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Bigwhy? Finest?

Fanzine Enthousiaste & Curieux

Cleopatra: Littérature (16)

Publié le 2 Juin 2017 par bigwhy in cleopatra, livre

Cleopatra: Littérature (16)

Depuis l’époque antique, le personnage et sa légende se sont modifiés et adaptés à tous les styles, toutes les époques et à tous les arts. Que ce soit pendant la période antique, la Renaissance ou au XIXe siècle, tous les écrivains ont inventé ou redécouvert une nouvelle Cléopâtre. C’est donc au travers de ces différentes périodes que nous allons tenter de comprendre la vision qu’avaient les écrivains et les poètes de la dernière reine grecque d’Egypte.

Cléopâtre est comme un diamant, elle est mystérieuse, à plusieurs facettes, froide et tranchante, mais précieuse et unique, et différente des autres femmes.

L’histoire et les témoignages des événements sont souvent écrits par les vainqueurs ; voilà pourquoi les vaincus ne sont pas souvent présentés sous leur meilleur aspect. Cléopâtre en est l’exemple parfait. Elle réunit à elle seule tous les éléments pour composer le portrait à charge d'une créature vile et amorale. C’est une femme, une étrangère (une non-romaine), elle a séduit et partagé la vie de deux grands hommes politiques romains, et surtout elle appartient au clan des vaincus.

Pour toutes ces raisons, les sources littéraires antiques, pour la plupart romaines, sont toutes hostiles à la souveraine égyptienne. Les écrivains contemporains sont même les plus féroces, n’hésitant pas à la dénigrer et à l’insulter. Ces auteurs sont tous tributaires, de façon plus ou moins directe, de la propagande d’Octave, hostile à l’Egypte, puis de la tradition augustéenne qui présente Cléopâtre comme une séductrice. Elle n’aurait pas été belle, du moins selon les canons de beauté de l’époque, mais son charme aurait été irrésistible.

En Occident, le mythe de Cléopâtre a connu une très riche postérité littéraire et artistique. Comme le Moyen Age continue à lire les auteurs antiques, mais à la lumière de la nouvelle religion, le christianisme, Cléopâtre devient une sorte d'archétype de la femme luxurieuse, à opposer aux femmes vertueuses.

Avec la fin du Moyen Age et la Renaissance, les tragédies reviennent sur le devant de la scène, et Cléopâtre devient une reine admirable, plaintive, qui subit son destin et décide d’affronter la mort.

 

Le personnage de Cléopâtre connaît de nouvelles mutations au XIXe siècle : la reine d’Egypte devient une femme séduisante et séductrice, mais aussi fatale. Des écrivains comme Alexandre Pouchkine, Théophile Gautier, Victor Hugo ou José-Maria de Heredia ne cherchent en la mettant en scène ni la réalité des faits ni la fidélité aux témoignages des textes antiques : qu'ils soient romantiques ou partisans de l'art pour l'art, ils sont à la recherche de nouvelles sources d’inspiration, de nouvelles sensations et de nouveaux mythes.

C'est que dès le XVIIIe siècle, les héros antiques de la mythologie grecque ou latine ont été supplantés en particulier par les personnages des Contes des Mille et une nuits, des récits de voyages et des traductions des auteurs arabes. L'expédition de Napoléon Bonaparte en 1799 confirme cet engouement pour l’Orient et plus précisément pour l’Egypte : sans se limiter à une simple conquête militaire, Bonaparte a emmené avec lui des artistes et des scientifiques, qui ont fait découvrir à toute l'Europe  les trésors égyptiens jusque là inconnus.

Le monde occidental est à la recherche d’autres personnages de légende, et rêve d’un monde exotique même en partie imaginaire. Les écrivains romantiques sont des voyageurs et des adeptes des récits de voyages, à la recherche d’un idéal qui ne se trouve plus ou pas au sein de leur pays ou de leur continent.  Selon Victor Hugo : « Au siècle de Louis XIV, on était helléniste, maintenant on est orientaliste. Il n’y a pas de fait. Jamais tant d’intelligences n’ont fouillé à la fois ce grand abîme de l’Asie. Le statuquo européen, déjà vermoulu et lézardé, craque du côté de Constantinople. Tout le continent penche à l’Orient ( Les Orientales, 1829).

La Cléopâtre du XIXe siècle devient ainsi l’une des icônes de cette contrée lointaine et fascinante qu’est l’Orient. Un Orient revisité et fantasmé par les écrivains, où le mystère, la sensualité, la vie, la mort, le voyage et le dépaysement règnent en maîtres. Cléopâtre devient pour les auteurs romantiques une reine qui offre ses faveurs aux hommes qui acceptent de mourir ensuite : une nuit d’amour, que vient payer et clôturer la mort.

Cleopatra: Littérature (16)
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