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Bigwhy? Finest?

Fanzine Enthousiaste & Curieux

Film Culte: DELICATESSEN de Jeunet & Caro (1991)

Publié le 5 Avril 2017 par bigwhy in film, comédie, science fiction, fantastique, Bande annonce

Film Culte: DELICATESSEN de Jeunet & Caro (1991)

Non, décidément, Delicatessen ne ressemble à rien. Cette chatterie inqualifiable est un objet non identifié, un ovni du fourneau des images dont les maîtres-queux avouent eux-mêmes des patronymes improbables: ceux de Jeunet et de Caro. Deux metteurs en scène pour un film à quatre mains sur le clavier inavouable de la fantaisie en sens interdit, de la fleur bleue à fleur de poubelle, du fantastique dans le gras-double, de Ia farce d'étal de boucherie.

Le synopsis, déjà, fait très fort: dans un immeuble déglingué au milieu de terrains vraiment vagues, un gros, grand, luisant boucher-charcutier échange, contre des légumes secs et des nuitées gaillardes, des rosbifs saignants taillés dans l'épaule ou le gigot des commis qui passent et dès locataires qui ont fait leur temps. A quelques pieds sous terre, dans les égouts, barbotent des végétariens, des rebelles. L'arrivée d'un inconnu à bretelles et qui joue de la scie musicale va achever de démantibuler ces ruines que seul le salpêtre paraît maintenir debout.

Répugnante, la chose? Que non pas. Abracadabrante plutôt, étonnante, détonante, sidérante, farfelue. Un monstre vif, bâtard dru de Jacques Tati et des Monty Python. Le Brazil de Terry Gilliam dans les décors décavés du Jour se lève. Les clowns rock du cirque Archaos se déchaînant sous les Toits de Paris. Les frères Kube fabriquent des boîtes qui meuglent. M. Potin, dans son appartement-marécage, élève des grenouilles et des escargots. Mlle Plusse orchestre l'activité des locataires au rythme de ses parties de jambes en l'air sur son sommier grinçant. Et Louison, le nouveau venu à la gueule de Popeye, joue des concertos pour scie et violoncelle avec une Olive pigeonnante: Julie, la fille unique du boucher. C'est la cocasserie de René Clair, le réalisme poétique de Carné et de Trauner ravagés par les fuites d'eau et l'humour mauvais genre des BD de Métal hurlant.

Métal hurlant, justement, Marc Caro y a fait un passage alors qu'il modelait les têtes des marionnettes de Jean-Pierre Jeunet, quand celui-ci sévissait dans le cinéma d'animation. De court-métrage en clip vidéo, de prix dans les festivals d'avant-garde en scénario de long-métrage avorté, ils ne se sont plus quittés. Avec Gilles Adrien, criminaliste de formation, ils ont peaufiné l'histoire et les dialogues de Delicatessen. Puis Caro a dessiné le story-board, Jeunet dirigé les comédiens. Elémentaire, en somme. A l'arrivée, et ils en sont fiers: «Une horlogerie. Minutieuse.» «Plus c'est dingue», précise Jeunet, pénétré, «plus ce doit être logique», conclut Caro, sévère. Et ensemble: «L'avantage de travailler à deux, c'est que l'un ne pardonne rien à l'autre.» Même si l'un et l'autre partagent les mêmes enthousiasmes pour les contes de Perrault, Walt Disney_ «Julie, c'est Blanche-Neige» _La Nuit du chasseur, Quai des Brumes ou Zelig.   

Film Culte: DELICATESSEN de Jeunet & Caro (1991)
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