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Bigwhy? Finest?

Enthousiaste & Curieux

LE SOLEIL DES SCORTA/ Laurent Gaudé

Publié le 11 Octobre 2017 par bigwhy in livre, 2004

LE SOLEIL DES SCORTA/ Laurent Gaudé

Le Soleil des Scorta, c’est l’histoire d’une famille qui semble écrasée par le destin autant que par le soleil du Sud de l’Italie. De génération en génération, Carmela, Giuseppe, Domenico et les autres aspirent à une vie meilleure. Mais c’est pourtant là, dans les recoins de cette terre aride, qu’ils vont découvrir ensemble le secret du bonheur...

Simple mais si humain! Du baume au coeur, magnifique.

De 1875 à la fin du XXe siècle, Laurent Gaudé nous offre les « cent ans de servitude » de la dynastie des Scorta qui est vouée à l’opprobre et à la sueur par une double faute originelle, une union fondée sur un malentendu et un meurtre sauvage. De Luciano à Elia en passant par Rocco, Carmela et Elia, le destin des Scorta semble être de repousser, tel Sisyphe,  les roches sèches des Pouilles jusqu’au sommet de la survie sociale sans jamais jouir d’un autre héritage que celui des secrets enfouis, des malédictions sourdes et des solidarités forcées par l’exclusion. La fortune de Rocco, la chance américaine, le petit pécule du bureau de tabac, les ouvertures offertes par les unions matrimoniales ne semblent pas pouvoir profiter aux générations suivantes qui à chaque fois doivent repartir de zéro dans la chaleur écrasante des montagnes. Dans cette famille de « taciturnes » poursuivie par le destin, des solidarités se créent pourtant, cet instinct de survie qui se transmue progressivement en amour, en attachement viscéral à cette terre et à ce village qui pourtant les rejettent.  « Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, dit Domenico, il n’y a rien à faire. Nous l’aimons trop cette terre. Elle n’offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d’entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil, Elia…. Nous sommes les mangeurs de soleil. Je savais que tu ne partirais pas. S’il avait plu ces derniers jours, peut-être, oui. »Tantôt excommuniés par un Don Carlo, tantôt sauvés par un Don Giorgio ou écoutés par un Don Salvatore, les Scorta sont des pécheurs en équilibre entre le rachat et la faute, savourant le peu que la vie peut leur donner sur la terrasse fragile du trabucco existentiel.  C’est ce que Raffaele explique à Elia : « Nous n’avons été ni meilleurs ni pires que les autres, Elia. Nous avons essayé. C’est tout. De toutes nos forces, nous avons essayé. Chaque génération essaie. Consolider ce que l’on possède. Ou l’agrandir. Prendre soin des siens. Chacun essaie de faire au mieux. Il n’y a rien d’autre à faire que d’essayer. Mais il ne faut rien attendre de la fin de la course. Tu sais ce qu’il y a à la fin de la course ? La vieillesse, rien d’autre. Alors écoute ton vieil oncleFaelucc’ qui ne sait rien de rien et n’a pas fait d’études. Il faut profiter de la sueur. C’est ce que je dis moi. Car ce sont les plus beaux moments de la vie. Quand tu te bats pour quelque chose, quand tu travailles jour et nuit comme un damné et que tu n’as pas le temps de voir ta femme et tes enfants, quand tu sues pour construire ce que tu désires, tu vis les plus beaux moments de ta vie. Crois-moi. Rien ne valait pour ta mère, tes oncles et moi les années où nous n’avions rien, pas un sou en poche, et où nous nous sommes battus pour le bureau de tabac. C’étaient des années dures. Mais pour chacun d’entre nous, ce furent les plus beaux instants de notre vie. Tout à construire et un appétit de lion. Il faut profiter de la sueur, Elia. Souviens-toi de cela. Après, tout finit si vite, crois-moi. » 

En 2004, Laurent Gaudé obtient avec ce très beau roman le Prix Goncourt, le Prix Giono et le Prix du roman populiste et surtout rencontre un très large public déjà conquis par son précédent opus La mort du Roi Tsongor. Œuvre à deux voix où un narrateur omniscient raconte la saga de la famille en laissant à chaque fin de chapitre la parole à Carmela qui se confie à Don Salvatore, Le soleil des Scorta est un roman solaire et humaniste, épique et tragique, populaire et comique servi par une langue simple mais profonde qui ne concède rien pourtant à la précision de l’analyse et à l’amour des gens et des paysages. C’est pour cela que l’on aime la littérature : découvrir d’autres pays, d’autres lieux, d’autres vies.

LE SOLEIL DES SCORTA/ Laurent Gaudé
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