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Bigwhy? Finest?

Enthousiaste & Curieux

CONTROL/ Anton Corbijn (2007)

Publié le 8 Septembre 2017 par bigwhy in film, new wave, biopic, 2007, bande originale

CONTROL/ Anton Corbijn (2007)

"Control" est un biopic très réussi sur Ian Curtis le chanteur de Joy Division, suicidé à l'age de 24 ans & depuis, icone tragique de la New Wave. Le film, en plus de son intérèt biographique & musical, retranscrit avec justesse l'ambiance déprimante & tendue de l'Angleterre de ces années la.

Ian Curtis s’est pendu le 18 mai 1980, chez lui, à 23 ans, dans un rez-de-jardin anglais où le ciel n’entrait guère, dans les environs de Manchester. Nimbé d’une aura de poète maudit, le chanteur de Joy Division était en passe de devenir le héros d’une génération pour laquelle il s’est aussitôt mué en martyr, bel inconsolable monté au ciel à l’orée noire des années Thatcher. Derrière lui, il a laissé l’énigme de sa disparition brutale, et celle d’une trajectoire fulgurante – deux ans entre le premier concert et le dernier geste – que le photographe rock Anton Corbijn sonde, pour son premier long métrage, avec ­assurance, émotion et délicatesse. Dans un noir et blanc lumineux qu’il dit être celui de ses souvenirs, le cinéaste hollandais observe la mue du jeune innocent, épris d’absolu, qui se sent prêt à tout étreindre mais qui, dans l’intensité de l’aventure, ne trouve que l’accélération folle de tous les drames que l’existence peut lui offrir.

Control est un modèle de biographie musicale. Pas d’effets superflus, mais un subtil sens du cadre, et du décadrage, qui peint l’intimité du chanteur en l’éloignant progressivement des autres, et le suit, rêveur ou tourmenté, habité par un torrent de verbe, dans le décor étouffant des paysages du nord industriel. Les scènes de musique ne sont pas nombreuses mais figurent parmi les meilleurs instantanés rock au cinéma. Elles laissent percer ce qu’il y a d’anodin et de miraculeux dans la naissance d’un groupe. Comment en une rencontre et trois coups de dés, quelques personnalités accouchent d’une musique et d’un son qui les débordent et dépassent de loin la somme de leurs existences.

Manifestement galvanisé par la performance exceptionnelle du jeune Sam Riley, rocker en herbe et acteur débutant, Anton Corbijn filme avec une attention rare l’éclosion d’un phénomène, les éclats de l’inspiration et le poids du quotidien, la ­légèreté potache des musiciens et leur concentration inouïe. Et, comme une manifestation paranormale, la transformation de Ian Curtis en chanteur, le passage éclair de l’homme à l’icône : la voix sans âge s’embrase, le corps se tend, se tord, se déchaîne, inventant une danse de damné.

Autour de Ian Curtis, le petit cirque rock agencé par Anton Corbijn est un modèle de drôlerie cruelle où chacun tient idéalement sa place, le mentor visionnaire et hystérique, signant le contrat de son sang, le manager hâbleur, le producteur génial débordant d’idées pour coucher sur la bande les souffrances du chanteur. Tous se lancent corps et âme dans l’aventure, sans voir la tragédie qu’ils accompagnent. De la première à la dernière image, Control est ainsi le récit d’une impasse, d’une vie en circuit fermé. Le bel adolescent au regard fou et au sourire à tomber rêve de prendre de la hauteur en écoutant David Bowie. Mais son drame est de ne pas savoir s’oublier, d’échouer à déjouer les pièges de la vie. Guetté par la maladie (il est épileptique), incapable de contenter celle qu’il a épousée trop tôt et de faire rêver celle dont il tombe amoureux, il reste terriblement humain, et c’est ainsi qu’Anton Corbijn le dépeint, avec un sens très sûr du détail. Les promesses s’évaporent, tout n’est que déception. En ce mois de mai 1980, Ian Curtis devait prendre l’avion pour l’Amérique, mais il a mis fin à ses jours et c’est sa légende qui a pris son envol.

 

 

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