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(Fanzine Enthousiaste & Curieux)

Les Rousses dans l'Art (7): Pré-Raphaelisme

Publié le 2 Décembre 2016 par bigwhy in art, erotisme, iconographie, rousse, histoire

Les Rousses dans l'Art (7): Pré-Raphaelisme

Comme la muse de Botticelli, il était une femme rousse: Elizabeth Siddal, qui a inspiré tout les artistes du mouvement pictural & artistique: le Pré Raphaelisme.

La Confrérie préraphaélite, fondée en 1848, est un groupe de peintres, poètes et critiques anglais du XIXème siècle dont les principaux représentants furent le peintre et poète Dante Gabriel Rossetti, son frère William Michael Rossetti, critique d'art et porte-parole du mouvement, les peintres John Everett Millais, William Holman Hunt et James Collinson. 
Le Préraphaélisme s'oppose de manière assez virulente au matérialisme victorien et aux conventions néoclassiques de l'art académique. John Ruskin, écrivain, critique d'art et ardent défenseur du mouvement, définira d'ailleurs les préraphaélites comme des croisés de l'art, des résistants luttant contre la menaçante machine académique.
 Aussi, on peut aisément comprendre le lien entre ce mouvement et la représentation de la rousseur, couleur flamboyante et tare religieuse, dans les tableaux préraphaélites.
Ces derniers furent influencés par le peintre italien Raphaël et ses prédécesseurs, comme Botticelli. Ils recherchaient auprès des primitifs italiens de nouvelles sources d'inspiration, par un retour à la nature. Ainsi, Ophélie de Millais (rousse, bien sûr!) établit une certaine ambiguïté entre le sommeil et la mort, au milieu d'une nature luxuriante. 
Cependant, ils rejetaient de la Renaissance les règles de la représentation. De plus, les Nazaréens, qui voulaient redonner à l'art chrétien une pureté médiévale passée en fondant en 1810 une confrérie à Rome, ont également beaucoup inspiré les productions préraphaélites.
Leur vocation, au départ religieuse, a évolué chez certains de ces peintres, notamment chez Dante Gabriel Rossetti, qui a délaissé peu à peu les scènes trop solennelles pour se consacrer au portrait féminin. C'est ainsi que les femmes rousses, comme Alexa Wilding ou encore Elizabeth Siddal eurent une place prépondérante dans ce nouveau domaine

Lady Lilith, 1872 Dante Gabriel Rossetti

Lady Lilith, 1872 Dante Gabriel Rossetti

Depuis la fin du 19ème siècle, la légende d’Elizabeth Siddal n’a cessé de fasciner peintres, poètes et cinéastes, depuis sa découverte par les Préraphaélites jusqu’à sa mort. La célèbre séance de pose pour Ophélie, la relation tumultueuse de Siddal avec Rossetti ainsi que sa fin tragique ayant nourri de nombreux récits macabres ont fini par occulter la carrière de cette jeune femme hors du commun. 

Elizabeth Siddal incarne un type de beauté atypique, bien différent des canons de madones issus de la Renaissance qu’on trouvait dans la peinture d’histoire et de genre de l’époque. Si William Michael Rossetti loua son visage « exceptionnel », celui-ci apparaissait comme plutôt quelconque. Grande, les hanches et la poitrine peu marquées, elle portait les cheveux en chignon décoiffé ou lâchés. Son épaisse chevelure rousse, son teint pâle, ses paupières lourdes et fines lèvres constituent les traits qui ont rendu célèbre l’esthétique des Préraphaélites. 
Siddal et Rossetti, qui s’étaient rencontrés lors de l’élaboration de La nuit des rois, deviennent de plus en plus proches. Rossetti, avec ses yeux d’un noir intense et ses longs cheveux bruns, incarnait alors le parfait archétype du héros romantique. Dès lors, Siddal et Rossetti ne se quittent plus. Il semblerait que c’est à partir de cet instant que Rossetti prit la décision de préserver jalousement celle qu’il surnommait avec affection « ma colombe », à l’exclusion de presque tous les autres modèles favoris des autres Préraphaélites.
Les portraits par Rossetti montrent Elizabeth Siddal dans le rôle d’une sensuelle demoiselle ou de la demoiselle en détresse, brouillant ainsi les limites entre le réel et le fantasme. Ils transmettent tantôt une image sublimée de la jeune femme, tantôt une idée de faiblesse.Vers la fin des années 1850, la relation Siddal/ Rossetti bat de l’aile. De retour à Londres, Lizzie attendit désespérément que l’artiste fasse sa demande en mariage. Elle était si malade que Rossetti dut la porter le 23 mai 1860, jour de la cérémonie. Après ses deux fausses couches, Lizzie souffrit de dépression post-natale.
La mort qui en résulta a donné lieu à de curieux récits d’horreur qui ont nourri la légende d’Elizabeth Siddal. Charles Augustus Howell, l’agent de Rossetti, aurait été à l’origine de l’expédition menée pour déterrer le recueil de poèmes dissimulé dans le cercueil.  C’est Howell qui se mit à diffuser le mythe du corps parfaitement préservé d’Elizabeth Siddal, recouvert par sa chevelure rousse. Pendant les années 1860, on racontait même qu’un vampire hantait le cimetière de Highgate. Bram Stoker se serait inspiré de cette histoire pour créer le personnage de Lucy Westenra, transformée en vampire par le comte Dracula.

Elle incarne un idéal typiquement britannique : celui de la pâle jeune fille à la chevelure auburn et aux pommettes roses. Aujourd’hui encore, la fusion entre innocence et sensualité qui transparaît dans les œuvres représentant Elizabeth Siddal ne cesse de faire croître sa légende.

Ophelia, John Everett Millais 1852

Ophelia, John Everett Millais 1852

A la fin de l’automne 1851, Millais et Hunt voyagent pour peindre sur le motif les paysages de leur Angleterre natale. Ils s’attardent dans le Surrey, non loin de la rivière Hogsmill. Il en résulte un paysage qui demeurera célèbre : celui d’Ophélie, la toile pour laquelle Siddal posa toute habillée dans une baignoire remplie d’eau, chauffée au-dessous par des lampes à huile. Alors que l’esquisse était presque achevée, les bougies s’éteignirent. Millais, trop absorbé par son travail, ne s’en serait pas aperçu. Siddal attrapa une pneumonie, et son père menaça de traduire le peintre en justice s’il refusait de payer la note du médecin qui s’élevait à 50 livres.

Lamia de John William Waterhouse, 1905

Lamia de John William Waterhouse, 1905

John William Waterhouse 

Né à Rome des peintres William et Isabela Waterhouse, John est âgé de cinq ans lorsque la famille déménage à Londres. Son père lui enseigne la peinture jusqu'à ce qu'il soit admis à la Royal Academy en 1870. Ses premières oeuvres sont de facture très classique. En 1874, âgé de vingt-cinq ans, Waterhouse présente l'allégorie classique "Sleep and His Half-Brother Death" à l'exposition d'été de la Royal Academy. La tableau est très bien reçu ; presque tous les ans jusqu'à sa mort, Waterhouse présentera des tableaux à la Royal Academy. Il épouse la fille d'un professeur d'art, Esther Kenworthy, en 1883. Le couple n'aura pas d'enfant. En 1895, Waterhouse est élu membre de la Royal Academy.
 

Dante Gabriel Rossetti

Fils d'un poète italien émigré à Londres, Rossetti montre très tôt un grand intérêt pour la littérature et l'art médiéval italien. Aspirant à devenir poète, comme la plupart des membres de sa famille, il devient finalement l'élève du peintre Ford Madox Brown avec qui il tisse des liens d'amitié étroits qu'il entretiendra toute sa vie. Ils développent ensemble les principes de la Confrérie Préraphaélite qu'ils fondent, avec d'autres artistes, en 1848.

Parallèlement à son activité picturale, Rossetti traduit et publie des poèmes de Dante et d'autres auteurs italiens du Moyen Âge, toujours passionné par cette époque. Son romantisme et son refus du monde qui l'entoure précipitent sa séparation d'avec le mouvement préraphaélite, bien qu'il en fut l'artiste le plus important.

Puis, une succession d'événements vont le plonger dans une profonde dépression. En 1862, son épouse, Elizabeth Siddal, meurt d'une overdose de laudanum, après avoir donné naissance à un enfant mort-né. Dans le même temps, n'arrivant pas à faire publier ses propres poèmes, il les enterre dans la tombe de son épouse au cimetière de Highgate. Mais c'est aussi pendant cette période qu'il peint ses plus belles toiles, notamment Beata Beatrix, dans laquelle il idéalise, sous les traits de son épouse décédée, la Béatrice de Dante. 

En 1871, il décide de déterrer ses poèmes et les fait enfin publier. Ils font aussitôt scandale par leur érotisme et leur sensualité qui choquent l'Angleterre victorienne. Délaissant peu à peu l'idéal féminin, il emprunte aux légendes arthuriennes et à l'œuvre de Dante les sujets de ses dernières toiles.

Les dernières années de sa vie sont sombres : ses passions de la littérature et de la peinture l'ont quitté, il devient sénile et se retire, totalement reclus, souffrant d'un délire de persécution. Il s'éteint, seul, en 1882. Malgré la fulgurance de sa carrière, Rossetti a eu une influence considérable sur le développement du mouvement symboliste en Europe.

Miranda, John William Waterhouse 1916

Miranda, John William Waterhouse 1916

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