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Bigwhy? Finest?

(Fanzine Enthousiaste & Curieux)

Film à voir: Crash de David Cronenberg (1996)

Publié le 25 Novembre 2015 par bigwhy in film, science fiction, trash, erotisme, canada, Bande annonce

Film à voir: Crash de David Cronenberg (1996)

Qui mieux que le canadien, David Croneneberg, pouvait adapter le roman trash de JG Ballard? Pas culte mais assez dérangeant pour qu'on ne l'oublie jamais.

C'est un film d'épouvante sur l'amour fou. Dérangeant. Effrayant. Bouleversant aussi. Comme dans tous les films de Cronenberg, il y est question de la progression d'une maladie, d'une mutation soudaine, dont les personnages acceptent les effets, jusqu'à l'extrême limite. Mais, cette fois, plus d'effets spéciaux spectaculaires sur des corps contaminés ­ juste quelques images de prothèses médicales ­, puisqu'il s'agit de la maladie d'aimer. James et Catherine (James Spader et Deborah Unger) sont jeunes, beaux et riches. Mais insatisfaits. Entre eux, il y a un manque, un vide, qu'ils tentent de combler en multipliant les expériences érotiques, chacun de leur côté. En espérant que « quelque chose d'autre » se produise, qui les réunisse. Ce « quelque chose » survient, un soir, sur l'autoroute. James percute une voiture de plein fouet, dont le conducteur, projeté à travers le pare-brise, atterrit quasiment dans ses bras, tué net. La passagère, Helen (Holly Hunter), est sauve. Hospitalisé, James rencontre un homme en blouse blanche, Vaughan, qui se dit photographe médical et semble fasciné par ses plaies. En fait, c'est l'ange noir qui va changer sa vie. Vaughan vit, à travers les accidents de voiture, l'expérience ultime du plaisir. Pour lui, la vitesse et la griserie qu'elle procure, mais surtout l'attente de la collision, subie ou provoquée, jouent comme de puissants stimulateurs érotiques. Vaughan n'a plus qu'à entraîner James, et bientôt Catherine, dans un véritable voyage au bout de la nuit... Crash, roman culte de J.G. Ballard, semble avoir été écrit pour permettre à Cronenberg de réaliser, vingt-trois ans après sa parution, ce film-somme, splendide aboutissement d'une oeuvre tellement originale dans l'étrange qu'elle n'est comparable à aucune autre. On est frappé par l'éblouissante logique qui mène des petits films fantastiques canadiens de ses débuts (Rage, Frissons) à ce véritable diamant noir, où sont réunies toutes ses préoccupations. Poète du dérèglement, de tous les dérèglements (organiques, psychologiques), Cronenberg pose, une nouvelle fois, la question qui le hante : jusqu'où peut-on aller par amour ? Question que se posaient déjà les jumeaux de Faux-Semblants, indissociables jusque dans la mort ; et l'héroïne de La Mouche, devant son amant transformé en insecte monstrueux ; et le diplomate de M. Butterfly, qui se suicide habillé en geisha parce qu'il refuse d'admettre que la chanteuse qu'il aime est un espion chinois travesti... Dans Crash, le dérèglement des personnages est interne. D'où un film épuré, sans images-coups de poing, lisse, nocturne, et mélancolique comme la superbe musique d'Howard Shore qui l'accompagne. Helen, la femme du conducteur tué par la voiture de James, entre à son tour dans le jeu de Vaughan, qui semble animer une véritable secte. La nuit venue, dans les lumières fantomatiques d'une clairière, celui-ci organise des reconstitutions d'accidents célèbres. Ce soir-là, sans ceinture de sécurité et sans trucage, on « joue » la collision qui coûta la vie à James Dean. Interrompu par l'arrivée de la police, le « show » se termine par la déroute des spectateurs. C'est un des moments les plus fantastiques du film, un de ceux où l'on se sent au coeur d'un cauchemar éveillé. Une longue séquence érotique, dans un véhicule qui traverse une station de lavage automatique, devient passage du Styx. Des centaines d'automobiles, glissant silencieusement sur des bretelles d'autoroute entrelacées, sont, pour les héros, autant d'appels érotiques. Il arrive au cinéaste de tempérer d'un peu d'humour cette quête douloureuse. Appareil photo en main, Vaughan erre parmi les survivants d'un gigantesque carambolage. Comme un drogué en manque, il tend la main vers une voiture renversée, aussi fébrile que le Nosferatu de Murnau, quand, devant le doigt blessé de son invité, il murmure : « Votre sang, votre précieux sang ! »... Tels des somnambules ­ à la fois envoûtés et effrayés par l'obscur objet de leur désir ­ les personnages se laissent aspirer par une sexualité tous azimuts. Et Cronenberg filme les étapes de cette tentative désespérée de trouver le plaisir comme une irréversible course à l'abîme. Mais avec un calme et, presque, une douceur infinis. Chez lui, c'est bien de mourir d'amour dans un monde inhumain qu'il s'agit. Si Crash peut créer un malaise profond, c'est qu'il débusque des peurs enfouies en chacun de nous, et montre, sans faux-semblants, les gouffres où peut mener le désir. Une chose est sûre, dans ce film faussement glacial, les seules cicatrices inguérissables sont intérieures. Et pour le dire, Cronenberg a réussi un film brûlant et désespéré. Bernard Génin Contre ... Grotesques emboutissements Cronenberg vient de réussir la plus belle mystification de l'année. Crash, qui est, sans doute, le film le moins inventif que l'inclassable et passionnant cinéaste canadien ait signé depuis des lustres, a reçu (merci, M. Coppola) l'estampille indélébile de « l'originalité et de l'audace » lors du récent festival de Cannes. Ainsi, l'interminable balade techno-trash-mais-chic chez des frappadingues du macadam serait une métaphore supérieure de l'horrible condition infligée aux humains par notre civilisation vouée sans rémission au culte mortifère de la bagnole. Horrible, mais, dans certaines configurations, excitante tout de même, la condition humaine... Cronenberg part d'une donnée sur laquelle il ne reviendra pas au cours du film : il faut admettre, une fois pour toutes, qu'un couple en pleine déconfiture sexuelle se jette ­ au sens figuré puis, rapidement, au sens propre ­ dans les bras d'une espèce d'allumé notoire, couturé de partout et pas peu fier de l'être (couturé). Son pied, il le prend exclusivement en provoquant des accidents sur les autoroutes du voisinage. Ou en se remémorant, tout en s'envoyant en l'air dans sa vieille caisse (couturée de partout, elle aussi), ceux qu'il a déjà provoqués dans un passé, à l'évidence, très embouteillé. Ce qui étonne, très vite, c'est la docilité avec laquelle ce couple-là, même en pleine panne des sens, va s'adonner sans réticence, mais sans le moindre plaisir apparent non plus, à ce jeu aussi imbécile que mortel. Et puis, des signes intriguent : la vacuité de leur regard, leur démarche somnambulique, leur intangible indifférence au monde hallucinant où ils ont plongé. Bref, en fait d'humanité, s'incrustent dans l'histoire des humanoïdes décérébrés qui forniquent la tête ailleurs. D'où viennent-ils ? Que veulent-ils ? Qu'éprouvent- ils ? Qu'est-ce qui pourrait les arracher à leur morne torpeur ? Mystère. Les zélateurs de Crash ont trouvé la réponse : Cronenberg a osé. Quoi ? Se débarrasser de tout scénario cohérent et, surtout, de cette psychologie élémentaire (beurk !) qui nuit salement au cinéma contemporain. Crash est donc un film « d'avant-garde ». Crash est « expérimental ». Et d'ailleurs, il est adapté d'un « livre culte » qui, lui-même, en son temps... Parlons-en, du livre de J.G. Ballard. Ou plutôt, lisons-le. L'expérience est tout simplement ébouriffante. C'est un livre fou, foisonnant, fiévreux ; plein de dérapages dans une dimension inconnue où il ne reste plus que les mots pour traduire des sensations indicibles. C'est le roman d'une apocalypse terrible et excitante, où l'on sent le sperme et le sang à chaque page, où la description de l'enchevêtrement de la chair et des tôles fait mal. Où, enfin, les personnages se posent des questions, hésitent, reculent et, finalement, vivent cette aventure extrême avec leurs tripes. C'était, bien sûr, une oeuvre parfaitement inadaptable. Cronenberg est trop intelligent pour ne pas avoir longtemps hésité. Mais il s'est jeté à l'eau. En essayant, explique-t-il, de « distiller » la prose de Ballard. En clair, cela signifie que tout ce qui ne tenait que par la seule force de percussion de l'écriture s'est évaporé en route. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la seule scène réellement troublante du film repose entièrement sur les dialogues, fidèlement tirés du livre... Le Crash de Cronenberg se déroule dans une espèce de no man's land glacé (comme on dit « papier glacé »), avec ses collisions impeccablement cadrées, ses parties de jambes en l'air tirées au cordeau et ses « audaces » millimétrées. Cependant, la combinatoire des partenaires et des positions étant somme toute limitée, le cinéaste y a ajouté quelques fantaisies de son cru. Ainsi a-t-il affublé un de ses personnages (pauvre Rosanna Arquette) d'un appareillage de contention tout chrome et cuir du plus grand chic SM, mais qui l'oblige à marcher les jambes raides ; autant dire que la séance qu'elle passe à la place du chauffeur en compagnie du héros (pauvre James Spader) relève plus du contorsionnisme de cirque que de la copulation joyeuse. Mais on rit tout de même. Car on se dit alors que ce serait plus simple s'ils faisaient « ça », comme tout le monde, sur la banquette arrière... La mystification, elle est là, tout entière résumée dans ce genre de scène gratuite. D'un sujet qu'il prétendait hisser au niveau d'incandescence où Ballard l'avait situé, c'est-à-dire là où la réflexion sur l'amour et la mort n'est pas qu'un prétexte à scènes érotiques multiples mais le coeur même de l'oeuvre, Cronenberg a tiré un morne simulacre, où la douleur se résume au filmage complaisant de cicatrices atroces et de plaies sanguinolentes, d'accidents grotesquement répétitifs dans des ambiances mécaniquement macabres. Ni dérangeant ni choquant, et hélas encore moins excitant, Crash est une coquille vide. Tellement vide que, pour la combler, il n'y aura pas trop de toutes les exégèses attendues sur le génie supposé inentamé d'un cinéaste exceptionnel. Mais disons-le carrément, Cronenberg s'est, pour une fois, envoyé dans le décor en beauté... (critique télérama)

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