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Bigwhy? Finest?

Enthousiaste & Curieux

HOMMAGE A LA CATALOGNE/ George Orwell

Publié le 20 Octobre 2017 par bigwhy in histoire, 1938, livre

HOMMAGE A LA CATALOGNE/ George Orwell

En décembre 1936, cinq mois après le soulèvement franquiste qui a déclenché la guerre d'Espagne, le journaliste écrivain et vagabond Eric Blair alias George Orwell et futur auteur de 1984 arrive à Barcelone. Il est surpris par l'ardente ferveur qui y règne. «Les anarchistes avaient toujours la haute main sur la Catalogne et la révolution battait encore son plein... Pour qui arrivait alors directement d'Angleterre, l'aspect saisissant de Barcelone dépassait toute attente. C'était bien la première fois que je me trouvais dans une ville où la classe ouvrière avait pris le dessus.» La collectivisation est partout à l'ordre du jour. On ne dit plus señor (monsieur) ni usted (vous), tout le monde se tutoie. Blair, venu écrire quelques articles pour les journaux sur ce qui se passe en Espagne, est pris par l'illusion lyrique et s'engage dans les milices, «car à cette date, il paraissait inconcevable de pouvoir agir autrement». Il rejoint une caserne réquisitionnée par le Poum, le Parti ouvrier d'unification marxiste, petite formation de la gauche révolutionnaire antistalinienne. Il découvre vite que les troupes de ce parti sont démunies de tout. Personne ne sait tenir un fusil et il n'y a pas assez d'armes pour l'apprentissage des miliciens. Quand il arrive sur le front d'Aragon dans les environs de Huesca, il s'aperçoit que la situation n'est guère plus brillante. Les qualités des Espagnols, la sympathie immédiate qu'ils suscitent ne sont pas compatibles avec l'ardeur au combat ni avec la connaissance de la chose militaire. Ajouter que leur matériel est archaïque et mal entretenu, les poux, le froid, la faim, les rats et les accidents (des fusils qui explosent par exemple), les combats rares et sporadiques pendant lesquels on risque plus de prendre une balle qui vient de ses lignes que de l'adversaire et vous aurez une idée du tableau calamiteux dans lequel Blair est maintenant un détail. Les obus qui sont échangés entre «fascistes» et «républicains» sont d'une qualité déplorable: «Souvent l'on remettait en état les obus non éclatés et on en faisait renvoi par tir aux fascistes. Il y avait un vieil obus, gratifié d'un surnom, qui quotidiennement faisait ainsi l'aller retour sans jamais éclater.»

Blair-Orwell reste trois mois dans cet enfer étrange où, malgré des incidents, des préjugés, règne encore une certaine camaraderie. En avril 1937, il repart à l'arrière, à Barcelone. L'ambiance y a changé. L'heure n'est plus à la révolution. Le marché noir est apparu, les bourgeois tiennent à nouveau le haut du pavé, les grades ont été rétablis dans l'armée. Et les officiers républicains qu'il croise méprisent souverainement les miliciens qui ont pourtant repoussé le coup d'Etat des militaires de droite pendant l'été 1936. Les partis «alliés» du camp républicain se livrent une lutte féroce et s'accusent les uns les autres de favoriser le camp fasciste. «Une abominable atmosphère de suspicion avait grandi. Diverses personnes étaient atteintes de l'idée fixe de l'espionnage et glissaient que tous les autres étaient des espions...»

Les plus acharnés sont les staliniens du Parti communiste espagnol. Leurs dirigeants ont deux objectifs, limiter le poids des anarchistes, nettement plus influents qu'eux dans la classe ouvrière, et se débarrasser du Poum, le petit parti marxiste opposé à Staline et aux procès de Moscou qui se déroulent au même moment. Pour arriver à leur fin, ils n'hésiteront devant aucune falsification ni aucun crime. Début mai 1937 c'est la catastrophe, guerre civile dans la guerre civile. La police et les staliniens affrontent les anarchistes de la CNT et les poumistes. La rue reste aux libertaires et à leurs amis mais le compromis qui est finalement trouvé, est favorable aux communistes très implantés dans l'appareil d'Etat. Le PCE obtient la mise hors la loi du Poum accusé de trotskisme. Il en profite pour se lancer dans une campagne d'élimination des militants de ce parti caractérisée par des enlèvements, des assassinats (comme celui de Nin en juin 1937), des emprisonnements dans des geôles atroces, des tortures... Orwell échappe au sort funeste de pas mal de ses camarades espagnols ou étrangers (comme l'anglais Bob Smillie). Il est atterré. Il pense à ces combattants qui, revenant du front, sont arrêtés pour trahison, à l'officier belge Kopp qui s'est mis hors la loi dans son pays pour venir se battre aux côtés des républicains, a risqué ensuite sa vie en Aragon et se retrouve accusé d'espionnage. L'espoir a été assassiné. 1937 annonce 1984. En 1943, cinq ans après avoir écrit Hommage à la Catalogne (et sept ans avant sa mort en 1950), Orwell se souviendra encore du visage d'un des miliciens du Poum qu'il a côtoyés sur le front: «Il m'est difficile de ne pas ressentir d'amertume en pensant à cet homme... il devait être trotskiste ou anarchiste, et à notre époque quand des gens comme lui ont échappé à la gestapo, ils tombent dans les pattes du Guépéou.»

 

HOMMAGE A LA CATALOGNE/ George Orwell
HOMMAGE A LA CATALOGNE/ George Orwell
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