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Bigwhy? Finest?

(Fanzine Enthousiaste & Curieux)

One track a day: THE TRIP by Kim Fowley

Publié le 15 Juin 2016 par bigwhy in musique, video, psychedelique, 60's, USA

One track a day: THE TRIP by Kim Fowley

« Les hommes de l’ombre ont autant écrit l’histoire du rock’n’roll que ceux qui sont sous les feux des projecteurs. Kim Fowley est un mal nécessaire. »Ainsi parlait le toujours pittoresque et mégalo Fowley, mort le 15 janvier 2015 à 75 ans, d’un cancer de la vessie. Légende pour initiés d’une pop tiraillée entre innocence et décadence, le producteur, artiste et mentor au physique étrange et inquiétant, n’aura, de ses débuts en 1959 à ses quasi dernières heures, jamais levé le pied. Tel un Phil Spector insaisissable, mais sans un son unique et identifiable, Kim Fowley gravait les disques et produisait ceux d’étoiles filantes à un rythme effréné. Ce qui ne l’empêcha pas de cotoyer aussi les plus grands, de Gene Vincent à John Lennon, de Frank Zappa à Alice Cooper. Il fut aussi le « créateur » des Runaways, le sulfureux groupe de pop métal féminin, bâti autour de Joan Jett et Cherie Currie.

Le nom ne vous dit probablement rien. Et pourtant. Fouillez dans votre discothèque, relisez attentivement les notes de pochettes d'un certain nombre de disques marquants de l'histoire du rock'n'roll, et vous verrez : une parcelle du talent foisonnant de Kim Fowley s'est forcément introduite entre vos murs. Cet énigmatique géant au faciès de Frankenstein, etait tout bonnement le Zelig du rock.

De ses premiers tubes fabriqués au crépuscule des fifties (Alley Oop, Nut Rocker) à sa présence vocale sur Freak out, de Frank Zappa ou sur le concert Live peace in Toronto, de John Lennon, de son influence capitale sur les débuts de carrière de Cat Stevens, de Soft Machine, de Slade et tant d'autres à ses cosignatures de titres d'Alice Cooper ou de Kiss, Kim Fowley semble avoir été partout à la fois et, surtout, toujours au bon endroit. Pour ne rien gâcher, ce mégalo hyperactif a aussi, lors de ses rares moments de pause, réalisé ses propres albums, objets de culte chéris par un noyau dur d'initiés-détraqués. A l'arrivée : une discographie hétéroclite et abondante, inégale forcément, mais toujours passionnante.

Trop moche – ou, disons, atypique – pour caresser l'espoir de devenir une star du rock naissant, Fowley s'engage dans l'armée. Ce n'est que le 3 février 1959, le « jour où la musique est morte » – ainsi a-t-on pris l'habitude d'évoquer la date fatidique où un accident d'avion a emporté Buddy Holly – que Kim, alors âgé de 20 ans, s'est dit que la chance allait tourner, que tout était à recommencer.

Tout au long des années 60, Fowley n'a cessé de bricoler des disques, reniflant la moindre parcelle de talent qui arpentait les bas-fonds de Los Angeles, territoire de prédilection de cet insatiable chasseur de graines de stars. Lorsqu'il ne gravait pas, dans des studios de fortune, des disques à la beauté primaire et crue, il effectuait de très courts voyages à Londres afin de participer, à sa façon, à l'explosion rock britannique.

De minitubes en mégaflops, de coups fumants en plans foireux, Kim Fowley ne lèvera jamais le pied. Lui qui a vu débuter dans son premier orchestre un futur Beach Boys (Bruce Johnson), le batteur légendaire Sandy Nelson et un tout jeune Phil Spector, ne goûtera jamais à la gloire. Pourtant, depuis toujours, tout le gotha rock le connaît. « Phil Spector a vite rencontré la consécration et la fortune avec son fantastique "wall of sound". Mais il n'a jamais su se renouveler. Moi, je ne me suis pas reposé sur de quelconques lauriers. »

A l'instar de Warhol, Fowley est convaincu que la culture américaine n'est fondée que sur le néant et la futilité. A lui le défi de transcender ces pauvres valeurs par une véritable vision poétique.

Sans lui, Gene Vincent n'aurait pas connu de retour de flamme, Jonathan Richman n'aurait peut-être jamais enregistré. Et le monde n'aurait jamais connu les fabuleuses Runaways, groupe féminin de pétroleuses métalliques monté de toutes pièces par Fowley en 1976, avec la rock chick ultime Joan Jett aux commandes. Les mauvaises langues ont souvent taxé Fowley de voyou, d'exploiteur de musiciens naïfs, de manager véreux. Bref, d'être franchement infréquentable. Sa réponse ? « Je suis un je-sais-tout, un affreux dictateur, un type qui refuse de se laisser imposer quoi que ce soit. Tous ceux qui ont eu un problème avec moi ont toujours été des ratés. C'est drôle, je n'ai jamais eu de soucis avec Lennon, Bowie ou même Guns'n'Roses. Les gens intelligents m'apprécient toujours. Parce que je ne les menace pas. Les critiques d'un gros lard qui joue mal de la batterie ne me touchent guère. »

Fowley se fichait effectivement de tout. Et si l'on peut parfois douter de la sincérité de ses propos, il est difficile de ne pas succomber à la magie de son oeuvre colossale, monument de pépites éparses érigé à la gloire du rock séminal, essentiel. « Kim Fowley est une créature, un produit. Sa fonction est de consoler la femme insatisfaite, l'homme à bout de nerfs et tous ceux qui ont besoin de musique pour supporter leur quotidien déprimant. La vie est, paraît-il, pénible. Moi, elle m'amuse, elle est ma source d'inspiration. La mort m'intéresse, la haine me fascine, le ressentiment, la rancune sont des concepts qui me stimulent. Voilà de quoi je parle dans mes chansons. Et ça parle quand même à pas mal de gens, apparemment. »

Telerama

One track a day: THE TRIP by Kim Fowley
One track a day: THE TRIP by Kim Fowley
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