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Bigwhy? Finest?

Fanzine Enthousiaste & Curieux

Nanard: MOTORPSYCHO de Russ Meyer (1965)

Publié le 16 Juin 2016 par bigwhy in film, trash, 60's, USA, pin up, vintage girl

Nanard: MOTORPSYCHO de Russ Meyer (1965)

film complet

“ Des boobs, du rock, des "bécanes", des bad guys. Pas de doute c'est bien un film de Russ Meyer.

Dans un coin paumé de la Californie, trois voyous en moto agressent un pêcheur sous les yeux de sa femme avant de la violer. Leur soif de violence est telle qu’ils vont continuer à semer la terreur, s’attaquant ensuite à la femme d’un vétérinaire qui, devant l’impuissance de la police, décide de retrouver les trois délinquants pour se faire justice lui-même…

Les membres du groupe norvégien Motorpsycho (post précédent) ont choisi leur nom après avoir vu ce film lors d'une projection spéciale de trois films de Russ Meyer.

Nanard: MOTORPSYCHO de Russ Meyer (1965)
Nanard: MOTORPSYCHO de Russ Meyer (1965)
Nanard: MOTORPSYCHO de Russ Meyer (1965)

Russ Meyer.

À lui seul, ce nom déclenche des visions de courbes vertigineuses, cascades de chevelures furieuses et visages de femmes à la beauté hypnotique. La sensualité déborde, dès que l’une de ses muses anatomiques crève le champs de la caméra. Telle est la marque d’un auteur: un seul plan suffit à reconnaître toute une oeuvre, même si l’on n’en connaît rien ou presque.

L’image la plus vivace de Motorpsycho! est sans doute celle de la sculpturale Haji, “la sorcière cajun”, moulée dans une robe crayon au décolleté plongeant, des yeux comme des flèches et des sourcils s’étirant à l’infini.

Strip-teaseuse et danseuse burlesque d’origine Canadienne, découverte par Russ Meyer dans un club de Malibu, elle a 19 ans quand elle accepte le rôle de Ruby Bonner (à une lettre près “Érection Écarlate”). Magnifiée par la photo en noir et blanc et de longs plans en contre-plongée, elle est l’agent provocateur qui défie les lois de la gravité – “cantilevered lady” (femme en porte à faux) comme Meyer aime appeler ses actrices.

Pour le cinéaste, longtemps considéré aux États-Unis comme un réalisateur mineur et l’apôtre d’un cinéma érotique bon marché, faire des films est un aphrodisiaque. Le désir est son principal moteur de création, l’ingrédient indispensable à la naissance d’un film: il pense à des idées excitantes, les griffonne sur un carnet qu’il passe à un scénariste.

Russ Meyer est habité par une énergie hors du commun, une boulimie de vie et de cinéma, qui le conduit à réaliser plus de vingt films à partir de 1959. Œuvres qu’il produit, photographie et monte la plupart du temps lui-même, souvent avec de très petits budgets. C’est un cinéma qui émoustille, qui titille les sens, et rappelle au passage aux spectateurs qu’ils sont bien vivants. Sans doute l’antidote aux horreurs qu’il a filmées en tant que cameraman de guerre dans les années 40. Charles Napier, qui apparait dans plusieurs de ses films, résume: “travailler avec Russ Meyer, c’est comme se retrouver simultanément sur la ligne de front en Normandie pendant la seconde guerre mondiale, et passer le week-end dans un bordel.

Virtuose pour transformer ses productions modestes en succès commerciaux, il applique les recettes des films d’exploitation, qui traitent de sujets tabous ou controversés pour remplir drive-ins et grindhouses. Vite tournés pour être vite rentables. Son indépendance financière lui offre une grande liberté de ton, et la possibilité d’explorer des sujets plus complexes et plus sombres, comme avec Motorpsycho! en 1965.

Motorpsycho! sort sur les écrans dix ans après The Wild One, considéré comme le tout premier film de motard, et un an avant The Wild Angels de Roger Corman, qui inaugure la mode des biker flicks au cinéma. Souvent programmé aux côtés de son chef d’œuvreFaster, Pussycat! Kill! Kill! (dans lequel joue Haji), et dont il dit: “J’avais fait (un film) dans lequel les mecs tabassaient les gonzesses, alors j’ai pensé “pourquoi ne pas en faire un où les femmes tabassent les hommes?”.

Motorpsycho! s’ouvre sur une scène bucolique, dans laquelle un pécheur se concentre sur sa ligne et délaisse sa très belle et jeune femme.

Sous des faux airs de comédie sexy, l’intrigue tourne vite au cauchemar: une suite de saynètes, dans lesquelles trois voyous sur petites cylindrées (Brahim sur 1964 Honda CT 200 , Dante sur 1965 Honda Trail 90 et Slick sur 1963 Honda C 105 H) bastonnent, tuent et violent à tout va.

La seconde partie du film mélange western traditionnel et film de vengeance, et culmine avec une confrontation sanglante sur fond de désert californien.

Plus politique qu’il n’y parait, Motorpsycho! ébauche aussi une critique sociale de l’Amérique des années 60. Brahim (Steve Oliver), le leader du gang, revient du Vietnam. Sa folie et sa violence questionnent déjà, dix ans avant la fin du conflit, la façon dont le pays traite ses vétérans. Également sur la sellette, la misogynie ordinaire de l’époque. Morceau choisi: dans l’ambulance qui conduit à l’hôpital Gail Maddox (Holle K Winters) violée et battue, le shérif local (joué par Russ Meyer) balance: “Elle sera sur pied d’ici une semaine ou deux. Après tout, il ne lui ait rien arrivé qu’une femme ne soit faite pour supporter”.

Il y a sans doute quelque chose de grotesque chez ses trois beatniks qui sèment la terreur à mobylette. Avec Russ Meyer, l’humour et le second degré ne sont jamais très loin. C’est avant tout dans notre propre incapacité à reconnaître que le mal absolu peut être improvisé et inconséquent que le malaise se créée. La trajectoire deBrahim, Slick et Dante préfigure l’ultra-violence d’Orange Mécanique, Les Chiens De Paille, La Dernière Maison Sur La Gauche, et plus tard Funny Games. Le spectateur, plus que jamais voyeur, oscille en permanence entre excitation et dégoût. Après tout, le film est assez chaste, et il faut bien que l’un des protagonistes prenne de force ce qu’il/le spectateur convoite, pour en voir un peu plus.

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