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Bigwhy? Finest?

Fanzine Enthousiaste & Curieux

Articles avec #livre catégorie

Yes Mistress (7)

Publié le 20 Juillet 2017 par bigwhy dans erotisme, fetish, mistress, livre, film, Bande annonce

Yes Mistress (7)

Comme second film de maitresse, je choisi l'adaptation contemporaine de "La Venus à la Fourrure" le livre fondateur de Leopold Sacher- Masoch, réalisée par Roman Polanski en 2013.

Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession…

Ce n’est pas la première fois que Polanski s’inspire du théâtre. Entre huis-clos fiévreux et face-à-face ambigus, une bonne partie de sa filmographie y puise en effet ses racines dramaturgiques nerveuses. Il s’y est également frotté de manière plus concrète avec Carnage, son adaptation joyeusement cruelle de Yasmina Reza, et l’on retrouve dans cette adaptation d'une pièce elle-même librement adaptation du roman de Sacher-Masoch un semblable minimalisme (stricte unité de lieu, de temps et de personnages). Mais cette sobriété ascétique n’est cette fois encore qu’un cadre à l’intérieur duquel le réalisateur s’éclate et jubile à nous mener par le bout du nez. Carnage l’avait montré, La Vénus à la fourrure le confirme : dans de telles circonstances, Polanski reste un excellent scénariste et un excellent monteur ; son film est particulièrement vif, d’une fluide agilité et jamais renfermé sur lui-même. Tout se déroule sur une scène de théâtre et pourtant ça ne ressemble jamais à du théâtre filmé, jamais à autre chose que du cinéma brillamment mis en scène. Et ce n’est pas l’unique surprise au programme.

L'huis-clos à l’air étouffant ? Il est au contraire particulièrement fluide. Le minimalisme du film fait craindre l’austérité ? le résultat est au contraire très drôle. Emmanuelle Seigner commence le film en surjouant la vulgarité (on croirait parfois la voir caricaturer sa propre sœur) ? Elle se révèle bien plus nuancée et surprenante au fil du scénario. On croit pouvoir prédire par cœur le déroulement de ce jeu de manipulation et pourtant... Le roman de Sacher-Masoch ne parle que de ça : de statues que l’on prend pour des femmes et de femmes que l’on prend pour des déesses. Polanski la détourne malicieusement en poussant ces faux-semblants encore plus loin : chez lui les jeux de rôles sont des illusions que l’on se crée comme l’on goberait du viagra, mais c’est surtout la chosification de la Femme (par le protagoniste de la pièce, par Sacher-Masoch lui-même et par le personnage du metteur en scène) qui est ici tourneboulée. La nunuche cache une amazone, et l’on se retrouve puni d’avoir voulu « diriger » quelqu’un. Mais... là encore, il y a un « mais ».

Cette traversée des apparence se vautrerait à pieds joints dans la balourdise sans la subtilité de Polanski. En avançant sur la pointe des pieds, il se sert de l’artificialité pour aller débusquer l’émotion, utilise l’humour pour dire des choses très sérieuses, vise l’ultra-réalisme pour instaurer un climat presque fantastique, aborde le grotesque parodique pour définir la normalité, met en scène des clichés pour les mettre en pièce, fait miroiter un dénouement pour finalement faire basculer le film d’une manière des plus inattendues (dans sa plus belle scène), pour finalement l’envoyer balader dans un ultime contrepied à l’ambiguïté jubilatoire. Magie, magie.

 

Yes Mistress (7)
Yes Mistress (7)
Yes Mistress (7)

La Vénus à la fourrure est le chef-d’oeuvre de Sacher-Masoch. Rédigée tout d’abord en 1862, puis achevée en 1870, elle fait partie du premier volume du Legs de Caïn et s’inscrit dans le cycle de l’Amour.
La Vénus à la fourrure est la première oeuvre marquante de la littérature qui s’attache à décrire la relation entre un homme et une femme où la représentation extrême de l’amour prend la forme d’un esclavage librement choisi et consenti.
La Vénus à la fourrure commence par un rêve ; l’ami (le narrateur) se souvient, alors qu’il s’adonnait à la lecture de Hegel, avoir fait un rêve étrange. Une sublime créature, plus exactement une Vénus romaine, à la « pâleur marmoréenne…, aux yeux morts et pétrifiés » et « au corps de marbre », est venue lui rendre visite. La déesse fait une révélation à l’homme : « Vous appelez cruauté, ce qui fait l’élément propre de la sensualité et de l’amour pur, la vraie nature de la femme : se donner où l’on aime et aimer tout ce qui plaît. […] Vous autres, gens du Nord, prenez l’amour beaucoup trop au sérieux. Vous parlez de devoir où il ne devrait être question que de plaisir. »
L’homme se réveille, habité par ce rêve ; il s’empresse de le raconter à son ami Séverin. Ce dernier lui remet un manuscrit intitulé 
Confessions d’un suprasensuel. L’homme plonge alors dans la lecture du journal intime et le passé de Séverin. Une autre pièce commence, qui relate sa liaison amoureuse avec Wanda von Dunajew.

Régulièrement, Séverin se rend dans un jardin pour caresser et baiser les pieds de sa bien-aimée qui n’est autre que Vénus, une statue de pierre. Il ne connaît que les corps de marbre. Un soir de pleine lune, il rencontre une jeune veuve, Wanda, petite femme à la chevelure rousse. Séverin est troublé par cette femme hors du commun, qui clame haut et fort ses principes : briser la morale, fouler aux pieds le christianisme, n’obéir qu’aux lois du plaisir. Il se sent attiré par cette créature qui pourrait incarner sa Vénus : « Je ne crois pas que je sois amoureux de Wanda… Ce n’est pas un penchant du sentiment qui croît en moi, c’est une soumission physique qui se fait lentement, mais d’autant plus complètement. »

Afin de concrétiser sa liaison avec Wanda, Séverin imagine et rédige un contrat : il s’engage à être son domestique, son esclave, son jouet même, et à subir toutes les humiliations qu’elle jugera bon de lui infliger. En contrepartie, Wanda accepte d’être toujours vêtue d’une fourrure et d’incarner l’idéal de Séverin : une Vénus à la fourrure du Nord, telle la grande Catherine de Russie.
Par ce vêtement érotique, elle retrouvera sa nature première : celle de l’animalité. Wanda, amusée et intriguée par la personnalité si singulière de Séverin, accepte les clauses du contrat et s’évertue à combler ses folles imaginations. Le couple part en Italie pour réaliser ses fantasmes et s’adonne à des jeux de rôles. 
Désormais, Séverin s’appelle Grégoire, il est le domestique de Wanda, elle l’habille d’un costume de laquais aux couleurs de Cracovie, lui confisque ses papiers et son argent.
Pour parachever l’oeuvre de Séverin, Wanda se met en quête d’amants : « Il me faut des adorateurs, jeunes et beaux. Cela sera plus piquant…Ce soir, je vais dîner avec un Prince, il est russe, c’est un animal sauvage, à l’oeil sombre. Je vais tisser des fils de perles noires, dans ma chevelure, qui me glisseront jusqu’aux hanches. Je mettrai ma kazabaïka rouge, celle bordée d’hermine verte. Et ma toque de cosaque. » Elle rencontre un jeune bellâtre, « le Grec », qui se travestit en femme et auquel tous les hommes envoient des lettres d’amour. C’est un athée et un guerrier. Wanda est séduite par sa cruauté. Elle se donne au Grec sous les yeux de Séverin, puis part avec lui. Le contrat est désormais rompu et le rêve d’amour de Séverin, brisé.

Le contrat masochiste comme utopie politique Sacher-Masoch est l’écrivain des fantasmes. Avec La Vénus à la fourrure, on est dans ce que j’appellerais le théâtre de l’Éros, de l’intime et de l’indicible : une expérience littéraire et poétique. Politique aussi, au sens où deux individus, un homme et une femme, concluent un contrat pour vivre leur utopie sensuelle, de manière consentante et libre. Ici, le fantasme s’écrit, se met en scène par écrit, tel un scénario, comme si seuls les mots avaient le pouvoir de faire naître et advenir un bonheur, un plaisir futur.
Par ce contrat, l’homme et la femme dépassent le contrat social réprimant les désirs en marge. Le contrat, chez Sacher-Masoch, renverse la norme, il la transgresse. Il scelle la relation amoureuse, en dresse les clauses ; il fait oeuvre de loi. « L’idée même du contrat amoureux constitue, de la part de Sacher-Masoch, une fabuleuse invention, la pièce maîtresse de ses tentatives pour innover totalement dans les relations entre homme et femme. Séduire une jeune et jolie femme était banal ; se livrer à elle comme esclave par contrat représente la forme la plus achevée de la transgression érotique. »

 

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Bookcrossing: MOHA M'AIME de Alina Reyes

Publié le 4 Juillet 2017 par bigwhy dans livre, maroc, internet

Bookcrossing: MOHA M'AIME de Alina Reyes

J'ai une affection particulière pour ce petit livre, premièrement parce que j'aime son auteur, mais surtout parce que j'ai séjourné presque 6 mois dans la maison ou il a été conçu & écrit: La "barraka" à Essaouira. Comme pour l'auteur, le Maroc & ses habitants m'ont enchanté & psychiquement remis sur pieds, désormais il n'y à pas un jour ou je n'y repense pas avec nostalgie....

Récit poétique, méditatif, d’un voyage et d’un séjour dans le Sud marocain, plein de rencontres et d’amitiés simples, de douceur et de lumière, d’abandon à un autre temps, celui de l’Esprit qui franchit toute frontière. Un petit livre dont l’auteur eut le bonheur d’apprendre un jour par courrier que « tout le monde l’a lu à Kolomina, même les femmes illettrées. »

A travers cette traversée du Maroc,la narratrice nous invite à sa réflexion quant à notre mode de vie occidental,réglé comme du papier musique,au timing serré,à notre course après l'argent...Mais aussi au regard que "nous" portons sur les étrangers.
Car dans ces petits villages,on se contente de tellement peu et on semble s'en satisfaire...Un rayon de soleil,du poisson,des amis,de la solidarité...

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Bookcrossing: LES LARMES NOIRES SUR LA TERRE Sandrine Colette

Publié le 26 Juin 2017 par bigwhy dans livre, polar, france

Bookcrossing: LES LARMES NOIRES SUR LA TERRE Sandrine Colette

Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».

La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.

Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui…Lire la suite

Quand on parle des reines du thriller, on pense bien sûr toujours au vieux Royaume d’Albion. Mais la France possède aussi, rayon roman noir, quelques impératrices… En 2013, un roman de rouille et de sang particulièrement crépusculaire devait annoncer le renouveau d’une collection légendaire des éditions Denoël, Sueurs froides, et imposer du même coup une jeune romancière, jusque-là inconnue, Sandrine Collette. Des nœuds d’acier décrochait cette année-là le Grand prix de la Littérature policière et le Prix des lycéens. Quatre ans plus tard, alors que son cinquième thriller, Les larmes noires de la terre, vient de sortir, la romancière nous dévoile quelques-uns de ses coups de cœur. Vive la culture

« Sandrine Collette passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique.Elle devient chargée de cours à l’Université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.« Des nœuds d’acier » (Denoël, 2013), son premier roman, obtient le Grand Prix de littérature policière 2013. En 2014, elle publie son second roman « Un vent de cendres » (chez Denoël) qui revisite le conte La Belle et la Bête. Devenue l’un des grands noms du thriller français, une fois encore, elle montre son savoir-faire imparable dans « Six fourmis blanches » (2015).« Il reste la poussière » (2016) obtient le Prix Landerneau du polar. Sandrine Collette partage son temps entre la région parisienne et son élevage de chevaux dans le Morvan.

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Film Culte: EASY RIDER de Dennis Hooper (1969)

Publié le 25 Juin 2017 par bigwhy dans film, culte, Bande annonce, bande originale, 60's, psychedelique, rock, livre

Film Culte: EASY RIDER de Dennis Hooper (1969)

Forcément avec le post précédent, vous saviez que vous y auriez droit! Ce film génial, ode à la liberté (de pensée aussi!) est un bras d'honneur à tous les beaufs de tous les pays & de toutes les époques. Il est d'ailleurs paradoxal que aujourd'hui, les beaufs roulent en Harley (pas tous je sais!) c'est tellement "fashion" je crois que meme si ils voyaient 100 fois le film, ils n'en saisiraient jamais la philosophie!

Réalisé par Dennis Hooper, le bad bad boy de l'époque qui n'a parait-il jamais connu un instant de sobriété (deux litres de rhum + une trentaine de bières + trois grammes de coke / jour). Il semble avoir tout vécu et surtout la grande histoire, celle des turbulentes et fabuleuses décennies 50-70 – il a notamment côtoyé Elvis, Warhol, Ginsberg, les Stones, Dylan, Manson… C’est simple, s’il fallait illustrer la grandeur et la décadence de cette période-phare du XXème siècle à travers un cas particulier, Dennis Hopper serait assurément le cobaye le plus approprié, lui qui incarne presque à lui tout seul la contre-culture des sixties.

Ne pas oublier la fabuleuse Bande Originale, avec entre autre, Steppenwolf, The Byrds, Jimi Hendrix, The Electric Prunes....

Don't Bogart that joint my friend, roll another one!

Film Culte: EASY RIDER de Dennis Hooper (1969)Film Culte: EASY RIDER de Dennis Hooper (1969)
Film Culte: EASY RIDER de Dennis Hooper (1969)
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Bookcrossing: LA GRIFFE DU CHIEN de Don Winslow

Publié le 22 Juin 2017 par bigwhy dans livre, polar, mexique, USA

Bookcrossing: LA GRIFFE DU CHIEN de Don Winslow

Ayant commencé par "Cartel" qui en est la suite, je ne pouvais pas rater " La griffe du chien" qui avec les mêmes protagonistes couvrent la période de 1975 à 1999 ( cartel de 2000 à maintenant!)

« Il existe deux choses dont le peuple américain ne veut pas : un autre Cuba sur les territoires d’Amérique centrale, et un autre Vietnam » Ronald Reagan. Cette phrases, mise en exergue du chapitre 5, résume la thématique centrale de La griffe du chien de Don Winslow. Car même si l’’intrigue romanesque tourne autour du trafic de drogue entre le Mexique et les USA, c’est bien de cela qu’il s’agit en premier lieu.

Art Keller, ancien de la CIA, est entré à la DEA au retour du Vietnam, et a commencé sa carrière au Mexique. Il y a fait connaissance avec Miguel Angel Barrera, Tio, et ses deux neveux, Adan et Raoul. Tio est flic et l’aide à faire tomber le parrain local de la drogue. Peu de temps après une arrestation qui tourne au massacre, Art s’aperçoit que tout n’a été qu’une manœuvre des Barrera pour prendre en main, non pas la production de drogue, mais le transport de tout ce que produisent les cartels colombiens. Tio et ses neveux visionnaires se sont en effet rendu compte que ce qu’ils avaient de plus précieux à vendre est une frontière immense avec le premier acheteur de drogue du monde. Entre Art Keller et les Barrera, une guerre sans merci s’engage. Une guerre bien plus vaste que celle de la drogue. Une guerre qui fera de très nombreuses victimes, et aura, parmi ses protagonistes Nora, call girl de luxe, Callan, tueur à gage irlandais, la mafia, la CIA, les milices d’extrême droite d’Amérique centrale, l’église …

Ce roman est un vrai monument. Presque huit cent pages pour disséquer le rôle des gouvernements américains successifs dans la répression sanglante des mouvements pro communistes en Amérique centrale dans les années 70 et surtout 80. Pour relier cette action avec le trafic de drogue à la frontière américano-mexicaine. Pour mettre en lumière la corruption de l’état mexicain, et la façon dont les narcos sont devenus plus puissants que l’état lui-même, capables en deux semaines de faire plier l’économie du pays, pour ensuite négocier leur aide. Pour disséquer l’influence de tout cela sur la signature du fameux accord de l’ALENA, qui allait permettre la libre circulation des marchandises et des capitaux entre les deux pays. Et celle de ces conflits sur une autre guerre, beaucoup plus feutrée mais néanmoins sans pitié, celle que se livrent, en Amérique latine, les tenants de la théologie de la libération et l’Opus Dei, très bien vu par le Vatican de Jean-Paul II.

Ce n’est pas pour autant un essai, ou une étude. C’est une véritable œuvre romanesque, avec des personnages extraordinaires, hors normes, du souffle, beaucoup de violence (on s’en douterait), mais jamais gratuite, et une construction impeccable. Une œuvre romanesque qui sait prendre son temps pour décrire les odeurs dans un jardin mexicain ou l’épouvantable tremblement de terre de Mexico de septembre 85.

Une œuvre magistrale, époustouflante, dure, qui prouve, une fois de plus, que les américains savent révéler leurs pires turpitudes avec un talent exceptionnel. Les révéler et les analyser, car Don Winslow ne s’arrête pas à la dénonciation des horreurs perpétrées en Amérique centrale. Il fait également le rapprochement entre ce que coute la guerre contre la production de drogue (qui cache en réalité une guerre contre la révolte de populations exsangues), et ce que couteraient les solutions visant à faire chuter drastiquement la demande aux USA. Il s’arrête là, laissant le lecteur tirer ses propres conclusions … Des conclusions affolantes si on les résume ainsi : mieux vaut des pauvres drogués qui s’entretuent entre gangs, que des pauvres organisés et revendicatifs.

 

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Bookcrossing: LA MORT NOMADE de Ian Manook

Publié le 14 Juin 2017 par bigwhy dans livre, polar, france, mongolie

Bookcrossing: LA MORT NOMADE de Ian Manook

Parmi les plus inoubliables des personnages de polar récemment créés, le commissaire Yeruldelgger s’impose avec force. Donnant son nom au premier tome d’une trilogie se terminant avec le livre ici traité, ce flic colérique est l’occasion pour Ian Manook d’aborder la Mongolie, d’une manière que l’on qualifiera de documentaire. Intrigues policières et violentes, découverte d’une Mongolie très méconnue, tout cela se doit de prendre fin avec La Mort Nomade

La Mort Nomade débute là où la précédente enquête du commissaire mongole, Les Temps Sauvages, a pris fin . On retrouve donc un Yeruldelgger errant au sein de sa propre retraite, que l’on peut considérer comme forcée. Usé par le caractère infini de la lutte contre le crime, l’homme s’est détourné d’Oulan-Bator afin d’aller se réfugier en plein désert de Gobi. Là, entouré de l’immensité et du silence, il renoue avec ses traditions ancestrales qu’il avait peu à peu enfouies sous sa carapace. Seulement, le destin semble ne pas vouloir oublier Yeruldelgger, et voilà qu’un jour il est retrouvé par deux cavalières qui vont le pousser, malgré lui, à reprendre du service. Cet être redevenu mystique va devoir retourner vers le monde et ses déviances, afin de se tirer d’une affaire bien sanglante.

La Mort Nomade est un chant lancinant, qui nous narre le même constat sur la Mongolie qu’a pu tirer Ian Manook, mais avec cette fois-ci un Yeruldelgger moins à fleur de peau, en quête d’un rachat qui ne peut passer que par une non-violence fondamentale. Pas désabusé mais en recherche de paix intérieure, le désormais ex-commissaire n’a plus qu’une envie en tête : retrouver ses racines, loin de l’agitation d’une époque troublée qui défigure aussi bien la Mongolie (triste situation naturelle) que les mongoles. Et, à travers eux, c’est le monde entier qui en prend pour son grade, par ailleurs. On apprécie d’ailleurs beaucoup cette description très jusqu’au-boutiste de la société mongole, minée par la corruption, la pauvreté, le chantage etc. Ian Manook dresse un tableau de ce pays à l’image du personnage qui hante ce roman : alarmant mais aussi porteur d’espoirs.

La Mort Nomade ne passe plus par un Yeruldelgger agissant. L’ex-commissaire est passif, et ce même quand il réussit à trouver des indices dans cette terrible série de femmes disparues et de morts très étranges. Deux femmes, tour à tour, viennent le trouver afin de lui demander de l’aide, et les deux sont clairement le témoignage que les steppes ne tournent pas rond. Puis, le tout jeune Ganbold vient l’inquiéter encore : il est tombé sur un charnier. Yeruldelgger ne peut donc que se remettre au travail, même si l’on sent bien que ces affaires l’étouffent. D’ailleurs, La Mort Nomade introduit bientôt de nouveaux policiers, officiant aux États-Unis, qui apportent par ailleurs une dose d’humour étonnante et surtout savoureuse. L’enquête se développe aussi finement que les personnages, notamment féminins, prennent de l’ampleur, et La Mort Nomade finit par installer un rythme tel qu’on dévore le livre goulument.

Avec La Mort Nomade, Ian Manook réussit un effet de style difficile : nous donner un antagoniste que l’on aime détester, tout en nous signifiant bien que le vrai Mal ne se niche pas dans un seul corps. Il plane un peu partout : il déforeste, il détruit et empoisonne les sols, il corrompe l’humanité en chacun de nous. Bref, pour faire clair le véritable adversaire ce sont les multinationales, bien trop globalisantes pour être honnêtes. Une accusation qui n’est jamais traitée comme le ferait un étudiant en mal de socialisme, l’auteur est beaucoup plus fin que cela, et son constat n’en est que plus juste. Ainsi, on est entraîné dans une Mongolie saisissante, intrigante, et ce jusqu’à un final déchirant. Adieu, Yeruldelgger, on t’a tant aimé.

Bookcrossing: LA MORT NOMADE de Ian Manook
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Film Culte: FIGHT CLUB de David Fincher (1999)

Publié le 13 Juin 2017 par bigwhy dans film, Bande annonce, USA, livre

Film Culte: FIGHT CLUB de David Fincher (1999)

La première règle du Fight Club est : il est interdit de parler du Fight Club. La seconde règle du Fight Club est : il est interdit de parler du Fight Club.....

Sortie sur les écrans français le 10 novembre 1999, l’adaptation du roman de Chuck Palahniuk a remis au goût du jour l’idée que les films pouvaient être le reflet de l’imaginaire des personnages. Ici, le Narrateur, alias "Jack", qu’interprète Edward Norton, finit par comprendre que Tyler Durden, joué par Brad Pitt, n’est que la manifestation de sa schizophrénie. L’influence de Fight Club s’étend bien au-delà des clubs de boxe clandestins constitués dans la foulée de la sortie du film. Les spectateurs ont surtout été obligés de se poser la question de ce qu’ils voyaient à l’écran.

Malgré sa situation professionnelle très enviable, Jack, est à bout de nerfs. Il retrouve un équilibre relatif en compagnie de Marla, rencontrée dans un groupe d'entraide. Il y fait aussi la connaissance de Tyler Durden, personnage enthousiaste et charismatique. Ensemble, ils fondent le Fight Club, où ils organisent des combats clandestins et violents, destinés à évacuer l'ordre établi. Le club connaît un succès grandissant, et Tyler lève une armée en enrôlant les adhérents, afin de renverser le régime capitaliste. Pendant ce temps, Jack multiplie les accès de violence, et son comportement devient de plus en plus étrange. Un jour, Tyler disparaît...

Cela commence par une idée marrante. Un yuppie trentenaire s'ennuyait dans un job d'agent d'assurances, ses meubles Ikéa, ses costards Calvin Klein. Cherchant le frisson morbide (ou un sens à sa vie ?), il passait ses soirées à écumer des cercles de thérapie, genre meurtris de la vie, et découvrit la compassion, serré contre un ex-cancéreux des testicules. Fin du prologue. Puis notre morne héros rencontre (en vol) un oiseau bizarre, cool, cuir rouge, brushing pétard blond, VRP en savonnettes (si !). Fascination immédiate. Première bière, premiers coups échangés « pour le fun », amicaux mais appuyés. Le vrai film commence, et le Fight Club réunit bientôt autour du blond lascar des malabars hagards qui s'échangent, dans un sous- sol crasseux, des beignes à tuer une vache folle, mais s'en sortent avec de cordiales accolades et de délicats sparadraps. Quel fil mystérieux relie donc le gringalet gris à son nouvel ami ? L'astuce puissamment métaphysique ferait pour un petit malin le ressort d'un court métrage. Mais David Fincher est un gros malin qui ne peut s'empêcher de tartiner en long et en large, en imagerie lourde et techno Dolby. Le chic destroy des décors rappelle Seven, qui reste sa référence, mais où courait du moins la tension d'un polar. Fight Club se contente de délayer une mélasse sub-nietzschéenne épicée de violence gratuite. Dans le genre « Touillons la fange de nos fantasmes les plus noirs », Fincher vise peut-être le Lynch de Lost Highway, mais touche du côté du Schumacher de 8 mm, couplet anticonsumériste et casting en plus. Brad Pitt et Edward Norton collent bien à ce que réclament leurs rôles respectifs : cabotinage arrogant et sobriété soucieuse. Qu'importe : pris dans la tourmente des images chocs, ils deviennent anodins. Quant à Fincher, il paraît près de ressortir à chaque coin de plan le tour de passe-passe qui sustentait The Game, son film précédent : tout cela n'est qu'un jeu, etc. Trop tard, le degré de macération atteint par sa pauvre fable putride et bêtasse ne laisse plus qu'un seul recours : passer sur ce film-tache le savon rose dont il a fait son très douteux fétiche promotionnel. Ça partira très bien. 

Film Culte: FIGHT CLUB de David Fincher (1999)
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Bookcrossing: FOOTBALL FACTORY de John King

Publié le 8 Juin 2017 par bigwhy dans livre, UK, film, Bande annonce

Bookcrossing: FOOTBALL FACTORY de John King

John King donne à comprendre dans " Football Factory " ces prolétaires maudits que sont les hooligans londoniens. La crudité du verbe résonne puissamment, l'acuité du sens politique est à son comble. 

Il n'aura pas fallu attendre longtemps, juste quelques matchs de championnat d'Europe, pour qu'encore ils défrayent salement la chronique. Les voilà déjà exclus du rang des supporters, les voilà déjà intolérables : les hooligans semblent bien n'avoir qu'un seul visage, celui du nazillon. Autant dire qu'il faut beaucoup de talent pour nous faire entrer dans la tête de Tom Johnson, supporter de l'équipe de Chelsea qui travaille la semaine, en attendant de pouvoir se fritter le samedi. Ce sont notamment ces samedis-là qu'il raconte ici. 
S'il fallait classer Football factory dans un genre, ce serait dans la catégorie du rock punk. À la fois sagace et nerveux, il réalise ce que la musique peut atteindre : le point de fusion entre le rythme et les choses exprimées. Ainsi les très concrètes scènes de baston, pièces maîtresses dans un univers organisé symboliquement plus que réellement autour du football, trouvent leur accord profond avec la cadence électrique qui les exprime : " Millwall est partout à la fois. Ils ont dû nous attendre en masse, plus bas dans la rue. Ils sont déchaînés, ils nous tombent dessus comme des malades, assoiffés de sang, avides de nous tuer à coups de pied, et les briques et les bouteilles ne cessent de nous pleuvoir sur la tronche, mais d'où, on n'en sait foutre rien, à moins que les retraités, à leurs balcons, ne soient en train de démanteler leur appart. On ne voit pas ce qui se passe au-dessus, parce qu'on se concentre sur la castagne, là, à cinquante centimètres, et nos oreilles sont brûlantes, c'est le vacarme, c'est le bordel, l'écho sourd, amorti, des coups de poing et de pied, et une barre de fer, quelque chose comme ça, qui vient me cueillir en pleine tempe. " Les coups sont ainsi pleinement rendus à leur statut de mode d'expression. Même adéquation au réel dans ces phrases qui, semblant s'enchaîner au rythme aberrant de la descente de dix pintes de bière, épousent la démesure de murges couronnant la fin d'une semaine de travail exploité : " Huit heures, neuf heures, la soirée file à toute blinde, c'est la fin de la semaine, tu as deux jours devant toi et la bière est fameuse. Le paradis qui coule, glacé, âcre dans la gorge. Des bulles chimiques, un poison brassé à la hâte pour les locdus qui apprécient. Tous les gars sont chauds, ils racontent des conneries qu'on aura oubliées demain, la musique donne à fond et tu es obligé de crier, mais c'est le rythme qui compte (...), qui te fait oublier le besoin de réfléchir à ce que tu dis, alors tu dis n'importe quoi, tu parles et tu gueules et tu remues la langue, et plus tu es torché, plus tu te rends compte que les mots qui sortent de ta bouche n'ont rien à voir avec ceux que tu avais en tête. " Au contact des rêveries du manutentionnaire, nécessaires pour lui faire supporter sa journée de travail, la rudesse de la langue s'atténue, le mouvement ralentit : " C'était un dur labeur, et fastidieux, très fastidieux, de sorte que Sid passait la matinée à travailler en rêvant. Il s'imaginait avant-centre des Queen's Park Rangers, une des meilleures équipes de foot qu'on ait jamais connues (...). Il ferma les yeux, pour empêcher la sueur de l'aveugler, et s'observa en train de se diriger vers la tribune royale, où Lady Di applaudissait avec ferveur son joueur préféré, le visage éclairé d'une expression parfaitement dénuée d'ambiguïté : c'était l'amour. " 
La psychologie n'apparaît jamais comme une construction factice qui se superposerait au factuel, tout ce qui est réflexif adhère sans faillir à tout ce qui est descriptif, l'idée devient réalité et les mots surviennent à point nommé pour consacrer cette métamorphose. À travers chaque mise en scène de beuverie, de bagarre ou de sexe, John King fait danser les contradictions de la société britannique jusqu'à y faire apparaître la vérité sans ses voiles. Elle éclate dans le portrait de ceux qui sont considérés, tant par l'extrême gauche " cultivée " et prétendument soucieuse de solidarité que par les tenants du pouvoir, comme les rebuts du prolétariat, la honte de l'Angleterre. Le racisme de classe semble alors plus violent et pernicieux qu'aucun autre. " On doit être comme les nègres, d'une certaine façon. Des nègres blancs. De pauvres Blancs. De la merde blanche. Nous sommes une minorité parce que nous sommes soudés. Peu nombreux. Fidèles, loyaux. Le foot nous donne quelque chose en plus. La haine, la peur nous rendent différents. Et on est issus de la majorité silencieuse, ce qui fait que les connards qui nous dirigent n'arrivent pas à nous repérer. Nous partageons la plupart des idées de la masse mais nous les avons adaptées à nous. Nous sommes un peu de tout. Il n'y a pas d'étiquette possible. Nous sommes haïs des riches, et inacceptables pour les socialistes qui se la jouent charitables. Nous sommes satisfaits de notre vie, nous n'avons pas besoin de travailleurs sociaux " : qu'on se le dise. 
Voilà ainsi cassées les ficelles du monde capitaliste, voilà balayée l'hypocrisie d'une gauche de carton-pâte qui, faute de sensibilité politique concrète, davantage préoccupée de ses propres intérêts que de ceux de la classe ouvrière, déguise sa haine des individus rebelles à son contrôle sous une fausse commisération. On est pourtant bien loin du white trash et de ses couplets sur la vérité de l'hétérosexuel mâle et blanc : ici, pas de posture artificielle. Juste la voix métallique d'un déterminisme lucide sur lui-même.

Bookcrossing: FOOTBALL FACTORY de John King

Un film en a été tiré en 2004, mais il ne se préoccupe quasiment que des bastons, dispensable donc!

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Cleopatra: Bella Darvi (17)

Publié le 3 Juin 2017 par bigwhy dans cleopatra, film, peplum, livre, vintage girl, film complet

Cleopatra: Bella Darvi (17)

Bon la on s'échappe un peu du sujet, mais vous me pardonnerez, car c'est toujours de belles égyptiennes, que l'on peut sans problème assimilées à Cléopatre!  Au menu aujourd'hui, l'une des 3 bombes du film: "L'Egyptien" de 1954, adapté du roman "Sinouhé l'égyptien" de Mika Waltari, donc la première c'est Bella Darvi qui joue le role de la courtisane Nefer. Plus tard vous aurez droit droit à Gene Tierney & Jean Simmons......

Treize siècles avant notre ère, en Égypte. Sinouhé, enfant abandonné, est élevé par un médecin qui lui transmet sa vocation et sa science. Devenu adulte, il s'installe à Thèbes et met ses compétences médicales au service des plus pauvres. Un jour, dans le désert, Sinouhé et son ami, l'ambitieux Horemheb, sauvent des griffes d'un lion un inconnu en prière. Cet homme n'est autre que le pharaon Akhénaton. En signe de gratitude, il nomme Horemheb officier de la garde et Sinouhé médecin du Palais. Pour fêter cet heureux événement, les deux hommes se rendent dans une maison de plaisir tenue par la belle et mystérieuse Néfer. Sinouhé succombe au charme de la courtisane. Mais derrière la plastique parfaite de la jeune femme, se cache une âme cupide, dénuée de tout sentiment humain.

Cleopatra: Bella Darvi (17)
Cleopatra: Bella Darvi (17)
Cleopatra: Bella Darvi (17)
Cleopatra: Bella Darvi (17)

(film complet)

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Cleopatra: Littérature (16)

Publié le 2 Juin 2017 par bigwhy dans cleopatra, livre

Cleopatra: Littérature (16)

Depuis l’époque antique, le personnage et sa légende se sont modifiés et adaptés à tous les styles, toutes les époques et à tous les arts. Que ce soit pendant la période antique, la Renaissance ou au XIXe siècle, tous les écrivains ont inventé ou redécouvert une nouvelle Cléopâtre. C’est donc au travers de ces différentes périodes que nous allons tenter de comprendre la vision qu’avaient les écrivains et les poètes de la dernière reine grecque d’Egypte.

Cléopâtre est comme un diamant, elle est mystérieuse, à plusieurs facettes, froide et tranchante, mais précieuse et unique, et différente des autres femmes.

L’histoire et les témoignages des événements sont souvent écrits par les vainqueurs ; voilà pourquoi les vaincus ne sont pas souvent présentés sous leur meilleur aspect. Cléopâtre en est l’exemple parfait. Elle réunit à elle seule tous les éléments pour composer le portrait à charge d'une créature vile et amorale. C’est une femme, une étrangère (une non-romaine), elle a séduit et partagé la vie de deux grands hommes politiques romains, et surtout elle appartient au clan des vaincus.

Pour toutes ces raisons, les sources littéraires antiques, pour la plupart romaines, sont toutes hostiles à la souveraine égyptienne. Les écrivains contemporains sont même les plus féroces, n’hésitant pas à la dénigrer et à l’insulter. Ces auteurs sont tous tributaires, de façon plus ou moins directe, de la propagande d’Octave, hostile à l’Egypte, puis de la tradition augustéenne qui présente Cléopâtre comme une séductrice. Elle n’aurait pas été belle, du moins selon les canons de beauté de l’époque, mais son charme aurait été irrésistible.

En Occident, le mythe de Cléopâtre a connu une très riche postérité littéraire et artistique. Comme le Moyen Age continue à lire les auteurs antiques, mais à la lumière de la nouvelle religion, le christianisme, Cléopâtre devient une sorte d'archétype de la femme luxurieuse, à opposer aux femmes vertueuses.

Avec la fin du Moyen Age et la Renaissance, les tragédies reviennent sur le devant de la scène, et Cléopâtre devient une reine admirable, plaintive, qui subit son destin et décide d’affronter la mort.

 

Le personnage de Cléopâtre connaît de nouvelles mutations au XIXe siècle : la reine d’Egypte devient une femme séduisante et séductrice, mais aussi fatale. Des écrivains comme Alexandre Pouchkine, Théophile Gautier, Victor Hugo ou José-Maria de Heredia ne cherchent en la mettant en scène ni la réalité des faits ni la fidélité aux témoignages des textes antiques : qu'ils soient romantiques ou partisans de l'art pour l'art, ils sont à la recherche de nouvelles sources d’inspiration, de nouvelles sensations et de nouveaux mythes.

C'est que dès le XVIIIe siècle, les héros antiques de la mythologie grecque ou latine ont été supplantés en particulier par les personnages des Contes des Mille et une nuits, des récits de voyages et des traductions des auteurs arabes. L'expédition de Napoléon Bonaparte en 1799 confirme cet engouement pour l’Orient et plus précisément pour l’Egypte : sans se limiter à une simple conquête militaire, Bonaparte a emmené avec lui des artistes et des scientifiques, qui ont fait découvrir à toute l'Europe  les trésors égyptiens jusque là inconnus.

Le monde occidental est à la recherche d’autres personnages de légende, et rêve d’un monde exotique même en partie imaginaire. Les écrivains romantiques sont des voyageurs et des adeptes des récits de voyages, à la recherche d’un idéal qui ne se trouve plus ou pas au sein de leur pays ou de leur continent.  Selon Victor Hugo : « Au siècle de Louis XIV, on était helléniste, maintenant on est orientaliste. Il n’y a pas de fait. Jamais tant d’intelligences n’ont fouillé à la fois ce grand abîme de l’Asie. Le statuquo européen, déjà vermoulu et lézardé, craque du côté de Constantinople. Tout le continent penche à l’Orient ( Les Orientales, 1829).

La Cléopâtre du XIXe siècle devient ainsi l’une des icônes de cette contrée lointaine et fascinante qu’est l’Orient. Un Orient revisité et fantasmé par les écrivains, où le mystère, la sensualité, la vie, la mort, le voyage et le dépaysement règnent en maîtres. Cléopâtre devient pour les auteurs romantiques une reine qui offre ses faveurs aux hommes qui acceptent de mourir ensuite : une nuit d’amour, que vient payer et clôturer la mort.

Cleopatra: Littérature (16)
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Cleopatra: Littérature (16)
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