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Bigwhy? Finest?

Enthousiaste & Curieux

Les Rousses dans l'Art (3): Histoire

Publié le 26 Novembre 2016 par bigwhy in art, erotisme, iconographie, rousse, histoire

Frederick Sandys, "Helen of Troy" 1867

Frederick Sandys, "Helen of Troy" 1867

Fruit des amours de Léda, reine de Sparte, et de Zeus, Hélène est née selon la mythologie grecque, dans un œuf. Ce qui n’est guère commun, mais compréhensible lorsque l’on sait que Zeus pour séduire sa mère, avait pris la forme d’un cygne. Est-ce par son statut de demi-dieu, ou par sa naissance inhabituelle – l’œuf étant un symbole de perfection de la création de la terre – qu’elle est considérée comme l’une des plus belles femmes de Grèce (et donc du monde) ? Hélène a naturellement été l’objet de nombreuses convoitises : ravie par Thésée puis courtisée par les seigneurs du pays, elle est finalement enlevée par Pâris et emmenée à Troie, alors qu’elle est l’épouse du roi Ménélas.
N’est ce pas surprenant de voir la plus belle des femmes représentée en rousse replète à la peau d’albâtre ?
Pas tant que ça si l’on se rappelle que l’enlèvement d’Hélène est à l’origine de la Guerre de Troie… Pour récupérer sa femme, tombée amoureuse de son ravisseur et qui refusait de partir, le roi de Sparte et son armée assiégèrent Troie pendant des années, finissant comme on le sait par pénétrer la ville grâce à la ruse d’Ulysse et son cheval de bois. Cette femme séductrice est ainsi la cause d’un lourd conflit qui engendra de nombreux morts. Cette femme nuit aux hommes, elle est dangereuse, elle ne peut qu’être rousse !
L’association parait certainement évidente pour le public Victorien de l’époque de Frederick Sandys, peintre évoluant dans la mouvance pré-raphaélite. Les rousses sont à la mode auprès de cette vague d’artistes friands de symbolisme et fascinés par la dualité de l’image féminine.
Sandys interprète celle d’Hélène en lui donnant une moue d’enfant boudeuse, au teint glacial. Elle semble observer quelque chose au loin, se tenant sur ses gardes, traversée de pensées pernicieuses. Mieux vaut se tenir à distance de cette femme secrète et inquiétante.
Pourtant sans son expression de visage, elle pourrait par son opulence et sa blancheur dégager un côté bourgeois et moelleux anachronique, qui serait presque rassurant si son regard bleu perçant et sa chevelure épaisse et brûlante ne nous intimaient de nous méfier.
Mis à part son collier, rien ne la lie d’ailleurs à la Grèce antique, elle pourrait tout à fait être le portrait d’une contemporaine de Sandys. L’artiste n’essaierait-il donc pas d’avertir son public sur l’intemporalité de la perfidie de la gent féminine ? A moins que cette toile ne soit qu’un prétexte de plus à représenter une femme intrigante, suscitant désir et fascination chez le spectateur.

Phryne, Gustave Boulanger, 1850,

Phryne, Gustave Boulanger, 1850,

Gustave Boulanger se spécialisa dans les sujets orientalistes à la suite de ses voyages en Grèce et en Afrique du Nord.  Sa vision de l’Orient n’en reste pas moins idéalisée, ou sublimée, s’inscrivant ainsi dans cette vogue d’exotisme « romantique » qui traversa  son époque.
L’inspiration de sa « Phryne » provient des textes grecs antiques.
Même si on le croirait à première vue, cette femme n’est pas une esclave de harem oriental, mais une prostituée athénienne du IVeme siècle av. JC. Ou plus précisément une « hétaïre », courtisane haut de gamme de la société grecque. Parmi ses clients et protecteurs célèbres, Phryne comptait Pline l’Ancien et le sculpteur Praxitèle, dont on présume qu’il l’utilisa comme modèle pour une Aphrodite.
Si elle a laissé son empreinte de la sorte dans les arts, c’est pour l’histoire de son procès et le mythe qu’elle a ensuite symbolisé. Jugée pour impiété car elle s’était baignée nue un jour de fête religieuse, Phryne fut amenée devant l’aréopage pour répondre de son crime. L’orateur Hypéride, dont elle était la maîtresse, prit sa défense et arracha sa tunique pour dévoiler sa poitrine à l’assemblée. Tant de beauté ne pouvait qu’être justifiée par un signe de la protection d’Aphrodite. Phryne  fut alors acquittée par les jurés, de peur de fâcher la déesse, puis amenée triomphalement au temple de sa « patronne ».

Celle-ci fixe au contraire le spectateur avec intensité, tout à fait consciente de ses charmes et ouvertement complice d’un plaisir exhibitionniste face aux voyeurs que nous sommes. Le miroir qu’elle tient dans la main droite ne nous laisse plus croire en la candeur que Gérôme essayait mollement de transmettre. Cette femme là est parfaitement au fait de la beauté de son corps et du pouvoir qu’elle peut en tirer sur les hommes, comme le prouve l’histoire de son jugement.

Le détail qui frappe et tranche avec toute la belle harmonie orientale du tableau est sans nul doute la surprenante chevelure rousse. Cette couleur de cheveux ne sied pas aux traits grecs de Phryne accentués par le peintre, mais elle synthétise la vision qu’il a de cette femme.
En France au XIIIeme siècle, Saint-Louis promulgua un édit obligeant les prostituées à se teindre les cheveux en roux, pour être reconnues et distinguées des autres femmes (le roux évoquant bien sûr le feu et la lubricité de Satan). Selon l’inconscient collectif qui en est issu, Boulanger insiste donc sur la profession de Phryne en la peignant rousse, ajoutant même par là une note de vulgarité et de provocation dans le contraste entre la chevelure, les sourcils et les yeux noirs. En associant Phryne à la rousseur, il alimente la légende des femmes rousses en tant que pécheresses notables, séductrices et manipulatrices. C’est aussi une façon d’autoriser doublement les spectateurs à fantasmer sur cette chair lisse et dorée, déjà offerte à tous du vivant de Phryne.

Lucrece Borgia de Bartolomeo Veneto

Lucrece Borgia de Bartolomeo Veneto

Dans la famille Borgia, Lucrèce est celle qui traîne de façon injuste la réputation la plus sulfureuse. Empoisonneuse, incestueuse, lubrique et satanique, que n’a-t-on pas écrit sur la fille du pape Alexandre VI et de sa maîtresse Vanozza de Cattanei !

Parmi les grands narrateurs de cette légende noire, on trouve Victor Hugo qui a romancé sa vie pour mieux remplir les théâtres des boulevards : « Famille de démons que ces Borgia !» lance-t-il…. La femme fatale trouve en plein romantisme un public à mesure : l’émotion le dispute à l’histoire, toutes les anecdotes sont bonnes pour faire trembler les foules, et tant pis pour la vérité historique !

En réalité, Lucrèce Borgia fut sans doute la première victime de sa famille plutôt que l’entremetteuse avide et sanglante que l’on imagine : sa famille va la marier trois fois, sans lui demander évidemment son avis, au gré des alliances et d’une politique territoriale complexe.

Edmund Blair Leighton: The Accolade (L'Adoubement) (1901)

Edmund Blair Leighton: The Accolade (L'Adoubement) (1901)

ALIENOR  D’AQUITAINE (1122-1204) Son prénom signifie « L’aigle d‘Or » ou La Lumière de Dieu. Une femme d’exception qui a eu une vie riche et remplie.

On la a Louis VII roi de France marie le 25 juillet 1137 à Bordeaux,  Aliénor a 15 ans.

Aliénor donne deux filles à Louis VII qui fait sans cesse la guerre à ses Barons révoltés. A Vitry 1300 personnes se réfugient dans la cathédrale qui brûle et les tue tous. Pour son pardon ils doivent partir en croisade que prêche Saint Bernard de Clairvaux à Vézelay le 31 mars 1146. Ils marchent le long du Danube jusqu’à Byzance et puis Erdesse où Aliénor retrouve son oncle Raymond de Poitiers, comte d’Erdesse, qui parle occitan. Là ils se disputent car Aliénor veut aider son oncle en danger, qui sera tué par les Musulmans deux ans après. Louis VII fait enlever sa femme par ses soldats et l’amène à Jérusalem en pélerinage.

Au retour leurs bateaux se séparent, elle est en Sicile et lui en Calabre. Ils se retrouvent à Rome où le Pape Eugène III les réconcilie et les amène au lit. De retour en France, Aliénor accouche de sa seconde fille, Alix.

Et le 21 mars 1152 leur mariage est annulé par le concile de Beaugency, pour parenté au cinquième degré. Alors elle choisit Henri Plantagenet, comte d’Anjou et duc de Normandie, qui a 20 ans et elle 30 ans. En janvier 1153 Henri Plantagenet débarque et conquiert l’Angleterre. Aliénor a son premier fils Guillaume. Le 19 décembre 1154 Henri et Aliénor sont  couronnés roi et reine d’Angleterre. En février 1155 elle a son deuxième fils Henri, puis encore six enfants. Ils gèrent l’Angleterre et la moitié de la France (Bretagne, Normandie, Poitou, Limousin, Aquitaine).

Ils traversent dix fois le Channel. Puis avec le temps vers 1165 Henri reste en Angleterre et Aliénor en France. En 1166 Aliénor accouche en Angleterre  de son huitième enfant Jean-sans-terre et apprend la maîtresse de son mari le roi. Pour les Anglais c’est Fair Rosamund, blanche et rousse, cachée par un tunnel et un labyrinthe, Aliénor le perce et l’oblige à boire du poison. Pour les Français c’est la Rose immonde en son château de Woodstock. Puis Aliénor ne revient plus en Angleterre et mène une guerre à son mari par ses fils interposés. D’abord Henri qui est fait roi par son père.

Puis en 1174 près de Chartres les seigneurs de Lusignan font prisonniers une dizaine de chevaliers poitevins. Ils les emprisonnent à la tour de Chinon et ils découvrent que l’un est une femme, c’est Aliénor. Alors elle vendue au plus offrant et revendue, finalement c’est son mari, le roi d’Angleterre qui l’emprisonne dans un château anglais, où à  53 ans, elle va être enfermée neuf ans. Deux après en 1176 Rosamonde meurt malade dans un monastère, donc ce n’est pas Aliénor qui l’a assassiné.

Elle a été à l’origine de la guerre de Cent ans avec les Anglais qui revendiquaient sans cesse les immenses domaines d’Aliénor surtout en Aquitaine. 

Elizabeth 1er de George Healy

Elizabeth 1er de George Healy

Le portraitiste américain George Healy (1813-1894) a réalisé la copie du célèbre Portrait à l’arc-en-ciel. L’œuvre originale est peinte à la toute fin de la vie d’Élisabeth, peut-être entre décembre 1602 et mars 1603, mais il n’est pas impossible qu’elle ait été achevée après la mort de la reine. 

Fille d’Henri VIII et de sa deuxième épouse, Anne Boleyn, Élisabeth parvient au pouvoir en 1558. Elle succède à sa demi-sœur Marie Tudor, qui était catholique. Elle-même est protestante, et le pape n’hésite pas à l’excommunier et à proclamer sa destitution en 1570. La reine doit non seulement maîtriser le mécontentement des catholiques, qui se soulèvent dans le nord du royaume en 1569, mais aussi résister aux Espagnols, qui fomentent des complots contre elle et préparent l’invasion de l’Angleterre en 1588. Elle meurt en mars 1603, sans avoir jamais été mariée. 
 

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