Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Bigwhy? Finest?

Fanzine Enthousiaste & Curieux

Articles avec #judith catégorie

Judith & Holopherne (11)

Publié le 13 Mai 2017 par bigwhy dans art, erotisme, histoire, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (11)

Mais ce que les artistes retiennent du sujet c’est surtout la beauté de Judith et de ses parures, la laideur de la servante (quand elle est présente), l’horreur de la décapitation et l’ambiance nocturne. En fonction des époques et des besoins, on insiste plus ou moins sur ces aspects. Par exemple, au début de la Renaissance, le thème de Judith est surtout l’occasion de montrer une héroïne victorieuse et apprêtée. Judith est d’une beauté innocente qui fait facilement oublier l’horreur de son geste

Dans ces versions, Judith est souvent représentée hors du camp, après l’action. Ses vêtements ne portent aucune trace des actes passés et seule la tête qu’elle foule aux pieds ou tient à la main rappelle l’horrible épisode. L’épée est souvent présente et permet de jouer des contrastes. Le côté fragile de la physionomie de la jeune femme s’oppose à la lourdeur de l’épée. Les parures et les bijoux scintillants s’opposent à la tête sanguinolente. Le raffinement de Judith s’oppose à l’aspect rustre du militaire et à la dureté de la lame.

Cette vision de Judith qui insiste sur sa jeunesse, sa beauté et sa pureté, va progressivement laisser la place à une image plus ambigüe. Parce que Judith est aussi un symbole de détermination, de force de caractère et qu’elle incarne une héroïne vengeresse, elle possède aussi une part plus sombre. Doigt dressé, sourcils froncés, elle montre un visage volontaire, des traits plus durs, une certaine violence, même si une grande partie des peintures ne la présente qu’après l’action de décapitation. Dans ces images, Judith n’est plus l’innocence incarnée mais une forte tête, parfois hautaine voire méprisante.

Enfin, surtout à partir du XIXe siècle, Judith devient l’incarnation de la femme fatale. Comme Salomé, dont elle est un peu le pendant vertueux, Judith use de ses charmes pour séduire un homme et conduit ce dernier à sa perte. C’est pour la bonne cause que Judith joue de sa séduction, trahit Holopherne, commet un meurtre, mais elle est quand même le reflet du machiavélisme féminin et d’une beauté dangereuse. Les symbolistes la voient clairement comme un personnage ambigu, à la beauté captivante et sensuelle mais aussi un peu inquiétante.

Judith & Holopherne (11)
Judith & Holopherne (11)
commentaires

Judith & Holopherne (10)

Publié le 12 Mai 2017 par bigwhy dans art, erotisme, histoire, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (10)

En filmant la mise à mort de leurs otages, les djihadistes les plus extrêmes pratiquent une forme de terrorisme à la fois très ancienne et très nouvelle. Ce qui a changé, c’est moins la méthode d’intimidation que le statut de l’image

En 2017, la décapitation est dans tous les yeux. Visions qui révulsent, épouvantent, et signent cette nouvelle forme de terrorisme par l’image qui, aux guerres propres, stratégiques, «zéro mort», des grandes puissances armées, oppose une boucherie individuelle, infamante, et pour l’exemple. L’image terrifiante est-elle la nouvelle arme de guerre du pauvre?

Si c’est le cas, on commence par s’étonner de son efficacité. Parce qu’à l’ère des images Kleenex, on s’imaginait, en tant que société, toujours plus indifférent. Ensuite, parce qu’à force d’en voir, des têtes coupées et des corps mutilés, toujours plus réalistes, dans les films et les séries télévisées on se croyait immunisé. Enfin, parce que nos musées des beaux-arts sont remplis de têtes coupées, dont les destins sortent tout droit de la Bible, et sont autant d’indices que la décapitation, au nom de la loi ou de la guerre, est un geste quasi consubstantiel de l’humanité. Alors depuis le temps, on se dit qu’on devait avoir l’habitude.

Alors pourquoi sommes-nous, encore, toujours, ou plus que jamais, terrorisés par la ­décapitation?

«Notre époque a sanctuarisé l’individu, et l’intégrité de son corps», «C’est dans la tête que réside l’humanité. La décapitation est un geste de déshumanisation. Et plus encore, d’animalisation, puisqu’il commence par l’égorgement, qui renvoie à l’imaginaire de l’abattoir.» Egorgé, puis étêté, c’est en effet le sort que l’on réserve aux animaux que l’on mange.

Judith & Holopherne (10)
Judith & Holopherne (10)
Judith & Holopherne (10)
commentaires

Judith & Holopherne (9)

Publié le 11 Mai 2017 par bigwhy dans art, erotisme, histoire, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (9)

Ces figures du passé interpellent nos capacités actuelles à bouger, à nous « émouvoir » aujourd'hui dans les espaces hybrides à moitié virtuels, à moitié concrets et palpables dans lesquels nous évoluons. Au dela de fables morale où l'homme concupiscent est puni et où la femme sait tirer partie de son pouvoir de séduction au profit d' une noble cause (sociale ou privée) tout en restant vertueuse, une nouvelle trame se donne à lire : celle qui associe le désir au dégoût, la sensualité au rejet, cette érotisation de la décapitation qui illustre le malaise contemporain. Cela nous permet d'être fasciné sans être paralysé et, par cette possibilité nous offre d'être affecté du dehors, les figures deviennent sujet et se mettent à exister et à laisser percer de nouvelles possibilités de visions.

L'assymétrisation des corps se fait au profit de celui triomphant de la femme dont la sensualité se transforme en violence et qui, tout en restant strictement dans les canons de la beauté, devient une arme redoutable. L'épée n'étant qu'un accessoire. La femme objet devient sujet qui peut se laisser aller à la brutalité puisque elle est associée à la juste cause, qu'elle s'avère techniquement nécessaire.

Judith & Holopherne (9)
Judith & Holopherne (9)
Judith & Holopherne (9)
Judith & Holopherne (9)
commentaires

Judith & Holopherne (8)

Publié le 10 Mai 2017 par bigwhy dans art, erotisme, histoire, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (8)

Dans certains cas, le mythe de Judith quitte la sphère publique et fait écho à l’intime. C’est le cas pour Artemisia Gentileschi qui a représenté de nombreuses fois le motif de Judith. Or, selon, certains critiques, cet intérêt pour le mythe provient directement de son histoire personnelle : Artemisia accusa en effet Agostino Tassi, un ami de son père de l’avoir violée. On peut donc avancer l’hypothèse que ses différents tableaux constituent autant de rappels de l’évènement où Artemisia se serait elle-même représentée en Judith et aurait attribué à son bourreau les traits d’Holopherne.

Pour l’artiste, ce thème revêt une importance particulière...Violée par son maître de dessin et meurtrie par un procès long et humiliant, la jeune femme n’en ressort que plus avide de faire ses preuves. La victoire de Judith sur Holopherne prend des airs de revanche dans ses tableaux.

Car Judith, c’est elle-même. Plusieurs indices nous le prouvent. En observant bien le tableau, on remarque un bracelet à l’effigie de la déesse Artémis, en écho au prénom Artemisia. De même, ses autoportraits témoignent de la ressemblance entre les deux femmes. Artemisia a choisi de peindre un alter ego. Une femme forte, déterminée. Il n’est pas difficile de deviner alors que sous les traits d’Holopherne se cachent ceux de son bourreau. La toile devient ainsi une mise en garde pour la gente masculine…

 

Judith & Holopherne (8)
Judith & Holopherne (8)
Judith & Holopherne (8)
commentaires

Judith & Holopherne (7)

Publié le 9 Mai 2017 par bigwhy dans art, erotisme, histoire, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (7)

Au Moyen Age, Judith symbolisait la fidélité, la chasteté et la continence triomphant de l’orgueil et de la luxure. Il a été réactivé à la Renaissance par Cranach et Giorgione, avec un écho particulier à Florence, où l’on y a vu une image de la victoire des républicains sur les ennemis du bien public. Mantegna, Botticelli, Donatello ou encore Giovanni della Robbia ont ainsi représenté des Judith…

Avec le Concile de Trente, l’Église catholique a redéfini les textes canoniques. Or à la différence des Protestants qui, suivant Luther, ne reconnaissent dans l’Ancien Testament que les livres écrits en hébreux, soit la Bible juive, le Concile y inclut des textes deutérocanoniques (issus d’un second canon), plus récents et rédigés en grec dont le livre de Judith. Cette différence va donner une aura nouvelle à ce récit.

« Judith est devenue le symbole de l’Église catholique romaine qui décapite l’hérésie luthérienne représentée par Holopherne », D’où le succès de ce thème auprès des peintres de la contre-réforme comme Le Caravage, Artemisia Gentileschi ou Rubens.

Les deux premiers n’hésiteront pas à donner des représentations particulièrement violentes et crues de la décapitation d’Holopherne, dont le sang jaillit, afin d’impressionner le spectateur, là où les images anciennes privilégiaient plutôt le moment précédant ou suivant le meurtre.

Pendant la Renaissance italienne, Judith va sans cesse être invoquée dans les arts pour conjurer une double menace : celle des Turcs à l’extérieur et celle du tyran à l’intérieur. Ainsi, dès la fin du XVe siècle, le tombeau du doge Andrea Vendremin, réalisé par Tullio Lombardo, est orné d’une Judith triomphante tenant la tête d’Holopherne.

Toujours au XVe siècle, la sculpture Judith et Holopherne de Donatello, où l’on voit l’héroïne, l’épée levée, prête à trancher la tête, est considérée comme une allégorie de la liberté défendant Florence. Les Médicis s’approprièrent la figure de Judith à leur tour en 1466 en ajoutant une inscription sur le socle de la statue de Donatello afin de célébrer une victoire de Pierre de Médicis. D’ailleurs, la statue trôna un temps devant le Palazzo Vecchio, cœur de la cité, avant d’être remplacée par celle de David.

Judith & Holopherne (7)
Judith & Holopherne (7)
Judith & Holopherne (7)
commentaires

Judith & Holopherne (6)

Publié le 8 Mai 2017 par bigwhy dans art, erotisme, histoire, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (6)

« Enfer et damnation ! », s’écriait-on sur le « Boulevard du Crime ». Avec Holopherne, ce serait plutôt « Enfer et Rédemption », puisque le grand maudit est l’objet, au fil des réécritures, d’une véritable transfiguration.

À mesure que Judith perd de sa vertu première, son ennemi, lui, gagne en complexité et peu à peu vient sur le devant de la scène. Pendant longtemps, l’ordre moral et l’ordre dramatique se soutenaient l’un l’autre : figure de la pureté et du don de soi, Judith était en même temps l’héroïne absolue, tandis qu’Holopherne, l’Antéchrist, délimitait la part du négatif.

La raison d’être d’Holopherne consistait en effet en son anéantissement : mal provisoire destiné à démontrer la toute-puissance de Dieu, simple moyen au service d’une fin qui le dépasse, Holopherne prend place parmi les vaincus de l’Histoire, ceux dont, justement, la parole ne nous est pas parvenue.

Il est des mises à mort qui suscitent une seconde vie, dans l’ordre du sacré (les saints martyrisés) ou dans l’ordre de l’imaginaire (Orphée, les sirènes). Rien de cela pour Holopherne : en le décapitant et en démembrant son corps, Judith a comme effacé sa trace. De cette occultation, son nom même ne s’est pas remis. Alors que « Judith » est devenu un prénom courant, dont on trouve d’innombrables occurrences hors de toute référence directe à Béthulie, le nom d’Holopherne n’a pu être transmis. Le fil a été coupé et, contrairement à ce qui se passe peut-être chez Hebbel, le général assyrien n’a pas engendré quelque « petit Holopherne ».  

Judith & Holopherne (6)
Judith & Holopherne (6)
commentaires

Judith & Holopherne (5)

Publié le 7 Mai 2017 par bigwhy dans art, erotisme, histoire, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (5)

Thème biblique extrêmement connu de la culture classique et de la peinture ancienne...

Si l'on montrait dans nos médias ou BDs les flots de sang à nos contemporains, comme on les montrait dans les tableaux anciens, ils s'évanouiraient de peur (croit-on), craignant que le "basic instinct" des Mass-Murders n'entreprenne aussitôt de décapiter la moitié de la population mondiale...

Judith & Holopherne (5)
Judith & Holopherne (5)
Judith & Holopherne (5)
Judith & Holopherne (5)

Les images, historiques et religieuses, mêlant séduction et décapitation ont proliféré dans l'histoire de l'art. cela nous permet de comparer sa posture de mise à distance aux représentations faussement instantanées qui circulent via les réseaux numériques révèlent la permanence de ces coutumes barbares et de leur poids dans les images de propagandes religieuses et politiques d'aujourd'hui.

 

commentaires

Judith & Holopherne (4)

Publié le 6 Mai 2017 par bigwhy dans art, erotisme, histoire, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (4)

Certains érudits contemporains regardent cette histoire comme purement imaginaire et voient dans Holopherne un personnage fictif. Le récit oppose la force et l'agressivité d'un côté, la faiblesse et l'incapacité à se défendre de l'autre ; mais l'agressivité du mâle sera détruite par son propre désir. Habilement, Judith utilise son charme féminin pour atteindre son but : sauver son peuple du péril où il se trouve. Dans les représentations artistiques, est mise en lumière la dangerosité du charme sensuel de la femme, auquel les hommes succombent trop facilement, à l'image d'Holopherne.

 

Judith & Holopherne (4)
Judith & Holopherne (4)
Judith & Holopherne (4)

Durant la période dite fin de siècle, la figure biblique de Judith a renforcé l’image de la femme fatale comme celle d’un bourreau des hommes. 

Judith a été de nombreuses fois représentée dans l’art ; Michel-Ange, Caravage et Rembrandt, pour n’en nommer que quelques-uns, l’ont dépeinte en martyr idéalisé. Jusqu’au milieu du XIXè siècle, les représentations idéalisées traditionnelles de Judith comme adolescente dominatrice ont prédominé dans l’art. Mais l’image de Judith change pendant la fin de siècle : «Dans la Bible, Judith a été le parangon du martyre offert en sacrifice pour une noble cause. Les peintres de la fin du XIXè siècle, eux, l’ont vue comme une prédatrice luxurieuse, une tigresse anorexique ». 

commentaires

Judith & Holopherne (3)

Publié le 5 Mai 2017 par bigwhy dans art, histoire, erotisme, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (3)

Le peintre symboliste allemand Franz von Stuck a représenté Judith dans plusieurs tableaux, portant tous le même titre (« Judith et Holopherne »), comme s’il cherchait à décrire chaque étape de la rencontre fatale entre cette femme et cet homme, son ennemi. Dans toutes les représentations, Judith se tient nue, debout au-dessus d’Holopherne qui est, quant à lui, couché sur un lit à sa droite. Cependant, chaque tableau montre un moment différent de la décapitation d’Holopherne par Judith. Dans l’un d’entre eux, elle lève l’épée d’Holopherne à une main, et regarde Holopherne d’en haut avec un air de mépris absolu. Dans une deuxième version, elle se tient au-dessus d’Holopherne qui a levé ses bras sur les côtés, comme s’il était en train d’être crucifié. Judith tient l’épée près de son visage avec ses deux mains et semble rire avec arrogance face au visage prostré d’Holopherne. Dans une autre représentation, elle semble balancer l’épée en arrière, prête à lui donner le coup fatal. La représentation obsessionnelle que fait von Stuck de Judith comme d’une femme dangereusement séductrice et meurtrière permet de caractériser l’obsession plus générale pour la femme fatale existant dans l’imaginaire de la fin de siècle.

 

Judith & Holopherne (3)
Judith & Holopherne (3)
commentaires

Judith & Holopherne (2)

Publié le 4 Mai 2017 par bigwhy dans art, histoire, erotisme, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (2)

Tandis que les peintres du XVIIIe siècle avaient un peu oublié le motif, ceux du XIXe le redécouvrent. Dominatrice, martyr d’hommes jusqu’au XIXe siècle, l’image de Judith change au moment de la fin-de-siècle.Les tableaux anciens bénéficient d’une redécouverte. Ou plutôt, quelques écrivains reconnaissent dans les images du mythe quelque chose d’eux-mêmes.

Privée de son aspect religieux, Judith devient peu à peu un des archétypes de la séductrice, de la femme fatale. Elle est une sainte qui se pervertit, celle qui séduit, qui cède aux avances de l’ennemi pour mieux le duper.

Typique du Décadentisme et de la période fin-de-siècle, les représentations de Judith vont alors se mêler à celles de Salomé. Elle devient une prédatrice sensuelle, menaçante pour les hommes. Si on fait souvent la différence entre les deux personnages grâce aux objets qui leur sont attribué (l’épée de Judith / le plateau de Salomé), il arrive parfois que des peintres brouillent la frontière entre les deux femmes : voyez comme chez Henner Judith est proche d’Herodiade et comme elle semble tenir, sous son bras, le plateau habituellement réservé à Salomé dans la peinture.

Les représentations les plus célèbres de Judith sont probablement celles du peintre symboliste autrichien Gustav Klimt. La paire de peintures extrêmement décoratives, typiques de la fin de siècle autrichienne, montre Judith comme un personnage féminin très sexuel. Comme le remarque Margaret Stocker dans son livre Judith: Sexual Warrior (« Judith, guerrière sexuelle »), dans les peintures de Klimt, Judith est fétichisée :

 

Judith & Holopherne (2)
Judith & Holopherne (2)
Judith & Holopherne (2)

Dans Judith I, son visage exprime une joie orgasmique à la castration symbolique de l’homme. Un de ses seins est nu, sa chair teintée magnifiée par le dur placage doré qui métamorphose ses vêtements et ses bijoux. Toutes les surfaces ont des textures d’une grande densité, comme celle, inanimée, suggérée par ses pierres précieuses. C’est un orgasme à la fois brillant et cruel, symbolisé par le corps féminin lui-même. Dans Judith II, l’effet de cruauté est intensifié par son air de malice vorace, les mains sont des griffes. Les deux peintures montrent la « fatalisation » de la femme chère au décadentisme.

Judith II est renommée dans de nombreux catalogues d’art Salomé, bien qu’il soit incertain que telle ait été l’intention de Klimt. Dans cette peinture, le personnage se tient presque de profil, la poitrine entièrement nue, tandis qu’elle tient par les cheveux la tête d’Holopherne (ou de Jean-Baptiste) entre ses doigts semblables à des griffes, garnies de bijoux. Bram Dijkstra remarque que «la Salomé/Judith de Klimt est un mélange enivrant de traditions de vampires, de haute couture, et de cette obsession de l’époque que la chasseuse de tête avait désiré avoir une connaissance pragmatique de la tête de Jean-Baptiste» ). Très typique du Décadentisme, la représentation de Judith par Klimt a servi à avilir l’héroïne biblique et s’est en effet mêlée à l’image plus sombre, plus assoiffée de sang de Salomé.

La tête d'Holopherne est à peine perceptible dans l'angle inférieur droit de la toile. Judith vient de tuer Holopherne et pourtant son visage, ses yeux mi-clos expriment le plaisir et la volupté. La tunique de Judith est transparente, son sein droit est perceptible, en revanche son sein gauche et son ventre sont dénudés, sans pudeur. Un collier en or et en pierreries lui enserre le cou. Sa chevelure est volumineuse et ses cheveux semblent frisés. La main de Judith ne tient pas la tête d'Holopherne, elle est à peine posée, presque caressante. Sa bouche, petite et légèrement entrouverte, exprime la sensualité. C'est la bouche d'une femme qui vient d'être embrassée ou qui se prépare à l'être. Par pure provocation, le regard de Judith est fixé sur le spectateur, ce qui, compte-tenu de l'atrocité de l'événement, le met tout à fait mal à l'aise.

En règle générale, les femmes symbolisent la vie, qu'elles portent en elles alors que dans cette oeuvre un crime atroce vient d'être commis par une femme et celle-ci ne semble en rien tourmentée. En arrière-plan quelques arbres stylisés sont représentés. La toile est mise en valeur par un cadre en cuivre martelé. Réalisé par Georg Klimt, le frère de Gustav, le cadre ajoute à l'atmosphère irréelle de la scène. Gustav Klimt ne semble pas chercher la morale, seule semble mise en exergue la volonté extraordinaire de cette femme. Une autre peinture de Gustav Klimt, Judith et Holopherne II, traite du même sujet dans une atmosphère cependant radicalement différente...

 

commentaires
1 2 > >>