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Bigwhy? Finest?

Fanzine Enthousiaste & Curieux

Les Vampires dans l'Art: Galerie

Publié le 31 Août 2016 par bigwhy in art, vampire, XIX siècle, fantastique, symbolisme, pré raphaelisme, art nouveau

Oh, what's that in the hollow.. 1895 EDWARD ROBERT HUGHES

Oh, what's that in the hollow.. 1895 EDWARD ROBERT HUGHES

Dès 1748 est écrit un poème allemand, par Heinrich August Ossenfelder, sur un vampire. L’intérêt artistique d’une telle créature est également exprimé par Goethe en 1797, dans la Fiancée de Corinthe. Ce long poème narratif raconte l’histoire d’une jeune femme morte rêvant de la tombe pour revoir son fiancé. Le vampire prend alors la forme d’une « jeune fille silencieuse et pudique, couverte d’un voile et de vêtements blancs, le front ceint d’un ruban noir et or. », plus effrayée qu’effrayante, mais qui boit « Avidement, de ses lèvres pâles, (…) le vin, d’un rouge sombre comme le sang ».

C’est cependant la littérature anglaise du XIXè siècle qui s’approprie le mythe originel et le densifie. Un des premiers textes qui dépeints les traits de ce qui sera le stéréotype du vampire est The Vampyre de John Stagg, long poème narrant l’histoire d’une femme hongroise découvrant que son mari est hanté par son ami mort devenu suceur de sang.

Le vampire est considéré par les auteurs et intellectuels comme un sujet à exploiter. En 1819 a lieu le célèbre concours d’écriture qu’organise Lord Byron avec ses amis. De ce défi naissent le Frankenstein de Mary Shelley et le Vampyre de John Polidori, un noble anglais, Lord Ruthven. L’auteur le représente comme un homme mystérieux et séducteur, caractéristique du vampire devenu presque principal mais créée justement à cette époque par la littérature.

Le thème de vampire devient alors incontournable et touchent de nombreux courants littéraires comme le roman gothique, la nouvelle fantastique et le romantisme. De très nombreux auteurs s’y essayent comme Tolstoï, Dumas, Gautier, Hoffman, Merimée et même Maupassant dans la première version du Horla. En Angleterre est publié anonymement en 1847 Le festin de sang, une œuvre de plus de 800 pages. L’engouement pour une créature de fiction terrifiante mais attirante ne cesse de s’accroitre. Paul Févas, auteur français très populaire, écrit de nombreux romans ou feuilletons sur les vampires. Le théâtre et même l’opéra avec l’allemand August Marschner intègrent des personnages vampires.

Le vampire est devenu ce qu’il est grâce aussi à des œuvres majeures, références dans le genre. Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu en est un parfait exemple. Ce roman typique du gothisme anglais raconte l’histoire de Laura, une jeune noble, accueillant Carmilla après un accident. Cette dernière produit sur la jeune fille une attraction incontrôlable. Une liaison amoureuse nait entre elles, et surtout, Carmilla vampirise Laura.

Le Fanu place l’action de son roman dans des décors typiques de la littérature gothique, dans des châteaux, des chambres sombres, des souterrains et des couvents inquiétants. Il s’inspire des écrits de Calmet pour donner à son personnage les caractéristiques d’un vampire. Le lecteur d’aujourd’hui reconnaît deux petites marques de morsure sur la joue, une bête errant à la tombée de la nuit, des apparitions, la répugnance devant dieu, comme des signes claires de vampirisme, mais ces signes si reconnaissables le sont devenus justement grâce à ce roman. A l’époque, le lecteur pour qui le vampire n’est plus une créature réelle mais un personnage littéraire exotique, se rend compte de l’identité de Camilla progressivement. Le Fanu va même jusqu’à écrire un appendice sérieux expliquant comment un mort devient vampire. Il s’inspire également des figures antiques comme celles des goules ou des empuses. Son œuvre présente donc un aspect presque documentaire, condensant toutes les connaissances sur le vampirisme pour créer les personnages les plus profonds possibles.

Il est intéressant de remarquer l’homosexualité de Camilla. A l’époque, celle-ci est encore fortement condamnée en Grande Bretagne. Camilla n’est pas une créature monstrueuse mais une femme dangereuse et mystérieuse. Son pouvoir de séduction est surnaturel et sa sexualité marginale, elle représente un vampire à la fois très proches des légendes fondatrices mais aussi exclu par sa différence et sensuel, deux caractéristiques qui feront partie intégrante du vampire moderne et dont Le Fanu exalte les symboles dès 1871.

C’est à l’extrême fin du XIXè siècle qu’est publié le roman le plus emblématique du vampirisme, Dracula de Bram Socker. L’auteur s’inspire du personnage légendaire Vlad Tepes pour créer le personnage de son comte, monstrueux et raffiné. Il intègre à son récit toutes les connaissances concernant les vampires qu’il possède grâce à ses propres lectures, et dispersent dans son œuvre de nombreuses anecdotes faussement scientifiques sur les vampires, notamment grâce au personnage du vampirologue Van Helsing. Stocker est le premier à mentionner dans un récit littéraire l’ail comme arme contre les vampires, bien que cet objet soit présenté comme tel depuis l’antiquité romaine. C’est lui aussi qui supprime les ombres et les reflets du vampire, et qui lui permet de se transformer, en chauve-souris notamment, car une chauve-souris sud américaine buveuse de sang a été découverte. Après sa publication, le roman est tellement célèbre que tous ces attributs deviennent indissociables du vampire, dont le folklore a donc été grandement étoffé par une seule œuvre célèbre. C’est d’ailleurs « le savoir vampirique théorisé » qui selon Claude Lecouteux qui explique de succès éditorial et culturel du roman.

A l’inverse des monstres médiévaux, mais tout comme Camilla, Dracula n’est pas un monstre manichéen, et possède une ambivalence et des sentiments très forts, cette caractéristique devient aussi essentielle à la représentation du vampire après la publication du roman. Le comte est dangereux et effrayant, mais suscite aussi la pitié, car il est victime de sa malédiction. Stocker insiste sur le fait qu’il n’est pas humain, et Mina dit à ses compagnons : « Mais ce n'est pas une œuvre de haine. Le pauvre être qui a causé toute cette souffrance est le plus malheureux de tous. Songez quelle sera sa joie à lui aussi quand, son double malfaisant étant détruit, la meilleure part de lui-même survivra, son âme immortelle. Vous devez avoir pitié de lui aussi, sans que cela empêche vos mains de le faire disparaître de ce monde. »

Dracula n’est pas qu’un roman sur un vampire, Stocker développe d’autres thèmes que la simple description du vampire. Le contexte dans lequel il évolue est tout aussi important que sa nature intrinsèque, et sur ce point, l’œuvre de l’irlandais diffère des écrits antérieurs. L’auteur n’oublie bien sûr pas la Transylvanie morbide, la terre du vampire tellement importante qu’il doit y reposer, mais la transpose à Londres. Or cette ville est un symbole fort de vie, et de modernité grâce aux révolutions industriels mais aussi un décor qui peut devenir angoissant, Stocker s’inspirant du Londres dans lequel Jack L’Eventreur sévit à la même période. Ses personnages utilisent beaucoup les inventions de l’époque, comme la machine à écrire, le phonographe, le télégraphe et le train, et s’en servent pour combattre le vampire. La modernité et la technologie s’opposent au monde de la superstition et du passé, ce qui permet une réflexion allant au delà du simple récit fantastique. Le thème de la folie est également présent dans l’œuvre, par le biais notamment de l’asile dans lequel vit un disciple du comte. Le héros Jonathan Harker se croit d’ailleurs fou dans le château de Dracula, et seule l’existence réelle des vampires le rassure quant à son état mental. Intégrer une dimension psychiatrique à l’œuvre permet de la rendre encore plus angoissante, car sérieuse et moderne, intelligente. Le roman est en effet contemporain des premières études de Freud et la psychanalyse s’apprête à bouleverser les connaissances de la pensée jusque dans la littérature.

Dracula est donc un roman indissociable du vampire, puisqu’il en fait un portrait riche, profond et ambivalent. A travers les lettres et les journaux intimes des personnages, Stocker évite une approche frontale et préfère la subjectivité et l’ellipse pour faire de son Dracula un homme séduisant, un monstre et une victime. Tout en définissant une créature en reprenant tous les mythes qui la concernent, il transmet au lecteur son regard personnel sur le monde et nous rappelle donc que le vampire a toujours été en lien avec la société. Dracula sera d’ailleurs comparé à Hitler, Marx associera les vampires aux capitalistes comme Voltaire les avait associé aux religieux et l’écrivain antisémite Hanns Heinz Ewers les assimile aux juifs en 1921.

L’héritage de Dracula est immense car pour la première fois le vampire devient un personnage connu de tous, particulier et aux multiples visages. Jusqu’à ce qu’il perde son statut d’icône de l’horreur à la fin du XXè siècle, le vampire est presque toujours comparable à Dracula.

the vampire 1897 Philip Burne-Jones

the vampire 1897 Philip Burne-Jones

Dante & Virgile en enfer 1850  William-Adolphe Bouguereau,

Dante & Virgile en enfer 1850 William-Adolphe Bouguereau,

Vampire Ernst Stohr

Vampire Ernst Stohr

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