iribe 1910)

(Paul Iribe 1910)

(Sveta Dorosheva)

(Sveta Dorosheva)

(Julian Jordanov)

(Julian Jordanov)

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Salomé (19)

Publié le 12 Août 2017 par bigwhy dans art, erotisme, salomé, histoire, femme fatale

(Heidi Taillefer)

(Heidi Taillefer)

La position de la femme dans la société du XIXe siècle est de fait marquée par l’ambivalence : elle n’a pas de statut politique, puisque n’a pas accès au droit de vote – en dépit des revendications sous la Révolution de 1789 d’Olympe de Gouges – et la loi, depuis le code civil de Napoléon, continue à en faire une éternelle mineure, sous la coupe d’abord du père, puis de l’époux ; en parallèle, l’industrialisation naissante de la société va contribuer à une certaine émancipation de la femme par le travail, avec l’apparition du type de l’ouvrière – et la politique d’alphabétisation, mise en place dès les années 1830, met en pratique les discours philosophiques du siècle des Lumières concernant l’éducation des femmes : l’enseignement féminin laïque est créé en 1836, la première école normale d’institutrice en 1838 ; la loi Falloux de 1850 entend créer des écoles de filles dans les communes de plus de 800 habitants.

Le XIXe siècle est ainsi traversé par quelques grandes figures de femmes qui s’affirment dans le monde artistique et politique : Mme de Staël, George Sand, pour le domaine littéraire ; Flora Tristan pour la défense du monde ouvrier ou Louise Michel qui s’engage auprès des insurgés de la Commune. Mais leur vie personnelle ou leurs écrits témoignent de la persistance d’un regard social qui condamne, réprouve tout désir d’émancipation. Les romans de l’époque en portent aussi témoignage : beaucoup proposent des héroïnes – qu’elles soient passionnées comme la Corinne du roman éponyme Mme de Staël ou vertueuses à l’image de Mme de Mortseuf du Lys dans la vallée de Balzac – qui connaissent un destin tragique, victimes de leur condition sociale ou de leur éducation.

 

(Dolly Lamour)

(Dolly Lamour)

(artiste inconnu)
(artiste inconnu)
(artiste inconnu)

(artiste inconnu)

(Frantisek Drtikol)

(Frantisek Drtikol)

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Salomé (18)

Publié le 11 Août 2017 par bigwhy dans art, erotisme, salomé, histoire, femme fatale

(Raymond Poïvet 1910 -1999)

(Raymond Poïvet 1910 -1999)

Le développement du mythe de Salomé en tant qu’expression exacerbée d’un fantasme collectif qui hante les créateurs masculins est sans doute également à relier à l’évolution de la place de la femme dans la société au cours du XIXe siècle. C’est en tout cas ce que signalent Daniel Grojnowski et Henri Scepi : « Il faut voir dans le développement du féminisme au XIXe siècle l’un des facteurs de la réactivation de ce mythe. Du fait qu’elle revendique sa part des Droits de l’homme et du citoyen, la femme est apparue d’autant plus dangereuse au regard de l’idéologie conservatrice que la séduction (danse de Salomé) a pour fin inéluctable la castration (décollation de Jean-Baptiste). »

 

(Raymond Poïvet 1910 -1999)
(Raymond Poïvet 1910 -1999)
(Raymond Poïvet 1910 -1999)

(Raymond Poïvet 1910 -1999)

(David Bekker)
(David Bekker)
(David Bekker)

(David Bekker)

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Salomé (17)

Publié le 10 Août 2017 par bigwhy dans art, erotisme, salomé, histoire, femme fatale

(artiste inconnu)

(artiste inconnu)

La femme orientale continue de séduire, d’attirer le désir masculin, mais désormais, elle fait peur. La Salomé de la fin du XIXe siècle incarne la « femme naturelle, c’est-à-dire abominable » qu’évoque Baudelaire dans Les Fleurs du Mal. Elle va concentrer toutes les angoisses des créateurs de cette période, hantés par la maladie, la folie ou la mort, qu’ils associent volontiers au sexe dit « faible », reprenant à leur compte le discours médical contemporain sur les causes de la syphilis et de l’hystérie. Dès lors, chacun des artistes de cette fin de siècle interprète le récit biblique à sa guise, comme le note Pascal Aquien, « et selon ses fantasmes, qu’il [s'agisse] de l’angoisse de la castration et de la peur des femmes ou de leurs corollaires pervers comme le sado-masochisme, la nécrophilie, le fétichisme, l’érotomanie ou l’homosexualité. À la fois symbole d’hybris, de violation du sacré, de lubricité brûlante ou de virginité glacée, d’érotisme avisé et d’innocence déconcertante, Salomé [peut] ainsi s’épanouir dans les contraires tout en préservant son mystère. » Le monde artistique des Symbolistes et des Décadents subit alors l’influence d’un discours psychanalytique naissant qui s’attache à explorer la nature de la sexualité, et à mettre à jour son mode de fonctionnement dans l’inconscient.

 

(Chie Yoshii)

(Chie Yoshii)

(Roberto Ferri)

(Roberto Ferri)

(Ray Donley)

(Ray Donley)

(Fleming Flindt)

(Fleming Flindt)

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Salomé (16)

Publié le 9 Août 2017 par bigwhy dans art, erotisme, salomé, histoire, femme fatale

(Isidoro Guinea 1916)

(Isidoro Guinea 1916)

Comment expliquer le succès de ce « mythe fin-de-siècle » ? La première des explications possibles est liée au goût du XIXe siècle pour l’exotisme, et plus particulièrement pour l’orientalisme. Les grands peintres romantiques comme Delacroix, Chassériau ou Ingres en ont fait leur thème de prédilection, s’attachant à représenter les mystérieuses et – ô combien ensorceleuses pour l’imaginaire masculin – odalisques qui peuplent les sérails et harems orientaux.8 Les Symbolistes comme Pierre Puvis de Chavannes et surtout Gustave Moreau vont reprendre cette source d’inspiration orientaliste, mais en l’associant à une toute autre manière de considérer les rapports entre l’homme et la femme : les toiles de Moreau sont en effet traversées par un thème récurrent, celui de la domination de la femme sur l’homme. La tapisserie qu’il réalise en 1894 pour les Gobelins, Le Poète et la Sirène, en est un exemple frappant.

 

(Hans Dammann 1912)

(Hans Dammann 1912)

 (Jean Jacques Henner 1880)

(Jean Jacques Henner 1880)

(Federico Ribas 1918)

(Federico Ribas 1918)

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Salomé (15)

Publié le 8 Août 2017 par bigwhy dans art, erotisme, salomé, histoire, femme fatale

(Roberto Montenegro 1914)

(Roberto Montenegro 1914)

Le charme fatal de la princesse juive inspire aussi bien les écrivains que les musiciens et les peintres. Gustave Flaubert s’engouffre dans ce mythe en 1877 avec le troisième de ses contes : Hérodias. En 1881, Massenet s’inspire de ce récit pour écrire son opéra Hérodiade. Dans les Salons parisiens, le thème de Salomé devient académique puisque chaque année il se trouve exploré dans cinq ou six tableaux. Les toiles les plus célèbres sont celle de Regnault qui au Salon de 1870 fut à l’origine d’un véritable scandale, mais surtout celles de Gustave Moreau, dont la fameuse Apparition (1876) fascinera Huysmans. Ce dernier inclut d’ailleurs dans le chapitre V de son roman À Rebours une ekphrasis des tableaux de Moreau. En 1912, Maurice Krafft dit recenser 2789 poèmes à la gloire de ce personnage biblique, parmi lesquels on doit relever l’œuvre inachevée de Mallarmé : « Les Noces d’Hérodiade ». Certains poètes, comme Théodore de Banville ou Jean Lorrain, n’hésitent d’ailleurs pas à reprendre ce thème à de multiples reprises. Oscar Wilde en fait l’héroïne de la pièce de théâtre qu’il compose en français en 1893. Quant à Jules Laforgue, il invente dans ses Moralités légendaires (1886) un petit récit parodique qui se moque de l’image idéale construite par ses contemporains symbolistes et décadents.

(Jozo Kljakovic 1911)

(Jozo Kljakovic 1911)

(Lilla Ciechanowska-Saga)

(Lilla Ciechanowska-Saga)

(Georges de Feure 1899)

(Georges de Feure 1899)

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Salomé (14)

Publié le 8 Août 2017 par bigwhy dans art, salomé, erotisme, histoire, femme fatale

Salomé (14)

L’imaginaire de cette femme fatale qui conduit l’homme à sa perte va ensuite connaître entre le XVIe et le XVIIIe siècles une longue période de latence dans le domaine de la littérature. Même les orateurs laissent cette figure biblique sombrer dans l’oubli lorsqu’ils entendent dénoncer les méfaits de la luxure. C’est au contraire la peinture qui va reprendre à son compte et exploiter cette figure biblique, à l’exemple de Memmling, Cranach, Botticelli, Luini, Tiepolo ou Titien.

Il faut attendre le XIXe siècle pour voir ressurgir ce personnage dans l’inconscient collectif et d’une certaine manière le vampiriser. Son exploitation artistique en France est telle à partir des années 1870 qu’on peut effectivement parler d’une image obsédante et d’un « mythe fin-de-siècle ».

(Robin Isely )

(Robin Isely )

(1953)
(1953)

(1953)

(Josef Fenneker)

(Josef Fenneker)

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