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Bigwhy? Finest?

Enthousiaste & Curieux

Articles avec #polar catégorie

LES PRODUCTEURS/ Antoine Bello

Publié le 17 Novembre 2017 par bigwhy dans livre, polar, science fiction, fantastique, 2015

LES PRODUCTEURS/ Antoine Bello

Bienvenue en Uchronie!

Les Falsificateurs et Les Éclaireurs (les 2 premiers tomes de la "saga") racontent l'ascension d'un jeune Islandais au sein d'une organisation secrète internationale, le CFR, qui falsifie la réalité et réécrit l'histoire. Le troisième tome, Les Producteurs, est sorti en mars 2015. les 3 livres peuvent etre lu séparément (mais bon, les lire, dans l'ordre, aide bien!)

Tome 3: Les Producteurs (2015)

La bonne nouvelle de l’année en littérature est sans doute la parution d’un troisième opus pour Sliv Dartunghuver, le brillant agent du Consortium de Falsification du Réel. Surtout qu’on ne l’attendait pas cette suite, qui arrive donc comme un cadeau.

Sliv a maintenant la quarantaine, toujours efficace dans son boulot, toujours célibataire. Il a grimpé peu à peu les échelons, monté des dizaines de dossiers pour falsifier des faits, voire des événements historiques afin de… ah, mais mieux vaut ne pas dire pourquoi car enfin, le but du CFR est ultra-secret, peu de personne sont dans la confidence.

… et ce troisième tome pour savoir comment Sarah Palin est devenue la colistière de John McCain et par voie de conséquence comment Obama a gagné la présidentielle de 2008. Et comment le H1N1 a été déclenché pour faire gagner un maximum aux laboratoires pharmaceutiques. Et Sliv de constater que l’avènement d’Internet facilite considérablement son travail de falsificateur. Mais surtout, le noeud de l’intrigue dans Les producteurs vous entrainera dans une manipulation plus vraie que nature autour de la découverte d’une épave maya du IXe siècle.

C’est la formidable idée de Lena, collègue de Sliv, avec qui les relations n’ont pas toujours été faciles. Mais Sliv suit le génial dossier qui consiste à inventer une civilisation pré-colombienne. Et le CFR d’inventer des artefacts, de falsifier les sources, et de chercher celui qui sera le découvreur de l’épave contenant un très ancien codex. S’il vaut mieux ne pas trop en dire, sachez que ce personnage, Nick, sera celui qui manipulera les médias du monde entier selon une recette simple : il leur dira ce qu’ils ont envie d’entendre.......

La fiction comme laboratoire de vie… Une vie tissée de fictions, de souvenirs altérés devenus points d’ancrage. Chacun manipule sa vie pour la rendre présentable, supportable (ou insupportable, c’est selon) ; d’autres vont plus loin en manipulant les faits, s’il en est, mais jamais au-delà de ce que le vraisemblable peut supporter. Tout se joue entre l’imagination et l’horizon d’attente de celui qui lit, entend et interprète. Qu’est-on prêt à croire ?

Les Producteurs met à plat les mécanismes de la fiction sur le mode ludique du roman d’espionnage. C’est une fiction sur la fiction, toutes les fictions, qu’elles soient littéraires, feuilletonesques ou journalistiques.

Quand vous voyez un chasseur de trésors ouvrir un coffre, vous admettez inconsciemment que le contenu du coffre est un trésor.

Rien ne résiste à la littérature !

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LES ECLAIREURS/ Antoine Bello

Publié le 16 Novembre 2017 par bigwhy dans livre, polar, science fiction, fantastique, 2009

LES ECLAIREURS/ Antoine Bello

Bienvenue en Uchronie!

Les Falsificateurs et Les Éclaireurs (les 2 premiers tomes de la "saga") racontent l'ascension d'un jeune Islandais au sein d'une organisation secrète internationale, le CFR, qui falsifie la réalité et réécrit l'histoire. Le troisième tome, Les Producteurs, est sorti en mars 2015. les 3 livres peuvent etre lu séparément (mais bon, les lire, dans l'ordre, aide bien!)

Tome 2: les Eclaireurs (2009)

Deux ans après Les Falsificateurs, Antoine Bello nous embarque de nouveau au cœur du Consortium de falsification du réel (CFR), organisme chargé d'inventer des chapitres de l'histoire passée ou en cours et de fabriquer de fausses ­preuves pour les étayer. On retrouve son héros, l'Islandais Sliv, brillant élément de l'organisation, passé maître dans l'art d'écrire des scénarios, dix ans après son embauche au CFR : nous sommes en 2001. Plus que jamais au centre de l'Histoire, Sliv et ses collègues sont maintenant confrontés aux attentats du 11 Septembre et se retrouvent témoins, et en partie acteurs, de la nouvelle donne géopolitique et des conflits mondiaux qui vont en découler. Toujours virtuose, maniant avec dextérité et érudition les faits historiques, Bello jongle avec ses multiples personnages, plongés au cœur de la politique américaine. Mais la proximité des événements rend le roman plus grinçant, plus effrayant que ne l'était le premier. Le CFR est battu sur son propre ­terrain. Mêlé au récit, l'épisode de la fabrication des fausses preuves des armes de destruction massive irakiennes par le gouvernement de Bush constitue une glaçante mise en abyme : qui est le plus menteur ?

Falsificateur zélé, Sliv reste malgré tout tenaillé par cette question, et nous avec lui : quelle est la finalité du CFR ? A qui, à quoi sert son travail ? La résolution de l'énigme viendra sous la forme d'un joli pied de nez et d'un éloge à l'imagination et au mystère, qui pourrait bien s'apparenter, tout simplement, à un hommage à la littérature et à l'art de raconter des his­toires pour embrasser le monde. Le falsificateur Sliv ne se satisfera plus des mensonges : « La vérité n'est qu'un scénario parmi d'autres, celui que les hommes justes et exigeants reconnaissent à coup sûr quand ils le rencontrent, mais qu'une minorité n'a aucun scrupule à écarter pour lui substituer une autre histoire de sa fabrication. » Les Eclaireurs, livre politique ? Ce n'est pas un hasard si la clé se trouve au siècle des Lumières, chez les Encyclopédistes, « éclaireurs » de leur temps.

Restait à trouver un ressort dramatique de nature à soutenir ce deuxième tome. L'idée d'écrire sur les armes de destruction massive s'est rapidement imposée. Plus je me documentais sur le sujet, et plus il m'apparaissait comme la falsification du siècle. J'évacue dans Les Éclaireurs ma frustration contre la démocratie américaine, qui donne des leçons au monde entier et n'est même pas fichue d'organiser des élections en règle. D'observateur nonchalant dans Les Falsificateurs, Sliv devient acteur de l'Histoire.

« La vérité n'existe pas. »

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LES FALSIFICATEURS/ Antoine Bello

Publié le 15 Novembre 2017 par bigwhy dans livre, polar, espionnage, fantastique, 2007

LES FALSIFICATEURS/ Antoine Bello

Bienvenue en Uchronie!

Les Falsificateurs et Les Éclaireurs (les 2 premiers tomes de la "saga") racontent l'ascension d'un jeune Islandais au sein d'une organisation secrète internationale, le CFR, qui falsifie la réalité et réécrit l'histoire. Le troisième tome, Les Producteurs, est sorti en mars 2015. les 3 livres peuvent etre lu séparément (mais bon, les lire, dans l'ordre, aide bien!)

Tome 1: Les Falsificateurs (2007)

C'est l'histoire d'une organisation secrète internationale, le CFR (Consortium de Falsification du réel) qui falsifie la réalité mais dont personne ne connaît les motivations. C'est l'histoire de quelques unes des plus grandes supercheries de notre époque : de Laïka, la première chienne dans l'espace, qui n'a jamais existé, de Christophe Colomb qui n'a pas découvert l'Amérique, des fausses archives de la Stasi. C'est l'histoire d'un jeune homme, embauché par le CFR, qui veut comprendre pourquoi et pour qui il travaille. C'est l'histoire d'une bande d'amis qui veulent réussir leur vie, sans trop savoir ce que cela veut dire. C'est, d'une certaine façon, l'histoire de notre siècle.

L'idée des Falsificateurs a germé dans mon esprit en 1989 au moment de l'affaire des charniers de Timisoara. Le monde entier s'était fait piéger par ces prétendues fosses communes dans lesquelles auraient été enterrées les victimes du dictateur roumain Ceaucescu. Ce qui m'a le plus surpris dans cette histoire, c'est que la révélation de la supercherie a fait bien moins de bruit que la supercherie elle-même !

On a dit des Falsificateurs que c'était un récit d'anticipation, une réflexion sur le pouvoir des médias. Pour moi, il s'agit avant tout d'un roman initiatique. Sliv, le personnage principal, cherche un sens à sa vie professionnelle. Il a envie de faire le bien, sans trop savoir ce que ce mot veut dire. Citoyen du monde, à l'aise partout, il est curieux et doté d'un humour à froid qui le rendent profondément attachant.

Étourdissant !

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DES NOEUDS D'ACIER/ Sandrine Colette

Publié le 8 Novembre 2017 par bigwhy dans livre, polar, 2013

DES NOEUDS D'ACIER/ Sandrine Colette

Théo Béranger sort de prison. Dix-neuf mois de rapports humains violents et âpres, qu’il a passés concentré sur un seul objectif : sa libération.

Son errance le mène au fin fond de la France, dans une région semi-montagneuse couverte d’une forêt noire et dense.

Là, kidnappé par deux frères déments, il va replonger en enfer. Un huis clos implacable, où la tension devient insoutenable.....

Grand prix de la littérature policière 2013

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LA DARONNE/ Hannelore Cayre

Publié le 29 Octobre 2017 par bigwhy dans livre, polar, 2017

LA DARONNE/ Hannelore Cayre

C'est elle qui pose sur la couverture de La Daronne. Hannelore Cayre est partie une nuit avec sa fille Louise dans un parking de Parly 2 flanquée de deux sacs Tati, un imper mastic et des lunettes noires pour illustrer le personnage de Patience Portefeux, traductrice d’un genre particulier. Hannelore est comme ça, grande bringue aussi sérieuse que drôle, avocate et romancière, observatrice imparable de la justice d’en bas.

Elle revient aujourd’hui avec La Daronne, talent intact, phrase peaufinée mais directe, histoire malpolie et imparable. Voici Patience Portefeux, 53 ans, veuve avec un chien, deux filles grandies trop vite, une vieille mère déglinguée en maison de retraite à 3 000 euros par mois, parfaitement bilingue (français-arabe), pour des raisons familiales un peu complexes. Patience a d’abord été interprète dans les tribunaux mais avec son expérience et sa disponibilité, s’est vue confier les écoutes téléphoniques dans les enquêtes des stups et du grand banditisme. Ça fait maintenant 25 ans qu’elle traduit à tour de bras des affaires de « go fast », de trafics en tous genres. Bien payée mais non déclarée par le ministère de la Justice, elle peut arranger la véracité des propos comme elle veut puisque personne ne surveille ce qu’elle traduit. Alors, un jour, Patience entre à son tour dans le business et devient « la Daronne ».

Dans cette fiction très drôle et très sombre, Hannelore Cayre aborde de nombreux sujets de société sans avoir l’air d’y toucher : que faire de ses vieux parents ? Comment vivre en femme libre sans un sou en rêvant de mettre ses enfants à l’abri du besoin ? Comment sympathiser avec ses voisins chinois ?... Mais surtout, la romancière continue de décrire le monde de la justice et ses aberrations : « On met la sécurité nationale aux mains de gens qu’on méprise et ne déclare pas. C’est une patate chaude cette histoire, et chaque ministre de la Justice se la renvoie car le budget de la justice ne peut pas le prendre en charge », explique-t-elle pour décrire ce métier d’interprète.

Le talent d’Hannelore Cayre est dans sa manière de raconter des histoires tragiques en faisant rire son lecteur. Elle y parvient à coup d’anecdotes (souvent vraies), d’exagérations irrésistibles (et plausibles) et d’une écriture travaillée au millimètre, mais bondissante d’humour et de générosité.

 

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QUAND SORT LA RECLUSE/ Fred Vargas

Publié le 16 Octobre 2017 par bigwhy dans livre, polar, 2017

QUAND SORT LA RECLUSE/ Fred Vargas

Une araignée tue... Et le commissaire Adamsberg reprend du service. Fred Vargas livre un polar malicieux où les mots mènent la danse et l'intrigue.

D'abord il y a le titre, emmitonné de brume, construit sur un mot aux accents surannés : Quand sort la recluse. A quoi renvoie-t-elle précisément, cette recluse ?, s'interroge le lecteur, qui se lance dans le roman comme on s'aventure au coeur de la forêt. Il devra attendre, embarqué en manière d'amuse-bouche sur une fausse piste, une histoire de femme, de mari et d'amant que le fameux commissaire Adamsberg, favori de l'auteure, résoudra façon Sherlock'n'roll. Mais revenons à la recluse, maître mot du livre. Car ce sont les mots qui font le charme des romans de Fred Vargas. Une façon de les déguster comme des friandises, de les déshabiller lentement, de les sortir de leurs tanières, parfois très anciennes, de les mettre à la question, de les répéter, de les convoquer à contre-emploi. Ainsi d'étoc, que l'auteure prend soin de définir, « ces rochers ­immergés sur lesquels s'éventrent les ­bateaux », avant de le faire rejaillir, quelques pages plus loin, dans le contexte totalement décalé d'un remue-­méninges policier : « Et donc nous butons là sur un étoc particulièrement vicieux. » Ainsi de blaps, gros coléoptère ventru, « nommé le puant, l'annonce mort », sorti de son contexte lexical plutôt technique pour devenir tout au long du roman nom commun empreint de poésie noire, les blaps ­désignant une bande immonde de ­violeurs en série.

Et la recluse, vous demandez-vous, de plus en plus impatient ? Elle est au coeur du mystère et de la légende qui donnent au texte ses allures de conte. Il était donc une fois Loxosceles rufescens, une araignée farouche et, semble-t-il, dangereuse puisque quand commence l'histoire trois vieillards sont morts après avoir goûté de son venin. Mais « recluse » ne peut-il pas être entendu dans un autre sens ? Chez Vargas, attention, ce sont les mots, les idées et les images qui y sont associées qui mènent la danse, font avancer l'enquête et le ­récit, au fur et à mesure qu'on les décortique, au fil d'une logique ondoyante dont Adamsberg est familier. Ses mots sont des friandises, disions-nous, et son nouveau roman, un pur délice !

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RURAL NOIR/ Benoit Minville

Publié le 9 Octobre 2017 par bigwhy dans livre, polar, 2016

RURAL NOIR/ Benoit Minville

Tamnay-en-Bazois est une petite bourgade de la Nièvre, au cœur de la campagne. Moins de deux cent âmes, dont vingt-cinq qui habitent à l'année le hameau de Mouligny. Vivre dans cette région trop tranquille, oubliée par le 21e siècle, c'est s'enterrer, renoncer. Il y a ceux qui sont restés vaille que vaille, et d'autres qui sont partis. Comme les frères Romain et Christophe, délaissant leurs copains de jeunesse, Vlad et Julie. Chris s'est engagé dans l'armée durant quelques années. Puis il est revenu à Mouligny, dans la maison familiale de leurs défunts parents. Sans espérer faire fortune, Chris s'est installé comme potier. Depuis deux ans, Julie est sa compagne, aujourd'hui enceinte. Devenue infirmière à l'hôpital, elle a vécu quelques années avec Vlad, avant de choisir Christophe.

Dix ans après son départ, Romain revient au village, retrouvant son frère cadet. Âgé de trente ans environ, il a beaucoup bourlingué pendant tout ce temps. Pas trop envie d'en parler, besoin de renouer avec ses origines. Comme quand ils étaient adolescents, à l'époque où le Captain Vlad était le meneur de leur "gang". Insouciance de leurs quatorze ans, tout l'été quasiment libres de leurs loisirs à quatre. Certes, il y avait bien quelques personnes fâcheuses autour d'eux. Telle l'antipathique famille Fauvé, des rustres agressifs envers quiconque s'approchait de chez eux. Et aussi Yves Joulac, dit le Dalton, simple d'esprit ou un peu pervers, en tout cas malsain. Cet été-là arriva Cédric, un petit dur d'Auxerre. Vlad et lui partageaient une sorte de caractère rebelle identique, plus violent que le "gang".

Ces dernières années, Vlad a investi dans quelques commerces de Tamnay, et parfois prêté de l'argent à certains. Associé à Cédric, il vit surtout de combines. À vrai dire, il a repris à son compte un trafic de drogue plutôt rentable. Une petite bande gravite autour de lui : Cédric, son homme de main Kozanowski, et quelques autres qui étaient amateurs de baston au temps de leur jeunesse. Leur copain J.R. est devenu gendarme, adjudant-chef en poste sur le secteur. Il préfère ne pas connaître les activés officieuses de Vlad et de ses sbires. Romain s'immerge à nouveau dans l'ambiance locale, encore un peu troublé par la séduisante Mélodie, la belle-mère de Cédric. Vis-à-vis de Julie, pas d’ambiguïté pour lui. Il devine que son jeune frère Chris supporte la vie grâce à des médicaments.

Vlad vient d'être sauvagement agressé, un véritable lynchage. Il a été hospitalisé, mais il reste dans le coma. Malgré les douteux trafics actuels de leur copain, en souvenir des meilleurs moments de leur "gang", Romain et Chris sont animés d'un désir de vengeance. J.R. les prévient qu'ils s'exposent à de grands dangers, car les bandes impliquées dans la drogue sont plus violentes encore que celle de Vlad. Quand les deux frères interceptent un trio de petits délinquants tentant de récupérer une grosse somme due par Vlad, la tension monte bien vite. Y compris entre les frères et la bande de Cédric, au bistrot qui leur sert de QG. Faire face ensemble à la menace extérieure ? Ce n'est pas gagné d'avance…

Benoît Minville peut certainement revendiquer l'influence de quelques auteurs américains ayant associé cambrousse et violence, héritage du western adapté à nos époques. Est-ce que le terroir français se prête à des scénarios similaires ? Depuis longtemps, bon nombre de polars ont montré que, derrière de paisibles apparences, peuvent se cacher des faits criminels d'une brutalité insoupçonnée. La désertification des contrées isolées n'empêche pas l'éventualité d'une "économie parallèle", allant du travail au noir et autre "commerce sans facture", jusqu'aux trafics en tous genres. La crise économique évoquée par l'auteur n'est pas seule cause de ces pratiques.

Il s'agit avant tout d'une histoire d'amitié entre une poignée de personnes. Ce qui implique une fidélité, malgré le temps qui passe et les méandres des vies de chacun. Sentiment de solidarité qui a tendance à disparaître dans nos réalités d'aujourd'hui. Mais qui a peut-être toujours un sens dans des lieux comme celui que l'on nous présente. Dix à quinze ans plus tard, les mêmes habitants sont encore là pour la plupart : c'est pourquoi l'intrigue alterne le présent et le passé, la fougue d'hier et les confrontations d'ados étant remplacées par la cruauté du monde adulte, non dénuée d'une noire amertume. Un roman digne de la Série Noire, sans nul doute.

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PUKTHU Secundo/ D.O.A

Publié le 5 Octobre 2017 par bigwhy dans livre, polar, espionnage, 2016

PUKTHU Secundo/ D.O.A

Publiée en octobre 2016 dans la Série Noire de Gallimard, la suite tant attendue du « Pukhtu Primo » de DOA fait bien davantage que tenir son rang et ses promesses. Si dans le premier tome du diptyque l’auteur avait dû utiliser bien des ruses et des habiletés pour nous exposer sans didactisme toute la complexité de ce décor à cheval sur l’Afghanistan et les zones tribales pakistanaises, sur les Émirats Arabes Unis et sur le Kosovo, sur les couloirs parisiens du boulevard Mortier comme sur les restaurants des banlieues chic de Washington, D.C., il est comme libéré dans ce deuxième tome, et le résultat en est donc, encore davantage, explosif et sombrement réjouissant. On ne racontera évidemment pas ici l’histoire, le suspense noir qui l’anime jusqu’au bout mérite d’être préservé à tout prix : on se contentera de dire que les héritages issus de « Citoyens clandestins » (2007) comme du « Serpent aux mille coupures » (2009) sont présents, et bien présents, et que beaucoup, beaucoup, de dispositifs soigneusement mis en place des centaines de pages au préalable, il y a des années, trouvent ici un magnifique aboutissement (ou presque ?).

Sans trahir d’éléments-clé de l’intrigue, donc, on doit noter, tant elle s’impose aux yeux de la lectrice ou du lecteur, la formidable puissance de ce « Pukhtu Secundo », due peut-être à la synthèse miraculeuse (et rarissime dans la littérature contemporaine) de quatre carburants décisifs.

La maîtrise de la documentation technique est impressionnante : politique, géographie, histoire, circuits financiers, et bien entendu, background militaire vont ici bien au-delà de cette simple politesse vis-à-vis de la lectrice ou du lecteur que réclamait jadis Jean-Patrick Manchette à propos d’armes à feu dans une chronique restée célèbre

Le ressenti des scènes d’action (combat individuel ou collectif, filature, infiltration, perquisition,…) sonne toujours terriblement juste.

La riche qualité paranoïaque de l’intrigue, veillant néanmoins à demeurer en permanence dans une pleine zone de crédibilité, sans recours aux divers conspirationnismes qui agacent chez tant d’auteurs actuels de thrillers.

La profondeur humaine mise en œuvre, pas du tout uniquement concentrée sur un ou deux personnages principaux, me semble particulièrement rare dans le grand roman d’aventure contemporain ou dans le techno-thriller, même de qualité

Que dire d’autre, à part peut-être que, sans sacrifier la puissance de feu de son roman, l’auteur a ici apporté un soin tout particulier à la relative facilité d’approche, en proposant d’emblée un « Previously in Pukhtu » digne des meilleures séries télévisées, et un glossaire technique et linguistique d’une grande qualité ?

« Pukhtu Secundo », davantage encore que son prédécesseur, s’affirme comme l’un des grands romans récents (et sans doute plus que cela), pour peu que l’on apprécie l’aventure, la noirceur et l’intensité humaine du réel littéraire – et comme l’une des plus stimulantes lectures qui soient pour saisir ce qui se joue dans certains affrontements contemporains, mieux que bien des manuels de science politique ou des traités de circonstance.

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L'HOMME QUI A VU L'HOMME/ Marin Ledun

Publié le 20 Septembre 2017 par bigwhy dans livre, polar, 2014

L'HOMME QUI A VU L'HOMME/ Marin Ledun

Un jour de janvier 2009, Jokin Sasco, militant basque proche d’ETA disparaît. Il ne refera plus surface. Quand la famille de Sasco prévient la presse et qu’ETA confirme son appartenance à l’organisation, l’affaire n’éveille pas d’intérêt du côté de la presse nationale mais agite profondément le Pays basque. Iban Urtiz, journaliste pour le journal local Lurrama, s’intéresse de prêt à cette disparition et en vient vite à soulever des questions que personne ne semble vouloir voir posées, ni du côté des indépendantistes, ni de celui de la justice, et encore moins du côté des barbouzes impliqués dans l’enlèvement de Jokin Sasco qui ont tôt fait de comprendre qu’ils n’ont peut-être pas complètement effacé leurs traces.

C’est en avril 2009 que Jon Anza, militant d’ETA disparaît après avoir pris à Bayonne un rain pour Toulouse. Son corps ne sera retrouvé dans la morgue de l’hôpital Purpan que près d’un an plus tard et les circonstances de sa mort, ou de ses derniers jours de vie ne sont aujourd’hui encore pas éclaircies. Les doutes qui planent sur cette affaire ont notamment fait ressurgir le spectre de la guerre sale, menée en particulier dans les années 1980 par le biais des GAL (Groupes Antiterroristes de Libération) mis en place par le gouvernement Gonzalez et bénéficiant d’un certain soutien des autorités françaises dans le but d’éliminer des etarras réfugiés en Pays basque nord.

Marin Ledun se saisit donc de cette histoire pour L’homme qui a vu l’homme et c’est certainement un peu de lui qu’il place dans le personnage d’Iban Urtiz qui, malgré une ascendance basque du côté de son père, est nouveau dans le pays, ne parle pas la langue et cherche à comprendre les tenants et les aboutissants de la disparition de Jokin Sasco. Ce regard extérieur de celui qui veut découvrir la vérité sans pour autant prendre parti fait sans conteste la force de ce roman. Ne pas prendre parti pour ou contre ETA ou les barbouzes, toutefois, ne veut pas dire fermer les yeux sur les crimes des uns ou des autres ni sur la légèreté avec laquelle la justice d’exception réservée aux militants basques est communément acceptée. Si Ledun finit par prendre un parti, c’est avant tout celui de l’Homme.

Et c’est cela qu’il s’attache à montrer : la déshumanisation des victimes comme des bourreaux, la manière dont chacun, au nom d’une cause supérieure, devrait abandonner ce qui fait son humanité pour devenir un pion de plus sur l’échiquier d’un affrontement sans fin.

On ne saura pas grand-chose des motivations des personnages de ce roman si ce n’est l’idéalisme et la soif de vérité, vraisemblablement stimulés par un coup de foudre, d’Iban. De Sasco à Garcia, Pinto ou Cruz ses bourreaux en passant par Eztia Sasco, sa sœur, ou Marko Elizabe le journaliste blanchi sous le harnais lancé dans une enquête périlleuse, Marin Ledun décrit les actes plus qu’il ne les explique. Cela n’empêche pas de laisser sourdre par le biais d’Iban la révolte face à la bien trop pratique raison d’État, aux manipulations de la justice, au silence de la presse.   

Rentre dedans, parfaitement construite, cette tragédie qu’est L’homme qui a vu l’homme est une excellente œuvre noire sur un sujet par trop laissé de côté par les auteurs français[1]. Instructif mais aussi et surtout pétri d’humanité sans pour autant sombrer dans la démonstration ou le pathos facile, c’est une incontestable réussite, un roman qui arrive à la fois à vous chambouler et à vous faire réfléchir. 

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TEMPS GLACIAIRES/ Fred Vargas

Publié le 5 Septembre 2017 par bigwhy dans livre, polar, 2015

TEMPS GLACIAIRES/ Fred Vargas

500 pages de polar français où finesse, intelligence, humour, noirceur-mais-pas-trop en font un sacré bon "page turner".

Avec des personnages absolument truculents : le commissaire nonchalant et mystérieux Adamsberg et le lieutenant encyclopédique et anxieux Danglard, le mignon lieutenant Veyrenc, l'imposante Violette Retancourt et Lucio, le voisin aux drôles de conseils quand ça nous "gratte".

Dans une intrigue, ou plutôt deux, bien menées et avec pour mots clés : Robespierre et l'Islande. A priori, on n'aurait pas idée d'associer ces deux mots avec leurs univers pour une histoire, et c'est d'ailleurs ce que se disent les flics chargés d'enquêter sur une série de meurtres, qui pourtant, ont en partie, ces deux points communs.

On est dans du roman policier un peu classique mais, tout de même, bien dense. On y voyage beaucoup, dans le temps, dans l'espace... C'est riche et bien foutu.

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