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Bigwhy? Finest?

Enthousiaste & Curieux

Film à voir: FAITES LE MUR de Bansky (2010)

Publié le 30 Mars 2017 par bigwhy in film, art, documentaire

Film à voir: FAITES LE MUR de Bansky (2010)

Faites le mur ! (Exit Through the Gift Shop) est un film documentaire réalisé par Bansky (Célèbre street artiste engagé) sorti en 2010.

Thierry, un commerçant français excentrique, documentariste amateur vivant à Los Angeles et présenté dans le film comme le cousin de l'artiste space Invader, il filme de manière compulsive la nouvelle génération du street art, son obsession pour Bansky le pochoiriste britannique se fait plus dévorante. Ils se rencontrent enfin. Banksy incite Guetta à se tourner vers l'art urbain. C'est alors que naît Mr. Brainwash....

Dans un monde où nous sommes bombardés de messages publicitaires qui envahissent l’espace public, les œuvres de Banksy offrent un regard différent, un regard à la fois drôle et incisif, sans être dogmatique pour autant. Banksy a fini par convaincre l’Anglais moyen que les véritables vandales de notre société sont ceux qui construisent des immeubles plus hideux les uns que les autres et non ceux qui dessinent sur leurs murs.

Vous pensiez que, pour prétendre au statut d’artiste, il fallait d’abord en chier – un minimum. Travailler sa pelote, son petit paquet de fange insortable autrement que par la création. S’arracher à la glande confortable et déprimante pour aller chercher le rush là où il ne peut qu’être : au bout du marker ou du pinceau. Avec son film Exit Through The Gift Shop, Banksy nous apprends qu’on peut tout aussi bien réussir en étant un pire cave et en s’appelant Thierry. Explication dans la douleur.

Introduit par son cousin Space Invader dans le monde très fermé des street artists, Thierry Guetta, gentil bohème à bacchantes résidant à L.A, propose à Shepard Fairey (père du fameux « Obey Giant ») de le suivre, caméra au poing. Quelques mois plus tard, Fairey présente un Guetta ébahi au street artist sans visage Banksy – précurseur et grosse pointure du milieu. Dès cet instant, le frenchie ne va plus quitter la paire et enregistrer, à leurs côtés, des centaines d’heures de rushes. Mais le documentaire tant attendu ne verra jamais le jour : si Thierry Guetta adore vraisemblablement son sujet, c’est un mauvais caméraman, doublé d’un piètre réalisateur. Le résultat est catastrophique.

Histoire de tirer profit (déjà…) de cette expérience, et sur l’invitation polie de ses mentors, Guetta, devenu expert en cavalcades nocturnes, et techniquement au point, décide de prendre le pochoir à bras le corps et la rue d’assaut – comme un grand. Mais – vouloir n’étant pas pouvoir – sa démarche peine à dissimuler le fond du problème : celui d’un commerçant pataud (il possède une boutique de fringues à L.A.) et désorienté, en pleine crise de fin de trentaine, cherchant une lubie, aventureuse et glamour, à embrasser. Sous sa sensiblerie, on devine le besoin de reconnaissance à tout prix, cette volonté flippante « d’en être », et des manières de margoulin avide (celles du stagiaire qui se barre avec les brevets de la boîte au bout de ses six mois). Banksy et Fairey ne le savent pas encore, mais ils viennent de faire entrer le loup dans leur bergerie.

Le street art est une activité a-libérale, par essence. Rien à vendre. Pas grand-chose à gagner. Tout à perdre. Pratique d’urbains inadaptés à une société toute en performance et en vitesse, le street art n’a aucune d’utilité, peu de valeur, pas de hiérarchie. Culture du do it yourself et de la récup’, c’est le bricolage de ceux qui n’ont pas d’autre choix, pour qu’un peu de sens subsiste au fond, que de faire ce qu’ils ont à faire – sans cooptation des réseaux communautaires et cadenassés.

Et l’ingénue bêtise de la scène street art, précisément, c’est d’avoir cru que sa lubie n’intéresserait qu’elle. Pourtant, pour mémoire, les Beautiful Loosers s’étaient déjà fait phagocyter – et vivement – par candeur, honnêteté, absence de calcul. Aaron Rose a longtemps voulu croire que le génie de ses potes de la New-yorkaise Alledged Gallery (Templeton, Mc Fetridge, Fairey…) ne pouvait attirer qu’une clientèle pointue amatrice d’art naïf, de decks customisées et de tee-shirts en séries limitées. Mais quand les journaleux et attachés de presse ont un jour passé son seuil, il était trop tard. Débauchés, après quelques mois de médiatisation soutenue, par des poids lourds du NYSE, les petits crayonneurs ont mis leurs pattes au service des bons payeurs. Et, comme souvent, il suffit qu’une simple maille casse pour que le tricot repasse à l’état de pelote.

Le fin Français, donc, veut gagner en épaisseur. Son alias – double fantasmé – ne tarde pas à voir le jour : Thierry Guetta à la ville sera Mister Brainwash (« MBW ») à la rue.

Si la plupart des street artists travaillent dans l’anonymat et le secret – par humble effacement devant leur travail, et par sécurité surtout – Mister Brainwash préfère, lui, l’exhibition constante (son gimmick visuel, c’est lui). Et cette surenchère d’exposition d’aboutir là où on redoutait de l’attendre : dans le froid glacial d’une galerie. Nouveau pas vers l’adoubement (qui ne viendra jamais) de ses pairs, cette « sortie » de la rue, quelques mois seulement après y être entré, est brutale et calculée. A défaut de talent et d’expérience, MBW, pas entrepreneur pour rien, choisit de hâter sa mise en lumière en usant des méthodes éprouvées des corporations : benchmarking sans vergogne des confrères (contre sens créatif, travail et affinage méticuleux), sous-traitance des tâches de conception à des équipes salariées (contre don de soi et d’énergie – en pure perte), production forcenée et massive (contre patience et longueur de temps), lourds investissements matériels (contre autoproduction, bricolage légitime et système D), dirigisme mégalo (contre production réelle et entraide) et promotion forcenée (contre confidentialité et préservation). Mister Brainwash, ex-Ouvrier Spécialisé du pochoir et de la brosse, devenu bourgeois rentier d’une niche artistique.

Au royaume de Guetta, c’est le règne de l’intermédiaire – signe annonciateur du début de la fin. Médiation entre le travail de l’artiste et le public d’une part, constituée par l’armada de petites mains (de la chargée de RP aux installateurs, en passant par les vigiles). Et médiation instaurée par le retour au support (la toile, le papier, le bois…) d’autre part, là où il n’y avait qu’un rapport direct entre la production et l’œil, sans medium.

Alors que le street art était proprement révolutionnaire par son absence de medium (des créations en lévitation dans les rues), par son refus du rapport marchand (création et contemplation purement gratuites), et par son impossible appropriation (un art populaire), le confinement d’une street art piece sur un chassis, dans un hangar, ou au-dessus de la cheminée (en attendant une offre d’achat à quatre zéros) nous laisse penser :

1 – que les spécialistes historiques du go-between, parasites entremetteurs et avides, ont mis la main sur une nouvelle manne bientôt totalement élitiste, vidée et chiante.

2 – que la nécrose générale guette, vue la spectaculaire mutation du public (passé du peuple dans sa diversité, à l’étudiant beaux-arteux enthousiaste et con)

3 – que l’urgente nécessité de s’arracher aux cercles de « l’infecte Culture aux mille tentacules » (L.J.) n’est plus une alternative.

Mais finalement ! Inattendue manifestation de justice immanente (tout se paye, toujours) : le rouleau compresseur français ne s’en tire pas à si bon compte, au final… Pour annoncer la sortie de son film, Banksy diffuse le teaser prometteur d’un road-trip street-arteux bordélique et fendard. A l’arrivée, au festival de Sundance, c’est le lessiveur de cerveaux qui se fait essorer : Exit Through The Gift Shop (littéralement : sortie par la boutique), à la surprise générale, s’adresse en fait directement à lui. Une belle lame à double fil, à tenir à pleines mains : passé à la caisse pour ramasser lauriers et billets, M. Brainwash est sommé de cracher une deuxième fois au bassinet – son honneur, cette fois. Mise à poil de l’arriviste Guetta, et baroud d’honneur de Banksy qui, après avoir montré le mauvais exemple et s’être laissé déborder par son Golem, choisit de mettre le feu à l’atelier – laissant les gogos applaudir devant des ruines fumantes. Lutte – et solution – finale : rideau. Et puis, quoi ? C’est tout ?

On a beaucoup dit, lors de sa sortie, que le film de Banksy était un hoax, tellement l’ensemble sonnait faux. Trop cliché, trop déjà-vu, trop pop art. Suspectes, les cautions personnelles de Banksy et Fairey pour un travail aussi mauvais (arguant que c’était le seul moyen, pour eux, de récupérer les rushes de MBW). Bizarrement à propos, le financement de l’installation par Daniel Salin et Roger Gastman – deux proches de Banksy et Fairey. Comme si l’opération Mister Brainwash, duale célébration et condamnation de la marchandisation du street art, était pilotée en loucedé par les deux têtes pensantes – curieusement silencieuses depuis l’arrivée en fanfare de MBW sur la scène internationale. Comme si, histoire de prendre une dernière fois et du pognon, et le marché de l’art, et le public pour des cons, le trio était de mèche – Guetta acceptant et jouant, à merveille, son rôle de kamikaze téléguidé.

Quoi qu’il en soit, et si justice il peut y avoir, elle ne sera pourtant jamais réparatrice. Pas de happy ending dans cette histoire, puisque la beauté, l’innocence et le don n’auront pas survécu à la charge des Marchands, qui ne peuvent, essentiellement, que mépriser ceux qui aiment passionnément et radicalement.

Si l’ère moderne (urbanisation du territoire, aide des réseaux de communication…) aura permis à un éphémère courant de cheap art de voir le jour, c’est bien la Modernité qui l’enterre aujourd’hui. Et sans les honneurs.

(gonzai.com)

Film à voir: FAITES LE MUR de Bansky (2010)
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