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Bigwhy? Finest?

Enthousiaste & Curieux

Salammbô (3)

Publié le 17 Avril 2017 par bigwhy in livre, art, erotisme, histoire, femme fatale

Salammbô (3)

En laissant de côté, volontairement, les problèmes primordiaux du roman, la guerre historique de Carthage, la lutte mythique entre Tanit et Moloch, la grande Histoire et la mythologie, les batailles et les massacres, la lumière se concentre sur l’aventure sentimentale, absolument nécessaire dans un roman historique, l’auteur le sait. L’évocation du milieu social de la fille du suffète Hamilcar, l’analyse de son psychisme, de ses désirs, de ses rêves et de ses croyances apportent un éclairage sur sa vie de femme. L’examen d’un inédit comme les pages consacrées à la danseuse montre la volonté du romancier de créer un personnage séduisant et actif. Devant les guerriers a lieu l’« épiphanie », caractéristique des héros : le chant lyrique et la danse ésotérique en sont les signes manifestes. Après la rencontre, Salammbô et Mâtho, en proie au désir amoureux, se cherchent, se fuient et rêvent l’un de l’autre. Un inédit rapporte le songe de la jeune femme. Des expériences qui allient plaisir et souffrances, l’union mystique avec le serpent, la « baisade » contribuent à son éducation sentimentale mais la déception finale, l’échec du désir, est la vraie révélation.

Il n’y a personne encore qui ne sache que M. Flaubert a ressuscité Carthage, et qu’à l’aide de Polybe et de son imagination, il a fait miroiter de nouveau sur la plage africaine les dômes métalliques des monuments carthaginois. Il a repeuplé la ville de Didon, fait circuler dans les rues étroites, bordées de hautes maisons, la foule de ces âpres marchands africains qui eussent acheté le monde, si les Romains ne l’eussent conquis.

On n’oubliera plus maintenant ces coutumes bizarres, horribles, ces mœurs étonnantes, atroces, qui dérivent de la débauche et de la férocité. Et cette guerre des mercenaires, guerre inexpiable sur laquelle nos histoires courantes donnaient d’intéressants détails qui n’excédaient pas vingt lignes, la voilà maintenant élevée au rang de ces guerres mémorables dont chacun redit les détails. N’était-ce donc rien, cependant, que cette crise extrême que subit la première ville du monde ancien dans l’intervalle de la première à la seconde guerre punique ? Carthage épuisée, réduite, presque perdue ! et cela au moment où elle va s’étreindre de nouveau avec Rome, sa rivale mortelle, est-ce là de ces faits que l’histoire peut négliger ? M. Flaubert a raconté ce qu’on ignorait ; il a évoqué dans le désert ces farouches mercenaires, et ils se sont redressés de toute la force de leur haine contre cette république abhorrée.

Des hommes de toutes les nations connues, des hordes accourues des confins du monde, sont là rugissants de haine, pêle-mêle avec les lions qui grondent troublés dans leurs solitudes. Il en est, parmi ces mercenaires, qui boivent du sang à longs traits, le sang qui bouillonne à l’ouverture de la plaie béante ! Voilà les ennemis de Carthage. C’est à lutter contre ces hommes des combats sans trêve qu’elle emploie l’armistice conclu avec les Romains. La ruse et la perfidie, compagnes de sa fortune, semblent plus nécessaires que jamais pour la sauver, s’il se peut, et cependant c’est au génie d’Hamilcar qu’elle devra son salut, Halmicar, plus riche que cent rois, suffète de la mer, général de l’armée, le sauveur de Carthage, le père d’Annibal ! le père de Salammbô !...

Salammbô, pâle comme Tanit, belle comme la déesse elle-même, est le but et le moyen de cette guerre acharnée. Un de ces barbares qui sont dans la plaine aime la fille de son ennemi ; il la veut avec toute la volonté d’un amour sauvage. C’est Mâtho le Lybien qui déshonorera Salammbô ; c’est Hamilcar qui vengera sa fille.

Salammbô (3)
Salammbô (3)
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