Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Bigwhy? Finest?

(Fanzine Enthousiaste & Curieux)

Film a voir: BIRD de Clint Eastwood (1987)

Publié le 15 Avril 2016 par bigwhy in film, jazz, biographie, USA, Bande annonce, bande originale

Film a voir: BIRD de Clint Eastwood (1987)

Battements lancinants et envolées de cuivre : ce n'est ni une biographie de Charlie Parker, ni un film sur la passion du jazz. Bird est le jazz, avec chorus et solos, mélodies et brisures. Parker était un homme de l'ombre qui cherchait la lumière, un solitaire qui avait besoin des autres... Forest Whitaker, qui incarne le musicien, a travaillé le saxo, mais il a surtout rencontré tous ceux qui l'ont connu. Il sait trouver le mot ou le regard émouvants, sans jamais rechercher l'effet. Mise en scène simple, belle, sans effets. L'un des films les plus réussis de Clint Eastwood.

S’il y a une œuvre qui marie le jazz au cinéma dans une cérémonie païenne sans paillettes, c’est bien le Bird de Clint Eastwood. De même que Dieu a inspiré à Bach ses plus grandes œuvres, Bird a insufflé à Dirty Harry ce qui ressemble à son plus beau film, bien moins mélo que Sur la route de Madison, bien moins empreint de pathos que Million Dollar Baby. Dans Bird les émotions se tiennent en laisse, filtrées qu’elles sont par la musique ou les images. Film maîtrisé de bout en bout, le chef-d’œuvre d’Eastwood offre une (ré)vision complexe de Parker, sombre et rythmée comme un chorus du saxophoniste de Kansas City.

Les films ayant le jazz pour compagnon sonore sont légion, mais ceux qui le prennent pour thème principal se comptent sur les pistons d’une trompette. Bird est un film singulier pour nombre d’autres raisons, de la plus essentielle à la plus anecdotique.

Œuvre qui révèle au public le talent hors norme de Forest Whitaker, justement récompensé par le prix d’interprétation du Festival de Cannes en 1988, elle est aussi, après l’échec commercial et critique de Breezy (1973), le premier film d’Eastwood où celui-ci n’apparaît pas à l’écran. A l’époque.

Peu nombreux sont les bons biopics de musiciens : Ray Charles, Johnny Cash ou encore Jim Morrisson ont engendré malgré eux des objets cinématographiques consensuels. Souvent considéré comme le meilleur film ayant le jazz pour héros, Bird se démarque de ses œuvres siamoises. Plusieurs choses entrent en compte : Eastwood est un vrai admirateur de Parker. Comme Miles dans les premières lignes de son autobiographie, il garde une trace indélébile de son premier concert de Bird. Pour lui, comme l’indique le livret de la B.O. du film, le choc eut lieu en 1947. Aussi entretient-il une relation toute particulière au jazz (au point d’avoir transmis le virus au fiston Kyle, là où d’autres enfants d’acteurs préfèrent suivre plus ou moins maladroitement les traces de leurs géniteurs).

Il existe peu d’images de l’Oiseau du be-bop, moins filmé durant sa vie (par la force des choses) que les musiciens précités. Il y a donc un mystère Parker, un Parker que chaque mélomane s’est imaginé, puissant, vigoureux et libre comme chacun de ses solos, un mythe Parker perpétué par le film d’Eastwood mais aussi par la littérature : dans Sur la Route, Kerouac décrit magistralement un concert du saxophoniste. Mais Bird est aussi connu pour ses frasques. Dans une des plus émouvantes scènes du film, Dizzy Gillespie (joué par Samuel E. Wright) ne lui dira pas autre chose : ses déboires, autant que sa musique, édifient sa légende. Eastwood n’hésite pas à montrer ses mauvais côtés, notamment cette scène inaugurale qui expose une violente prise de bec domestique dans une nuit bleutée. On assiste à la déchéance d’un artiste mais surtout à la dérive d’un individu (presque) comme les autres.

Film a voir: BIRD de Clint Eastwood (1987)
Film a voir: BIRD de Clint Eastwood (1987)
Film a voir: BIRD de Clint Eastwood (1987)
Commenter cet article