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Bigwhy? Finest?

Fanzine Enthousiaste & Curieux

Judith & Holopherne (2)

Publié le 4 Mai 2017 par bigwhy in art, histoire, erotisme, iconographie, femme fatale, judith

Judith & Holopherne (2)

Tandis que les peintres du XVIIIe siècle avaient un peu oublié le motif, ceux du XIXe le redécouvrent. Dominatrice, martyr d’hommes jusqu’au XIXe siècle, l’image de Judith change au moment de la fin-de-siècle.Les tableaux anciens bénéficient d’une redécouverte. Ou plutôt, quelques écrivains reconnaissent dans les images du mythe quelque chose d’eux-mêmes.

Privée de son aspect religieux, Judith devient peu à peu un des archétypes de la séductrice, de la femme fatale. Elle est une sainte qui se pervertit, celle qui séduit, qui cède aux avances de l’ennemi pour mieux le duper.

Typique du Décadentisme et de la période fin-de-siècle, les représentations de Judith vont alors se mêler à celles de Salomé. Elle devient une prédatrice sensuelle, menaçante pour les hommes. Si on fait souvent la différence entre les deux personnages grâce aux objets qui leur sont attribué (l’épée de Judith / le plateau de Salomé), il arrive parfois que des peintres brouillent la frontière entre les deux femmes : voyez comme chez Henner Judith est proche d’Herodiade et comme elle semble tenir, sous son bras, le plateau habituellement réservé à Salomé dans la peinture.

Les représentations les plus célèbres de Judith sont probablement celles du peintre symboliste autrichien Gustav Klimt. La paire de peintures extrêmement décoratives, typiques de la fin de siècle autrichienne, montre Judith comme un personnage féminin très sexuel. Comme le remarque Margaret Stocker dans son livre Judith: Sexual Warrior (« Judith, guerrière sexuelle »), dans les peintures de Klimt, Judith est fétichisée :

 

Judith & Holopherne (2)
Judith & Holopherne (2)
Judith & Holopherne (2)

Dans Judith I, son visage exprime une joie orgasmique à la castration symbolique de l’homme. Un de ses seins est nu, sa chair teintée magnifiée par le dur placage doré qui métamorphose ses vêtements et ses bijoux. Toutes les surfaces ont des textures d’une grande densité, comme celle, inanimée, suggérée par ses pierres précieuses. C’est un orgasme à la fois brillant et cruel, symbolisé par le corps féminin lui-même. Dans Judith II, l’effet de cruauté est intensifié par son air de malice vorace, les mains sont des griffes. Les deux peintures montrent la « fatalisation » de la femme chère au décadentisme.

Judith II est renommée dans de nombreux catalogues d’art Salomé, bien qu’il soit incertain que telle ait été l’intention de Klimt. Dans cette peinture, le personnage se tient presque de profil, la poitrine entièrement nue, tandis qu’elle tient par les cheveux la tête d’Holopherne (ou de Jean-Baptiste) entre ses doigts semblables à des griffes, garnies de bijoux. Bram Dijkstra remarque que «la Salomé/Judith de Klimt est un mélange enivrant de traditions de vampires, de haute couture, et de cette obsession de l’époque que la chasseuse de tête avait désiré avoir une connaissance pragmatique de la tête de Jean-Baptiste» ). Très typique du Décadentisme, la représentation de Judith par Klimt a servi à avilir l’héroïne biblique et s’est en effet mêlée à l’image plus sombre, plus assoiffée de sang de Salomé.

La tête d'Holopherne est à peine perceptible dans l'angle inférieur droit de la toile. Judith vient de tuer Holopherne et pourtant son visage, ses yeux mi-clos expriment le plaisir et la volupté. La tunique de Judith est transparente, son sein droit est perceptible, en revanche son sein gauche et son ventre sont dénudés, sans pudeur. Un collier en or et en pierreries lui enserre le cou. Sa chevelure est volumineuse et ses cheveux semblent frisés. La main de Judith ne tient pas la tête d'Holopherne, elle est à peine posée, presque caressante. Sa bouche, petite et légèrement entrouverte, exprime la sensualité. C'est la bouche d'une femme qui vient d'être embrassée ou qui se prépare à l'être. Par pure provocation, le regard de Judith est fixé sur le spectateur, ce qui, compte-tenu de l'atrocité de l'événement, le met tout à fait mal à l'aise.

En règle générale, les femmes symbolisent la vie, qu'elles portent en elles alors que dans cette oeuvre un crime atroce vient d'être commis par une femme et celle-ci ne semble en rien tourmentée. En arrière-plan quelques arbres stylisés sont représentés. La toile est mise en valeur par un cadre en cuivre martelé. Réalisé par Georg Klimt, le frère de Gustav, le cadre ajoute à l'atmosphère irréelle de la scène. Gustav Klimt ne semble pas chercher la morale, seule semble mise en exergue la volonté extraordinaire de cette femme. Une autre peinture de Gustav Klimt, Judith et Holopherne II, traite du même sujet dans une atmosphère cependant radicalement différente...

 

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