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Bigwhy? Finest?

(Fanzine Enthousiaste & Curieux)

Pin Up: Gene Tierney

Publié le 16 Janvier 2017 par bigwhy in pin up, vintage girl, 40's, 50's, USA

Pin Up: Gene Tierney

Dans la constellation des étoiles brillant au firmament des années 40, Rita Hayworth apparut plus sensuelle, Lauren Bacall moins empruntée. Aucune, pourtant, n'allia avec autant de grâce et d'émouvante incertitude le chic new-yorkais à l'exotisme envoûtant. 

 
Avec un prénom masculin hérité d'un oncle prématurément mort du diabète, et une tante, compagne de jeu, que l'on disait atteinte de troubles mentaux, la culpabilité annonçait d'autres maux : "Nous vivions, dira-t-elle, une jeunesse dorée pour laquelle il nous faudrait payer un jour." Bien que touché par le krach de 1929, le père de la fillette, riche courtier en assurances d'origine irlandaise, était parvenu à éviter aux siens le déclassement. Gene grandit ainsi, l'hiver entre écoles privées et gouvernantes européennes à domicile, l'été dans des villas de Long Island, avant d'être envoyée, à 16 ans, au pensionnat suisse de Brillantmont, près de Lausanne. L'adolescente aux yeux verts y apprend le français et se passionne pour la peinture, en attendant de nourrir de plus ardents desseins. 
 
Ceux-ci la conduisent à visiter, de retour aux États-Unis, les studios Warner, guidée par un ami de son père. Au bord d'un plateau, le réalisateur Anatole Litvak l'interpelle : "Mademoiselle, vous devriez faire du cinéma..." Il vient de lui montrer sa voie. Un bout d'essai, suivi d'une promesse de contrat, ne fait pourtant pas fléchir Howard Tierney, qui assène à sa fille : "Hollywood n'est pas l'endroit qui convient pour faire ses débuts." Mais Gene lui tient tête pour la première fois. George Abbott, auteur réputé de Broadway qui la distribue dans un rôle, ne lui trouve-t-il pas des qualités ? "Elle lisait très bien, témoignera-t-il. Il y a des gens qui ont ce don, sans avoir appris. Et puis, je lui trouvais une grande séduction personnelle." Éternel malentendu. 

Décidée à progresser en tant que comédienne, Tierney n'intéresse que pour son physique si particulier. Pommettes saillantes, regard profond, menton légèrement prognathe ; la jeune femme retient l'attention de Columbia qui l'engage avant de la trouver trop inexpérimentée. Retour à la case Broadway. Gene en profite pour perdre du poids, s'initier à la danse et au chant, subissant au passage les assauts de Howard Hughes, expert en vierges farouches, qui lui envoie des wagons entiers de gardénias.  

Mais c'est par un autre amateur éclairé qu'elle est repérée dans un night-club de Manhattan. Darryl F. Zanuck l'attire dans les filets de Fox, non sans avoir négocié un contrat léonin avec Howard Tierney. Lequel en profite pour voler sa fille et quitter le foyer familial. Bouleversée par la trahison paternelle, Gene fait front et devient une vraie "Fox Girl", jeune première douce et raffinée apprenant son métier auprès de Fritz Lang et de John Ford, puis l'amour avec Henry Fonda. 

En coulisses, pourtant, un séducteur moins exposé attend de rafler la mise. Styliste de Paramount, Oleg Cassini semble foudroyé : "Gene était éblouissante avec sa peau dorée, veloutée et des yeux légèrement turquoise. Elle produisit sur moi un effet magnétique, viscéral." Hâbleur, considéré comme un imposteur par le clan Tierney, Oleg se donne du mal. Puis, n'y tenant plus, entraîne Gene à Las Vegas afin de l'épouser. Celle qui fut si sage paraît, enfin, maîtriser ses choix. N'enchaîne-t-elle pas, désormais, les succès au cinéma ?  

Sur les cimes du Ciel peut attendre, où elle tient tête à Lubitsch, "le plus exigeant des réalisateurs", avant d'affronter Preminger. Le cinéaste la transfigure, elle si peu star, en femme fatale de films noirs. "Laura possédait la magie, dira-t-elle de son oeuvre emblématique. Mais je pense que les gens se souviennent moins de moi pour ma performance d'actrice que comme la jeune fille au portrait." Comment peut-elle encore douter de ses capacités ? Évoluant, peu après, dans les couleurs flamboyantes de Péché mortel en femme vénéneuse et névrosée, prête à tuer, elle récolte une nomination à l'Oscar. 

 

En vérité, il est trop tard. Et c'est sa vie privée qui se charge, une nouvelle fois, de jouer la maléfique. Embrassée par une admiratrice lors d'un gala pour l'effort de guerre, l'actrice, alors enceinte, contracte la rubéole. Née huit mois plus tard, la petite Daria en portera à jamais les stigmates, à la fois sourde, aveugle et attardée mentale. Malgré la naissance d'une autre fille, Christina, le couple formé avec Oleg ne s'en remettra pas. Une longue dérive, psychique et sentimentale, attend alors Gene.  

Sur le plateau du Château du dragon, son regard, se portant vers la caméra, plonge "dans les plus beaux yeux bleus" que la comédienne ait pu voir. Le visiteur du film de Mankiewicz est un lieutenant de vaisseau, célibataire et catholique, répondant au nom de John Fitzgerald Kennedy. Lequel présente la comédienne à sa famille et l'entraîne, un soir, à un concert d'Édith Piaf. Mais Kennedy a l'âme d'un politicien, et un futur Président américain ne peut épouser une star, aussi sublime soit-elle. Gene, en miroir de Marilyn... 

Pour guérir, mais sans trop y croire, elle se noie dans les tournages, y gagne le surnom de "One-take Tierney" pour son professionnalisme et confie, le coeur brisé, sa petite Daria à une institution spécialisée. Histoire de faire le tour du malheur, et tandis qu'Oleg l'a abandonnée pour Grace Kelly, Gene joue dans d'ultimes diamants noirs signés Preminger et vit d'insatisfaisantes liaisons avec Kirk Douglas et Spencer Tracy.  

 

C'est alors qu'elle rencontre, à Paris, le prince Ali Khan, aimable jet setter tout juste remis de son divorce avec Rita Hayworth. Ils s'éprennent l'un de l'autre et entament une liaison de dix-huit mois. "À une période où j'en avais besoin, confessera Gene, Ali ramena la joie dans ma vie." Leur séparation est une nouvelle déchirure qui plonge l'actrice dans l'affliction. Aux déprimes succèdent l'angoisse, les troubles de la mémoire, la dépression.  

Étrangère à elle-même, Gene est alors obsédée par le parcours de France Farmer, comédienne des années 30, adulée puis internée, qu'elle prend pour sa soeur. Elle se fait traiter dans deux hôpitaux psychiatriques, passe entre les mains de douze médecins, subit la camisole de force et trente-deux électrochocs. Un matin de 1957, la police retrouve l'ex-star des films noirs en train d'évaluer la force d'attraction terrestre, au rebord du quatorzième étage de son immeuble new-yorkais. Sauvée de justesse, Gene fait une ultime tentative dans la célèbre clinique du Dr Menninger, qui pense que sa rémission passe par l'anonymat.  

Mais Gene a-t-elle encore besoin des caméras ? Au côté de Howard Lee, magnat du pétrole texan séparé de Hedy Lamarr, elle finit enfin par surmonter son désespoir. Grand-mère visiblement apaisée mais désoeuvrée, savourant, résignée, le culte dont elle commence à faire l'objet parmi les cinéphiles du monde entier. Près de trente ans d'une vie bourgeoise entre parties de poker et barbecues géants, bonnes oeuvres et conventions républicaines. 

 

Pin Up: Gene Tierney
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Pin Up: Gene Tierney

1920
Naissance de Gene Tierney dans la banlieue chic de New York, au sein d'une famille aisée d'origine irlandaise. 

1938
Gene débute à Broadway avant d'être engagée, un an plus tard, à Hollywood. Elle passe vite de Columbia à Fox. 

1945
Apogée de la carrière de Tierney, auréolée du succès de Laura et nommée aux Oscars pour Péché mortel. 

1957
Victime de troubles mentaux depuis des années, l'actrice tente de se suicider en se défenestrant. 

1991
Retirée des écrans depuis 1980, Gene, grande fumeuse, décède d'un emphysème. Elle est enterrée à Houston. 

Filmographie sélective

1940Le retour de Frank James (Lang) 
1941 The Shanghai Gesture (Von Sternberg)
1943 Le ciel peut attendre (Lubitsch)
1944 Laura (Preminger) 
1945 Péché mortel (Stahl) 
1946 Le château du dragon (Mankiewicz) 
1947 L'aventure de Madame Muir (Mankiewicz)
1949 Le mystérieux docteur Korvo (Preminger) 
1950 Les forbans de la nuit (Dassin), Mark Dixon, détective(Preminger) 
1951 Sur la Riviera (Lang) 
1954 L'Égyptien (Curtiz) 
1962 Tempête à Washington (Preminger) 

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