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Bigwhy? Finest?

Fanzine Enthousiaste & Curieux

Judith & Holopherne (6)

Publié le 8 Mai 2017 par bigwhy in art, erotisme, histoire, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (6)

« Enfer et damnation ! », s’écriait-on sur le « Boulevard du Crime ». Avec Holopherne, ce serait plutôt « Enfer et Rédemption », puisque le grand maudit est l’objet, au fil des réécritures, d’une véritable transfiguration.

À mesure que Judith perd de sa vertu première, son ennemi, lui, gagne en complexité et peu à peu vient sur le devant de la scène. Pendant longtemps, l’ordre moral et l’ordre dramatique se soutenaient l’un l’autre : figure de la pureté et du don de soi, Judith était en même temps l’héroïne absolue, tandis qu’Holopherne, l’Antéchrist, délimitait la part du négatif.

La raison d’être d’Holopherne consistait en effet en son anéantissement : mal provisoire destiné à démontrer la toute-puissance de Dieu, simple moyen au service d’une fin qui le dépasse, Holopherne prend place parmi les vaincus de l’Histoire, ceux dont, justement, la parole ne nous est pas parvenue.

Il est des mises à mort qui suscitent une seconde vie, dans l’ordre du sacré (les saints martyrisés) ou dans l’ordre de l’imaginaire (Orphée, les sirènes). Rien de cela pour Holopherne : en le décapitant et en démembrant son corps, Judith a comme effacé sa trace. De cette occultation, son nom même ne s’est pas remis. Alors que « Judith » est devenu un prénom courant, dont on trouve d’innombrables occurrences hors de toute référence directe à Béthulie, le nom d’Holopherne n’a pu être transmis. Le fil a été coupé et, contrairement à ce qui se passe peut-être chez Hebbel, le général assyrien n’a pas engendré quelque « petit Holopherne ».  

Judith & Holopherne (6)
Judith & Holopherne (6)
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