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Bigwhy? Finest?

Fanzine Enthousiaste & Curieux

Bookcrossing: L'Effacement Progressif des Consignes de Sécurité de Vincent Ravalec

Publié le 27 Octobre 2016 par bigwhy in livre, fantastique, france

Bookcrossing: L'Effacement Progressif des Consignes de Sécurité de Vincent Ravalec

l’EPDCDS expose des schèmes conta­gieux qui ne vous lais­se­ront pas indemne…

 

Ouvrez le Livre d’Aventure, la magie pulse à l’intérieur…

Promenons-nous sur les auto­routes en friche au virage de l’an 2000, si loin, si proche.
Promenons-nous dans les cir­cuits internes de Louis Dieutre, pro­ta­go­niste égaré dans le mul­ti­vers, si loin, si proche.
Pas la peine d’attacher sa cein­ture, nous sommes à bord d’un aller simple vers l’explosion de nos sys­tèmes de décryp­tage de la réalité.

Et quand vous ouvrez les yeux, les sym­boles de la folie contem­po­raine se bous­culent : scan­dales politico-financiers sur fond de drogues et de pros­ti­tu­tion, secte bran­chée au nom évoca­teur d’un géant des télé­coms, meurtre pédo­phile incer­tain, hap­pe­nings far­fe­lus mêlant les icônes de la jet-set et les malades men­taux d’un asile psy­chia­trique aux méthodes révo­lu­tion­naires, nain lubrique mani­pu­la­teur surgi tout droit d’une BD hal­lu­ci­née, cha­manes impor­tés direc­te­ment des jungles sud-américaines, potions psy­cho­tropes et man­da­las géné­tiques, jeu vidéo mys­tique vomis­sant les monstres hideux de vos pires ter­reurs, tra­jec­toires per­dues dans les mailles d’Internet…

Qui est Louis Dieutre ? Cette ques­tion à l’allure ano­dine a-t-elle une réponse toute simple ? Oui et non, car le per­son­nage cen­tral de L’E.P.D.C.S est un para­doxe vivant, comme tout être humain qui se penche un tant soit peu sur son cas. Plus qu’une iden­tité arrê­tée, Louis Dieutre est un état fluc­tuant, une muta­tion en pro­gres­sion. Louis Dieutre, c’est peut-être vous à un cer­tain niveau, vous qui lisez vos aven­tures dans ce Bardo-thodöl du troi­sième mil­lé­naire, vous qui sur­gis­sez de la page, pers­pec­tive frac­tale bien plus réelle que l’état d’hypnose consen­suel qui sature le monde.

Qu’est-ce que le Jeu ? Il s’agirait de trai­ter l’énergie uni­ver­selle. D’organiser sa propre transe sur un mode artis­tique. Il s’agirait de recru­ter d’autres joueurs. D’offrir un nou­veau mode opé­ra­toire aux artistes. Il s’agirait de déco­der les bugs du pro­gramme. Et tous les coups sont permis…

« L’Effacement Pro­gres­sif des Consignes de Sécu­rité » s’inscrit dans un pro­jet glo­bal : c’est le pre­mier acte d’un cycle de douze romans-hypothèses. Le prin­cipe du Jeu artis­tique struc­turé en rhi­zome, en construc­tion sur www.lejeu.net , devrait bien­tôt se déployer sur la toile.

Vincent Rava­lec trans­pose les thèmes d’œuvres ini­tia­tiques comme « Le Jeu des Perles » de Verre d’Herman Hesse, ou « Les Portes de la Per­cep­tion » d’Aldous Hux­ley, avec ce qu’il faut d’humour et de sin­cé­rité pour méri­ter un clin d’œil (le troi­sième !) de feu Timo­thy Leary.

A l’époque où l’observation déta­chée du non-sens de l’existence par Houel­le­becq, Ellis, Bénier-Bürckel ou Jauf­fret tend un miroir délé­tère à l’inconscient col­lec­tif, Rava­lec, l’écrivain-sorcier, bran­dit les clés psy­ché­dé­liques des voies inter­lopes de la connais­sance. Comme cer­tains objets magiques prennent des formes adap­tées aux besoins de l’époque pour mieux sub­ver­tir , « L’Effacement Pro­gres­sif des Consignes de Sécu­rité » expose des schèmes conta­gieux qui ne vous lais­se­ront pas indemne.

Hal­lu­ci­na­tions ou schi­zo­phré­nie ? La réa­lité pour Louis Dieutre a bas­culé ce jour du réveillon de l’an 2000. Res­pon­sable d’une fon­da­tion pour l’art contem­po­rain qui finance les cam­pagnes élec­to­rales de digni­taires afri­cains, il se retrouve cerné par la jus­tice, des cadavres en pagaille, et assailli d’étranges pen­sées laté­rales. Lesté d’un sac conte­nant plu­sieurs dizaines de mil­lions d’Euros, Louis prend la fuite le long d’une auto­route noyée sous la tem­pête qui l’emmène jusqu’au vil­lage d’Archignac où les diri­geants d’un asile psy­chia­trique orga­nisent un étrange bal mas­qué… Soup­çonné du meurtre d’un ado­les­cent, Louis pète les plombs et se réveille en patient du doc­teur Aïm, qui applique les pré­ceptes de sor­ciers immé­mo­riaux à l’origine de la créa­tion du mys­té­rieux village.

Emporté dans la tour­mente de la folie, du cha­ma­nisme et de la quête de son iden­tité, le héros perd le peu de repères qui lui res­tent. Psy­cho­tropes et com­plot aidant, il est pro­pulsé dans divers niveaux de réa­li­tés paral­lèles – qui pour­raient n’être que les variantes d’un vaste jeu voyant les hommes mani­pu­lés, depuis la nuit des temps, par une poi­gnée de sor­ciers sou­cieux d’asseoir leur pou­voir sur les tristes mor­tels. Ainsi s’opère au fil de presque 700 pages la muta­tion d’un espion à la petite semaine devenu tour à tour aliéné men­tal, cri­mi­nel, consul­tant, créa­teur de génie sur le Net…

En phase avec la fin du siècle qui est aussi la fin du cycle régis­sant les habi­tuelles “consignes de sécu­rité” garan­tis­sant tout retour à la nor­male, le roman de Rava­lec est énorme de la pre­mière à la der­nière page. Il vaut sur­tout pour cette déme­sure conti­nuée. Le lec­teur qui s’y ose en prend pour son grade, tant le prisme de la folie et de la mani­pu­la­tion déna­ture ici tout regard objec­tif apposé au réel. Réfé­rences constantes à l’art contem­po­rain, au Sei­gneur des anneaux, au délire des start-up de la Net-économie, la farce culmine dans la der­nière par­tie de l’ouvrage avec la mise au point lors du réveillon de l’an 2001 d’une mémo­rable party où cer­taines figures de la jet-set lit­té­raire et du show-biz se retrouvent bom­bar­dées d’excréments avant d’être abreu­vées de psy­cho­tropes pour une orgiaque rave ludo-spiritualiste qui annonce la pro­chaine ère de Cristal…

Que restait-il des images pieuses qui avaient bercé les siècles ? Pas grand chose, (…) un pro­phète à trois sous, concep­teur de best-sellers et de lunettes de soleil, qui avait annoncé une fausse apo­ca­lypse au moment d’un éclipse de soleil, trois mois plus tôt.

Après The Game de David Fin­cher, et The Pres­tige de Chris­tophe Priest, un hymne “tri­pant” à la magie, à la puis­sance des ordi­na­teurs et des jeux vidéo, qui fait dou­ter cha­cun du sens de sa pré­sence sur Terre. Une transe lit­té­raire aux phrases infi­nies scan­dées par la world music qu’apprécieront sur­tout les joueurs de tous crins ou les adeptes har­ry­pot­te­riens de sor­cel­le­rie new age.

fre­de­ric grolleau (le littéraire)

Bookcrossing: L'Effacement Progressif des Consignes de Sécurité de Vincent Ravalec
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