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Bigwhy? Finest?

(Fanzine Enthousiaste & Curieux)

les Rousses dans l'art (9) : Bordel

Publié le 5 Décembre 2016 par bigwhy in art, erotisme, iconographie, histoire, rousse

les Rousses dans l'art (9) : Bordel

A compter du milieu du XIXe siècle, les peintres sont de plus en plus nombreux à se rendre au bordel. Courbet, Manet, Degas, Toulouse-Lautrec, tous hantent les lupanars, leurs chairs flasques et leur morne jouissance. Pour Emmanuel Pernoud, cette rencontre n'a rien de fortuit. Le bordel est en effet l'objet et l'enjeu d'une «émancipation esthétique», l'instrument par lequel les peintres entrent en lutte contre le goût, la morale et la convention du nu artistique ou décent. En imposant la représentation picturale du laid, du gras ou de l'obscène, la «torsion réaliste du bordel» émancipe l'artiste de toute tenue, le projette dans le monde du relâchement et de la promiscuité. Un ébranlement s'esquisse ici, par lequel la peinture se réapproprie peu à peu quelque chose de «la danse de la vie». 

Toulouse Lautrec
Toulouse Lautrec

Toulouse Lautrec

Lautrec est au bordel par plaisir, certes, mais par nécessité aussi. Il y trouve une vraie affection, c'est un peu la mascotte des bordels qu'il côtoie. C'est un tout petit bonhomme sympathique, bien élevé, il ne méprise pas les prostituées, il leur parle bien. Il y avait toute une partie de la population qui n'avait pas accès au sexe en dehors du bordel. 
 

Degas
Degas
Degas

Degas

 
A partir de 1875, Degas, qui s'intéresse à présent aux danseuses et aux femmes laborieuses des classes populaires, les blanchisseuses, celles qui travaillent pour les familles bourgeoises, a croqué avec la technique du monotype (dessin sur plaque de cuivre ou zinc enduite d'encre noire) des scènes de bordels parisiens (Zola publie Nana en 1880). Le trait est rapide, le dessin narquois. Degas s'attache aux petites histoires de ces lieux clos, aux petits évènements : l'arrivée d'un client, une fête pour la mère maquerelle, les femmes qui parlent ensemble, qui se lavent. Toutes ou presque sont représentées nues. Leur corps est avachi, plutôt épais, au ventre gonflé. Les cheveux sont longs, souvent détachés. Leur sourire semble un peu aviné, le maquillage lourd.
 

Quand Degas va dans les maisons de passe, dans le fond, il y va comme il va observer les danseuses à l'opéra, de manière anatomique : il va voir des gestes. Il s'agit pour lui d'avoir une sorte de catalogue des positions du corps humain dans des situations où on ne l'a généralement que peu ou mal observé, cela a un caractère presque zoologique, pour comprendre le corps, voir le corps. 

André Derain

André Derain

Si la rousseur a vu son statut évoluer, c’est que l’art a occupé, au fil des décennies, une place importante dans la vision de la société. Dès la seconde moitié du XIXème siècle, peintres et poètes se sont, en effet, orientés progressivement vers un esthétisme qui ne doit sa beauté qu’à ses seuls attraits physiques, justifiant « l’art pour l’art ». Ainsi, l’art a troqué une apparence connotée au profit d’une représentation dénotée. La rousseur a subi ce changement crucial pour leur réputation.

Les peintres trouveront en ces êtres diaphanes un contraste entre leur flamboyante chevelure et la pâleur de leur teint, de même que les poètes (Ophélie de Rimbaud) et la production littéraire dans sa globalité.

C’est alors un  bouleversement majeur qui s’opère.

Voilà que, désormais, elles sont convoitées, pour cette même raison.

Nous pouvons ainsi supposer que cette période eût une influence non-négligeable sur une société restée jusqu’à lors superstitieuse et sensible aux mythes les plus extravagants. Suivant l’hypothèse que cette période ait acquis une place prépondérante dans les pensées culturelles de cette seconde moitié du XIXème, la rousseur aurait été alors uniquement représentée pour sa beauté  physique, comme ce fut le cas.

C’est certainement dans le domaine de la peinture et de la littérature que cette réputation s’est estompée le plus rapidement, et c’est par ces hommes que les mentalités de la société ont commencé à changer.

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