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Bigwhy? Finest?

Fanzine Enthousiaste & Curieux

Articles avec #polar catégorie

AU FER ROUGE/ Marin Ledun

Publié le 31 Juillet 2017 par bigwhy dans polar, france, bookcrossing

AU FER ROUGE/ Marin Ledun

Avec L’homme qui a vu l’homme, Marin Ledun nous offrait l’an dernier un des tous meilleurs romans noirs de 2014 (et des années précédentes, d’ailleurs). Mais si l’enquête d’Iban Urtiz sur la disparition du militant basque Jokin Sasko avait pris fin, nombre de ses protagonistes n’ont pas disparus. C’est quatre ans après les faits décrits dans L’homme qui a vu l’homme que débute Au fer rouge avec de nouveau une disparition ; celle de Domingo Augusti, maillon d’un trafic de drogue entre l’Espagne et la France. Une disparition bien brève cependant, puisqu’Augusti refait littéralement surface enfermé dans une valise sur une plage des Landes après un périple sous-marin dans le golfe de Gascogne. Voilà un cadavre encombrant pour ceux qui pensaient s’en être débarrassé définitivement, une équipe de policiers français corrompus et de nervis de l’antiterrorisme espagnol dirigés par Javier Cruz.

Marin Ledun se place d’emblée avec une des citations qui ouvrent le roman dans la trace de Don Winslow. Et s’il cite une phrase de Savages[1], c’est incontestablement vers La griffe du chien qu’il louche dans son désir de démonter complètement les mécanismes de la corruption et de la compromission qui sont à l’œuvre sur les terres où se sont affrontés ettaras et services plus ou moins officiels de police et ou l’ébauche d’un processus de paix pourrait pousser certains des acteurs du conflit à se reconvertir dans de nouveaux secteurs d’activités.

Ainsi, comme chez Winslow, l’on va suivre une galerie de personnages représentant chacun une facette du phénomène à l’œuvre, du problème ou, allez savoir car l’optimisme n’est pas forcément de mise ici, de la solution. Il y d’abord l’équipe chargée de l’enquête sur le meurtre d’Augusti. Une équipe montée de façon a ne pas risquer de résoudre l’affaire : Simon Garnier, impliqué dans le meurtre et qui n’a donc aucun intérêt a trouver les coupables, Axel Meyer, chef du groupe dépêché par son supérieur pour ne surtout pas orienter l’enquête du côté des barbouzes engagés dans la lutte contre ETA et, surtout, Emma Lefebvre, jeune policière hantée par l’attentat du 11 mars 2004 à Madrid dans lequel elle a été blessée et entièrement tournée, de manière obsessionnelle, vers la lutte contre le terrorisme basque quand bien même Al Qaïda a revendiqué l’attentat dont elle a été victime. Il y a ensuite les barbouzes espagnols qui ne peuvent plus combattre les ettaras et cherchent un moyen de se reconvertir. Trafic de drogue, opérations immobilières juteuses et corruptions de notables locaux du côté de Bayonne sont au programme de Javier Cruz et de son bras droit Aarón Sánchez, redoutables tueurs évoluant aux limites de la folie. Et puis il y a tous ceux qui se trouvent indirectement touchés, militants écologistes, enfants réclamant justice pour leurs pères, escort girl frayant au milieu de ce marigot…

Au fer rouge est donc incontestablement un roman ambitieux, tout comme l’était L’homme qui a vu l’homme. Peut-être même l’est-il encore plus, puisqu’il ne s’agit pas de démonter la mécanique d’un fait particulier comme la disparition d’un militant basque, quand bien même cela ouvrait sur une perspective bien plus large, mais de mettre en lumière la complexité des alliances nouées à la fois du côté de l’antiterrorisme français et espagnol, ces derniers et une pègre internationale ainsi que les notabilités locales tirant profit des événements. Par ailleurs, Marin Ledun s’attache à chercher les ressorts intimes, pas toujours logiques, qui dictent la conduite de ses personnages et plus particulièrement celui d’Emma Lefebvre qui est le véritable point central du roman.

Cette ambition alliée à un sens aigu de la dramaturgie fait d’Au fer rouge un livre extrêmement prenant et intéressant qui a sans doute aussi à certains moments les défauts de ses qualités. L’intrigue très touffue et la volonté de traiter des problématiques qui, pour être liées, n’en sont pas moins très diverses – trafic de stupéfiant, lutte antiterroriste, immobilier, pollution, luttes identitaires, traumatismes collectifs et personnels – oblige parfois l’auteur a des raccourcis ou a faire coller un peu artificiellement certains éléments, au risque de l’invraisemblance, pour les besoins de son intrigue et du rythme de celle-ci.

S’il n’atteint donc pas l’extrême justesse de L’homme qui a vu l’homme – et peut-on vraiment le lui reprocher tant la barre était haute ? – ce deuxième volet de l’œuvre basque de Marin Ledun vaut toutefois que l’on s’y attarde et s’extrait sans problème de la masse des romans noirs tant par son ambition que par sa peinture de personnages d’une belle complexité.

AU FER ROUGE/ Marin Ledun
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QUE LA BETE S'EVEILLE/ Jesse & Jonathan Kellerman

Publié le 25 Juillet 2017 par bigwhy dans polar, fantastique, USA, bookcrossing

QUE LA BETE S'EVEILLE/ Jesse & Jonathan Kellerman

Pour une fois, n'est pas coutume, un Best Seller satisfaisant & étrange avec une enquète qui revisite le thème du Golem....des suites sont déja parues!

Jacob Lev, jeune inspecteur de la police de Los Angeles et fils de rabbin est appelé sur les lieux d’un crime. Le flic est surpris puisqu’il a été récemment muté à la circulation, chargé de mener des statistiques sur les accidents. Ce sont deux molosses qui se présentent à son appartement – ils appartiennent à une section très spéciale de la police. La victime a été retrouvée dans une maison abandonnée sur les collines d’Hollywood. A son arrivée, Lev est reçu par un médecin légiste qu’il ne connaît pas et découvre une tête, sans le reste du corps (amusant car sur certains sites en ligne genre A…z ils disent l’inverse), posée sur le sol de la cuisine. A côté de la tête, du vomi, mais pas de trace de sang. Lev comprend pourquoi on l’a appelé : on a gravé sur le plan de travail un mot en hébreu : Justice. Jacob, élevé dans la religion, se voit confier l’enquête. Ses investigations vont le mener à voyager, géographiquement et dans le temps – puisqu’elles le plongent au cœur du mythe ancestral du Golem – une créature hébraïque façonnée au 16ème Siècle par le Maharal, à partir d’argile. Golem est un ogre qui protégeait le ghetto. Dépourvu de parole car un parchemin était noué sur sa langue, il obéissait à ses maîtres. Une légende veut que le Golem, ou plutôt ce qu’il en reste, soit entreposé dans la Genizah, un entrepôt des vieux manuscrits hébreux de la communauté juive de Prague, qui se trouve dans les combles de la synagogue Vieille-Nouvelle de Josefov.

Mais revenons à l’enquête : l’ADN a parlé : la victime est en fait un assassin, recherché dans le cadre de des meurtres non élucidés de plusieurs femmes. Mais il n’a toujours aucune identité. Le jeune homme reprend l’enquête à zéro – qui étaient les victimes de cet inconnu ? Les crimes ont eu lieu à Los Angeles puis à New York, la Nouvelle-Orléans, Las Vegas ou Miami – pourquoi ? Lorsqu’un des policiers lui confie qu’un policier tchèque a eu à faire à un crime similaire : une tête décapitée, du vomi et un message en hébreu. Lev décide d’embarquer pour la vieille Europe et le ghetto de Prague – berceau de ces mythes hébraïques. Son père, un homme pieux lui demande de profiter de son voyager pour honorer un des hommes les plus vénérés de leur religion, qui a vécu au 16ème Siècle, dans la capitale tchèque, le Rabbi Loew. Son enquête le plongera au cœur du mythe du Golem et va profondément bouleverser ce jeune policier. Auparavant, il a croisé l’espace d’une nuit une femme sublime mais depuis des hallucinations se manifestent. Et pire encore, elle provoque chez lui de graves troubles physiques. Autre fait encore plus troublant : la présence envahissante de scarabées…

Et vous trouvez ça étrange ? Attendez de lire la suite : parallèlement à cette enquête, les Kellerman ont décidé de faire partager au lecteur le mythe du Golem – et nous suivons donc en parallèle l’histoire d’Acham, la sœur d’Abel et de Caïn – leur lutte fraternelle, la mort de l’un, la fuite de l’autre et l’esprit de vengeance qui va animer la jeune femme.

Alors, voilà – moi qui ne suis pas du tout attirée par l’ésotérisme – et encore moins par la religion, comment le roman a-t-il pu autant me plaire ? Impossible de le dire – enfin si, quelques pistes – le personnage principal Jacob Lev est faillible, attendrissant – il aime profondément son père, presque aveugle – celui-ci l’a élevé dans la religion et rêvait de le voir devenir rabbin – mais Jacob a choisi d’être policier. Pourtant les deux hommes sont inséparables. Une très belle histoire d’amour filial entre un fils et un père. Il y a également le poids de la religion – Jacob avait cessé de pratiquer mais cette enquête va le pousser à réfléchir sur ses croyances. Et là, le glossaire joint en fin du livre est indispensable ! Les Kellerman nous font découvrir toutes les prières qui accompagnent quotidiennement les hommes de foi mais aussi les juifs pratiquants. C’est passionnant.

Enfin, si j’ai été au départ perturbée par l’histoire parallèle, d’Acham, j’ai fini par être passionnée par sa quête de vengeance et par sa transformation. Yankele. Son temps à Prague, sous une forme différente, et les personnages de Rebbe et Perel. Ceux qui connaissent la religion en sauront plus que moi – moi je suis allée de découverte en découverte. Enfin, autre point positif du roman : Prague – je suis allée passer huit jours à Prague il y a quelques années, j’ai visité ces lieux pieux. Un souvenir très émouvant.  le père et fils Kellerman ont fait ensemble un super travail en rendant accessible au lecteur une partie de l’histoire du peuple juif, en expliquant mieux leur culte et les fondements de leur croyance, ou celle de leur langue, l’hébreu – et ses multiples interprétations.

 

QUE LA BETE S'EVEILLE/ Jesse & Jonathan Kellerman
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Bookcrossing: LES LARMES NOIRES SUR LA TERRE Sandrine Colette

Publié le 26 Juin 2017 par bigwhy dans livre, polar, france

Bookcrossing: LES LARMES NOIRES SUR LA TERRE Sandrine Colette

Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».

La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.

Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui…Lire la suite

Quand on parle des reines du thriller, on pense bien sûr toujours au vieux Royaume d’Albion. Mais la France possède aussi, rayon roman noir, quelques impératrices… En 2013, un roman de rouille et de sang particulièrement crépusculaire devait annoncer le renouveau d’une collection légendaire des éditions Denoël, Sueurs froides, et imposer du même coup une jeune romancière, jusque-là inconnue, Sandrine Collette. Des nœuds d’acier décrochait cette année-là le Grand prix de la Littérature policière et le Prix des lycéens. Quatre ans plus tard, alors que son cinquième thriller, Les larmes noires de la terre, vient de sortir, la romancière nous dévoile quelques-uns de ses coups de cœur. Vive la culture

« Sandrine Collette passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique.Elle devient chargée de cours à l’Université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.« Des nœuds d’acier » (Denoël, 2013), son premier roman, obtient le Grand Prix de littérature policière 2013. En 2014, elle publie son second roman « Un vent de cendres » (chez Denoël) qui revisite le conte La Belle et la Bête. Devenue l’un des grands noms du thriller français, une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans « Six fourmis blanches » (2015).« Il reste la poussière » (2016) obtient le Prix Landerneau du polar. Sandrine Collette partage son temps entre la région parisienne et son élevage de chevaux dans le Morvan.

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Bookcrossing: LA GRIFFE DU CHIEN de Don Winslow

Publié le 22 Juin 2017 par bigwhy dans livre, polar, mexique, USA

Bookcrossing: LA GRIFFE DU CHIEN de Don Winslow

Ayant commencé par "Cartel" qui en est la suite, je ne pouvais pas rater " La griffe du chien" qui avec les mêmes protagonistes couvrent la période de 1975 à 1999 ( cartel de 2000 à maintenant!)

« Il existe deux choses dont le peuple américain ne veut pas : un autre Cuba sur les territoires d’Amérique centrale, et un autre Vietnam » Ronald Reagan. Cette phrases, mise en exergue du chapitre 5, résume la thématique centrale de La griffe du chien de Don Winslow. Car même si l’’intrigue romanesque tourne autour du trafic de drogue entre le Mexique et les USA, c’est bien de cela qu’il s’agit en premier lieu.

Art Keller, ancien de la CIA, est entré à la DEA au retour du Vietnam, et a commencé sa carrière au Mexique. Il y a fait connaissance avec Miguel Angel Barrera, Tio, et ses deux neveux, Adan et Raoul. Tio est flic et l’aide à faire tomber le parrain local de la drogue. Peu de temps après une arrestation qui tourne au massacre, Art s’aperçoit que tout n’a été qu’une manœuvre des Barrera pour prendre en main, non pas la production de drogue, mais le transport de tout ce que produisent les cartels colombiens. Tio et ses neveux visionnaires se sont en effet rendu compte que ce qu’ils avaient de plus précieux à vendre est une frontière immense avec le premier acheteur de drogue du monde. Entre Art Keller et les Barrera, une guerre sans merci s’engage. Une guerre bien plus vaste que celle de la drogue. Une guerre qui fera de très nombreuses victimes, et aura, parmi ses protagonistes Nora, call girl de luxe, Callan, tueur à gage irlandais, la mafia, la CIA, les milices d’extrême droite d’Amérique centrale, l’église …

Ce roman est un vrai monument. Presque huit cent pages pour disséquer le rôle des gouvernements américains successifs dans la répression sanglante des mouvements pro communistes en Amérique centrale dans les années 70 et surtout 80. Pour relier cette action avec le trafic de drogue à la frontière américano-mexicaine. Pour mettre en lumière la corruption de l’état mexicain, et la façon dont les narcos sont devenus plus puissants que l’état lui-même, capables en deux semaines de faire plier l’économie du pays, pour ensuite négocier leur aide. Pour disséquer l’influence de tout cela sur la signature du fameux accord de l’ALENA, qui allait permettre la libre circulation des marchandises et des capitaux entre les deux pays. Et celle de ces conflits sur une autre guerre, beaucoup plus feutrée mais néanmoins sans pitié, celle que se livrent, en Amérique latine, les tenants de la théologie de la libération et l’Opus Dei, très bien vu par le Vatican de Jean-Paul II.

Ce n’est pas pour autant un essai, ou une étude. C’est une véritable œuvre romanesque, avec des personnages extraordinaires, hors normes, du souffle, beaucoup de violence (on s’en douterait), mais jamais gratuite, et une construction impeccable. Une œuvre romanesque qui sait prendre son temps pour décrire les odeurs dans un jardin mexicain ou l’épouvantable tremblement de terre de Mexico de septembre 85.

Une œuvre magistrale, époustouflante, dure, qui prouve, une fois de plus, que les américains savent révéler leurs pires turpitudes avec un talent exceptionnel. Les révéler et les analyser, car Don Winslow ne s’arrête pas à la dénonciation des horreurs perpétrées en Amérique centrale. Il fait également le rapprochement entre ce que coute la guerre contre la production de drogue (qui cache en réalité une guerre contre la révolte de populations exsangues), et ce que couteraient les solutions visant à faire chuter drastiquement la demande aux USA. Il s’arrête là, laissant le lecteur tirer ses propres conclusions … Des conclusions affolantes si on les résume ainsi : mieux vaut des pauvres drogués qui s’entretuent entre gangs, que des pauvres organisés et revendicatifs.

 

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Bookcrossing: LA MORT NOMADE de Ian Manook

Publié le 14 Juin 2017 par bigwhy dans livre, polar, france, mongolie

Bookcrossing: LA MORT NOMADE de Ian Manook

Parmi les plus inoubliables des personnages de polar récemment créés, le commissaire Yeruldelgger s’impose avec force. Donnant son nom au premier tome d’une trilogie se terminant avec le livre ici traité, ce flic colérique est l’occasion pour Ian Manook d’aborder la Mongolie, d’une manière que l’on qualifiera de documentaire. Intrigues policières et violentes, découverte d’une Mongolie très méconnue, tout cela se doit de prendre fin avec La Mort Nomade

La Mort Nomade débute là où la précédente enquête du commissaire mongole, Les Temps Sauvages, a pris fin . On retrouve donc un Yeruldelgger errant au sein de sa propre retraite, que l’on peut considérer comme forcée. Usé par le caractère infini de la lutte contre le crime, l’homme s’est détourné d’Oulan-Bator afin d’aller se réfugier en plein désert de Gobi. Là, entouré de l’immensité et du silence, il renoue avec ses traditions ancestrales qu’il avait peu à peu enfouies sous sa carapace. Seulement, le destin semble ne pas vouloir oublier Yeruldelgger, et voilà qu’un jour il est retrouvé par deux cavalières qui vont le pousser, malgré lui, à reprendre du service. Cet être redevenu mystique va devoir retourner vers le monde et ses déviances, afin de se tirer d’une affaire bien sanglante.

La Mort Nomade est un chant lancinant, qui nous narre le même constat sur la Mongolie qu’a pu tirer Ian Manook, mais avec cette fois-ci un Yeruldelgger moins à fleur de peau, en quête d’un rachat qui ne peut passer que par une non-violence fondamentale. Pas désabusé mais en recherche de paix intérieure, le désormais ex-commissaire n’a plus qu’une envie en tête : retrouver ses racines, loin de l’agitation d’une époque troublée qui défigure aussi bien la Mongolie (triste situation naturelle) que les mongoles. Et, à travers eux, c’est le monde entier qui en prend pour son grade, par ailleurs. On apprécie d’ailleurs beaucoup cette description très jusqu’au-boutiste de la société mongole, minée par la corruption, la pauvreté, le chantage etc. Ian Manook dresse un tableau de ce pays à l’image du personnage qui hante ce roman : alarmant mais aussi porteur d’espoirs.

La Mort Nomade ne passe plus par un Yeruldelgger agissant. L’ex-commissaire est passif, et ce même quand il réussit à trouver des indices dans cette terrible série de femmes disparues et de morts très étranges. Deux femmes, tour à tour, viennent le trouver afin de lui demander de l’aide, et les deux sont clairement le témoignage que les steppes ne tournent pas rond. Puis, le tout jeune Ganbold vient l’inquiéter encore : il est tombé sur un charnier. Yeruldelgger ne peut donc que se remettre au travail, même si l’on sent bien que ces affaires l’étouffent. D’ailleurs, La Mort Nomade introduit bientôt de nouveaux policiers, officiant aux États-Unis, qui apportent par ailleurs une dose d’humour étonnante et surtout savoureuse. L’enquête se développe aussi finement que les personnages, notamment féminins, prennent de l’ampleur, et La Mort Nomade finit par installer un rythme tel qu’on dévore le livre goulument.

Avec La Mort Nomade, Ian Manook réussit un effet de style difficile : nous donner un antagoniste que l’on aime détester, tout en nous signifiant bien que le vrai Mal ne se niche pas dans un seul corps. Il plane un peu partout : il déforeste, il détruit et empoisonne les sols, il corrompe l’humanité en chacun de nous. Bref, pour faire clair le véritable adversaire ce sont les multinationales, bien trop globalisantes pour être honnêtes. Une accusation qui n’est jamais traitée comme le ferait un étudiant en mal de socialisme, l’auteur est beaucoup plus fin que cela, et son constat n’en est que plus juste. Ainsi, on est entraîné dans une Mongolie saisissante, intrigante, et ce jusqu’à un final déchirant. Adieu, Yeruldelgger, on t’a tant aimé.

Bookcrossing: LA MORT NOMADE de Ian Manook
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Film à voir : ROMANZO CRIMINALE de Michele Placido (2005)

Publié le 12 Juin 2017 par bigwhy dans film, polar, italie, film complet

Film à voir : ROMANZO CRIMINALE de Michele Placido (2005)

Ce film est adapté du roman éponyme de Giancarlo De Cataldo inspiré de de la bande de la Magliana (nom d’un quartier périphérique de Rome où vivait la plupart de ces jeunes voyous), association de malfaiteurs qui domina Rome de 1977 à 1992.

Dans l'Italie des années 1970, une bande criminelle sans pitié menée par des amis d'enfance, le Libanais, Freddo et le Dandy, entreprend de conquérir rome en détenant le marché de la drogue, du jeu et de la prostitution. Terrorisme, enlèvements et corruption sont au rendez-vous.

Le film inscrit sa trame narrative dans le contexte politique de l'Italie des années de plomb, illustrées par la mort d'Aldo Moro & l'attentat de la gare de Bologne. Dans le contexte de la guerre froide, l'instrumentalisation de la pègre et de la mafia par le pouvoir italien pour lutter contre les Brigades rouges et la subversion de gauche.

Le film n'est pas extraordinaire mais a le mérite de remettre l'italie & les films de gangsters sur la carte du cinéma mondial

(film complet)

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Bookcrossing: CARTEL de Don Winslow

Publié le 25 Mai 2017 par bigwhy dans livre, polar, USA, mexique

Bookcrossing: CARTEL de Don Winslow

Le trafic de drogue entre les Etats-Unis et le Mexique, version épique. Un récit percutant et chirurgical.

L'écriture est sèche, sans apprêt ; elle cherche l'efficacité, le chemin le plus simple et le plus direct. Le regard s'incruste, précis, chirurgical, sans pudeur excessive. La langue est familière, sonne juste et les mots percutent. D'une certaine façon, on pourrait parler de style journalistique, ce qui n'est pas forcément une injure. L'essentiel est d'être immédiatement compris, de faire courir un récit fluide, d'être lu et d'embarquer le lecteur. Le pari est tenu haut la main, malgré les sept cents pages grand format et la violence ahurissante du propos. Après La Griffe du chien, grand oeuvre désormais classique, paru en français en 2007, et qui mettait en scène, entre 1975 et 2000, vingt-cinq ans d'histoire du trafic de drogue entre le Mexique et les Etats-Unis, Don Winslow livre une suite monumentale, peut-être encore plus sombre, parfaitement désespérée, de cette épopée sans fin. Celle d'une guerre sans cesse recommencée, devenue elle-même une industrie : «Dans les années 1990, la guerre concernait quelques dizaines de combattants à la fois. Aujourd'hui, les cartels rassemblent des centaines d'hommes, voire des milliers, d'anciens militaires pour la plupart, mais aussi d'anciens policiers et d'autres toujours en fonction.»

Don Winslow raconte ainsi, entre 2004 et 2014, la guerre des cartels dans ses nouvelles dimensions, quand la barbarie n'a plus de limites, quand il ne s'agit plus que de drogue, mais aussi d'affaires, de finance et de pouvoir, quand les flux d'argent sale se mêlent à ceux de l'économie classique, avec la complicité des politiques. Parfaitement documenté, le texte joue sur la longue focale, s'intéresse aux individus, multiplie les points de vue, enchaîne les scènes courtes, donnant à voir l'ensemble dans toute sa complexité.

Si le style est journalistique, le propos est également documentaire, au plus près du réel, les personnages souvent inspirés de figures des cartels mexicains, à l'instar d'Adán Barrera, reflet de Joaquín Guzmán, dit «El Chapo», maître surpuissant du cartel de Sinaloa. Mais, comme La Griffe du chien, Cartel est d'abord une création littéraire, une fresque épique au souffle singulier, le récit naturaliste se hissant à la hauteur de la tragédie. L'essence même du roman noir. 

Michel Abescat (Telerama)

Bookcrossing: CARTEL de Don Winslow
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Bookcrossing: VIANDE FROIDE de Jean Paul Brighelli

Publié le 9 Avril 2017 par bigwhy dans livre, polar, france, corse

Bookcrossing: VIANDE FROIDE de Jean Paul Brighelli

Les cochons corses ne se nourrissent pas uniquement de glands et de châtaignes. Et on n'assassine pas des préfets tous les jours, même en Corse. Quand on les assassine, ce n'est pas par hasard. Une conspiration voulue par les uns et exploitée par les autres. Alors qu'à Paris s'agitent les ombres des montreurs de marionnettes, un flic fraîchement retraité mène l'enquête. II n'est pas seul sur le coup: un jeune agent, persuadé de connaître les dessous de l'affaire, suit de très près le vieil enquêteur... La Corse se garde bien de révéler ses secrets: les montagnes restent muettes, et nul n'est à l'abri d'un assassinat dans le restau du coin.

Jean-Paul Brighelli est né en 1953 à Marseille, d'un père policier d'une mère sténodactylo. Il a 15 ans pendant les évènements de mai 1968 auxquels il participe au sein d'un mouvement d'extrême-gauche. Bachelier en 1970 il prépare Khâgne et entre à l'Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud, obtient son agrégation en Lettre Modernes en 1975. Dès lors, ce passionné de littérature  se consacre avec autant de passion à l'enseignement, une carrière qui le mène des lycées de province aux lycées de la région parisienne classés ZEP. Depuis 2008, il est en poste à Marseille, où il enseigne les Lettres dans une classe préparatoire aux grandes écoles.

Pendant toute sa carrière, il écrit: des articles pédagogiques, des essais, des anthologies sur des auteurs, tels que Alexandre Dumas, André Malraux ou bien encore Maupassant. Il se fait guide touristique quand il rédige "Entre ciel et mer, le Mont-Saint-Michel" publié en 1988 chez Gallimard, dans la collection "Découvertes", ou bien "Haute-Corse et Corse-du-Sud" en 1993, l'île de Beauté qui l'inspire quelques années plus tard pour son premier roman policier, "Pur porc" paru aux éditions Ramsay en 2003: « Agents secrets, mafia des jeux, trafiquants en armes et en pétrole, promoteurs fascinés par les bords de mer et autonomistes vivants ou morts, se croisent dans ce roman, dont les évènements comblent si bien les trous de l'Histoire qu'ils mériteraient d'être vrais(...) En s'inspirant de faits divers, l'auteur a cultivé l'ambiguïté, mais les personnages ici mis en scène ont de si mauvaises moeurs, une propension si marquée à la violence, des arrière-pensées si peu édifiantes qu'il est impossible de croire qu'ils aient vécu à notre époque.» (4ème de couverture de "Pur Porc").

Jean-Paul Brighelli, s'il n'est pas très connu dans le monde du polar, a écrit nombre de manuels scolaires destinés aux lycées et aux étudiants en lettres; en 2005, un premier ouvrage va soulever une vive polémique dans le monde de l'enseignement: "La fabrique du crétin" dénonce avec toute la vigueur de l'ancien militant, « la baisse du niveau des élèves qui, selon lui, ne savent plus écrire, compter et penser », il poursuit son combat pour la réforme des méthodes d'enseignement avec "A bonne école" publié en 2006, suivi de "Une école sous influence ou Tartuffe-roi" et " Fin de récré" en 2008, « il milite pour une retour aux fonctions traditionnelles de l'école, la transmission des savoirs, contre les options de "pédagogistes" ».  Des essais best-sellers qui divisent le corps enseignant, les "pro-Meirieu" s'insurgent contre les idées de Jean-Paul Brighelli, on va jusqu'à le mettre à l'écart du jury de CAPES, ce qui ne dure que deux jours, ses partisans s'insurgeant contre cette "sanction". (Pour ceux que ce débat intéresse, voir le blog de Jean-Paul Brighelli).

En juin 2009, le seul et unique roman policier qu'il ait signé, "Pur porc" est réédité aux éditions Balland, sous le titre Viande froide, un roman a découvrir pour les uns ou redécouvrir pour les autres.


 

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Bookcrossing: LE CHARDONNERET de Donna Tartt

Publié le 4 Avril 2017 par bigwhy dans livre, polar, USA, art

Bookcrossing: LE CHARDONNERET de Donna Tartt

Sur le conseil avisé de la bibliothécaire (profession de salut public!) j'ai lu ce bouquin, un polar mais qui n'en est pas vraiment un, m'a t'elle dit? D'abord long a s'y mettre, puis complètement accroché, à la fin splendide coup de coeur: un chef d'oeuvre.....

Comment survivre à ceux qu'on aime ? Donna Tartt effectue un retour magistral avec cet ample roman, où s'entrechoquent le bien et le mal.

Connaissez-vous Carel Fabritius ? Connaissez-vous son délicieux Chardonneret, minuscule oiseau peint sur lumineux fond crème, et vous fixant vivement sur son perchoir, la patte entravée par une chaînette ? Il reste moins de dix toiles de cet élève de Rembrandt adulé par Vermeer, qui adopta sa pure clarté... Celui qui relia les deux maîtres hollandais du xviie siècle disparut en effet dans son atelier de Delft un matin de 1654, à 32 ans, lors de l'explosion d'une poudrerie proche. Et la plupart de ses œuvres avec lui. Soufflées par la déflagration. Exactement comme Audrey, la mère cultivée et élégante du narrateur et jeune héros – Théo –, ce matin d'hiver des années 1990, dans un grand musée de New York. Acte terroriste ? On ne saura pas vraiment. La vraisemblance historique, politique n'intéresse pas directement l'écrivaine Donna Tartt, même si elle nourrit sa dernière saga initiatique au cœur de l'Amérique d'aujourd'hui. La passionnent davantage l'enchevêtrement du bien et du mal, les frontières douloureuses entre la culpabilité et la responsabilité, les labyrinthes de la mémoire et les ravages du secret. Ce point magique, dit-elle, où « chaque idée et son contraire sont tout aussi vrais ». Où « une plaisanterie devient sérieuse et où n'importe quoi de sérieux devient une plaisanterie ». Où Le Chardonneret de Carel Fabritius, de minuscule boule de plumes et d'os incarne peu à peu l'idée même de la peinture.

Le miracle est que l'auteur prodige du Maître des illusions (1993) – quelque sept cents pages pour un premier roman écrit à 29 ans – puis du Petit Copain, composé dix ans plus tard, parvient à nous faire toucher magistralement dans son troisième ouvrage ce névralgique point-là. Au risque de s'y élec­trocuter, d'être en tout cas embrasé par une lecture qu'on ne lâchera pas huit cents pages durant. Il y a bien du ­savoir-faire de lectrice érudite dans ce récit tout ensemble métaphysique et concret, inspiré de la plus éclectique ­littérature européenne – Dickens, Dostoïevski, Stevenson, Proust – comme des mystères façonnés aux Etats-Unis à la manière d'Edgar Poe et Henry James, sans oublier une cruauté sophistiquée chère à Truman Capote. Sauf qu'à 50 ans Donna Tartt sublime ces univers, les conjugue dans un maelström d'émotions, de sensations, de réflexions fondu dans les mots mêmes, sculpté dans une écriture violente, brutale et admirablement cinématographique. La description de l'explosion qui scelle pour jamais le destin de Théo est ainsi un moment suffoquant par son chaos, sa rapidité et son effroi ; les prises de drogues ou alcools divers aussi.

Peu de sexe dans Le Chardonneret, et peu d'amour. Au moins avoué ou ­permis. « La vie est une catastrophe », affirme encore Théo, quatorze ans après la disparition maternelle dont il ne se ­remettra jamais, « Mieux vaut ne jamais être né que d'être né dans ce cloaque ». Sauf qu'il y aura rencontré des personnages extraordinaires : les grands bourgeois dégénérés de la famille Barbour qui l'accueille du côté de Central Park, puis le loser dantesque qu'est son alcoolique de père, qu'il suit à Las Vegas ; Boris, l'ami russe déjanté qu'il rencontre là-bas ; Hobbie, l'énigmatique antiquaire du Village dont il devient l'associé ; Pippa, dont il est tombé amoureux le jour même de l'explosion, dans cette exposition sur les peintres nordiques qu'elle visitait, elle aussi, avec son oncle... Cet oncle qui donna à Théo une drôle de bague et l'incita à s'emparer au milieu des gravats du Chardonneret, fil rouge – et habile procédé narratif – de cette fascinante histoire de vie, de mort, de mère et de fils, d'excès en tout genre. Le chagrin est inséparable de la joie chez les inséparables paumés que deviennent Théo et Boris. A la fin de leur rocambolesque poursuite du Chardonneret, ces David Copperfield ou Raskolnikov du XXe siècle nous auront fait ­traverser un no man's land entre vérité et mensonge, réel et illusion, amour et haine, mémoire et oubli. Qu'on ne cherchera même pas à identifier. En dire davantage serait les trahir et dénaturer les zones opaques où le roman nous aura fait plonger. Pour apprendre à sortir du désespoir en chantant...

Bookcrossing: LE CHARDONNERET de Donna Tartt
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Bookcrossing: PUKHTU (primo) de DOA

Publié le 21 Mars 2017 par bigwhy dans livre, polar, espionnage, politique, france

Bookcrossing: PUKHTU (primo) de DOA

Ambitieux roman-fleuve sur la guerre en Afghanistan, Pukhtu, dont le premier [gros] volume a paru cette année en attendant une suite en 2016 s’annonce d’ores et déjà comme un grand roman noir géopolitique du genre à venir taquiner sur leur terrain les Don Winslow  et autres Robert Littell.

Prolongement du déjà touffu Citoyens clandestinsPukhtu est un roman qui combine polar, espionnage, géopolitique, drame, aventure, guerre et même romance. DOA, comme tout bon romancier, a bien compris que ce sont les hommes qui font l’Histoire au même titre que celle-ci vient les façonner, qu’ils soient au sommet de l’État ou le nez dans, au choix, la poussière, le sang, les dossiers ou une petite montagne d’héroïne. Et si cet Afghanistan de 2008, bourbier dans lequel s’empêtrent les Occidentaux tandis que les talibans gagnent du terrain, est au centre du roman, des fils se tirent, mondialisation oblige, vers le Kosovo, la France, les États-Unis, l’Iran, la Côte d’Ivoire, la Chine ou Dubaï.

Entrainés dans ce tourbillon d’un monde qui semble exploser, les personnages de DOA, Fox le mercenaire sans patrie désormais, ses camarades de Longhouse, compagnie privée au service de la CIA, Amel la journaliste française, Sher Ali Khan le contrebandier qui rejoint les rangs des insurgés talibans, Peter Dang le reporter canadien, Thierry Genêt l’homme d’affaires expatrié en Afrique, Storay la prostituée défigurée ou le mystérieux et dangereux enfant à la fleur, incarnent tous un point de vue. Des points de vue qui convergent, qui se heurtent, qui s’opposent et qui font apparaître toute la complexité d’un monde interconnecté dans lequel on tue autant avec des machines qu’avec des poignards ancestraux et des hommes et des femmes qui, quel que soit leur camp, ne sont ni noirs ni blancs. Un monde gris avec lequel il faut bien vivre et dans lequel, pour nombre de ces personnages, il s’agit avant tout de survivre.

La grande réussite de Pukhtu est là. DOA nous y plonge dans le réel, ponctué par les dépêches de presses, les bilans mensuels des morts et blessés, sans jamais perdre de vue le roman et l’action. Vertigineux et extrêmement documenté, Pukhtu fait ainsi découvrir certaines routes de la drogue, l’opacité des compagnies militaires privées, la guerre technologique désincarnée et celle des corps à corps, des bombes humaines, les raisons d’État, bonnes ou mauvaises, et les états d’âmes de ceux qui se trouvent pris dans l’engrenage immuable de cette guerre afghane.

Il y a des histoires vengeance, d’honneur, de dissimulation, d’amour, de trahison… tout ce qui fait l’Homme et le roman noir. Les données sont aussi là, brutes, et l’auteur leur donne la chair de ses personnages pour en faire un grand roman sur le monde d’aujourd’hui – et peut-être même déjà d’hier – dans toute sa complexité sans jamais chercher à énoncer une quelconque thèse. À chacun d’en tirer ce qu’il veut, en attendant la suite.

(chronique de: http://www.encoredunoir.com)

Vivement la suite.....

Bookcrossing: PUKHTU (primo) de DOA
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